C’est la première fois que la Conférence mondiale du cacao, la cinquième en son genre, a lieu en Belgique, depuis ce lundi et jusqu’à mercredi. Et cela alors que le secteur est en crise parce que les prix ne cessent d’augmenter. Selon Bart Van Besien d’Oxfam Belgique, il n’y a pas que les cultivateurs de cacao en Afrique de l’Ouest qui sont en difficulté, mais aussi les géants de l’industrie. En un an, le prix du cacao serait passé de 2.500 à 10.000 dollars la tonne. Van Besien plaide "pour des solutions politiques” afin que tous les acteurs du secteur puissent recevoir un prix équitable et que les droits des agriculteurs locaux soient respectés. "Payer correctement les cacaoculteurs est un devoir moral", a déclaré pour sa part la reine Mathilde, présente à la Conférence à Bruxelles.
Conférence mondiale du cacao à Bruxelles, alors que les prix atteignent des records : "Quatre fois plus cher qu'il y a un an"
La reine Mathilde a appelé tous les acteurs prenant part au sommet international sur le cacao (World Cocoa Conference) à Bruxelles à tout mettre en œuvre pour assurer un revenu décent aux agriculteurs locaux. Outre les raisons sociales et économiques plaidant en faveur d'un climat prospère pour les producteurs, la Reine estime que "l'argument le plus fort est peut-être d'ordre moral".
La souveraine belge a en effet souligné la part dérisoire de la valeur du chocolat acheté par les consommateurs qui parvient finalement aux cacaoculteurs. Les commerçants, les industriels, les chocolatiers, les distributeurs se partagent 90 à 95% du prix final, souligne-t-elle. "L'équité plaide pour une augmentation du prix payé aux cacaoculteurs." Forte de l'expérience de son déplacement début mars en Côte d'Ivoire, premier pays producteur de cacao, la Reine a rappelé que cette nécessité d'une juste rémunération des producteurs locaux rencontrait plusieurs Objectifs de Développement Durable "auxquels tous les Etats ont souscrit dans le cadre des Nations unies". Il s'agit certes de réduire la pauvreté, mais les enjeux sont aussi sociaux et environnementaux.
"Les prix et la durabilité sont les deux faces de la même médaille", rappelait la Reine. "Tous les parents du monde veulent donner la meilleure éducation possible à leurs enfants, tous les paysans du monde savent combien ils dépendent de la nature et de la biodiversité. Mais beaucoup sont trop pauvres et se voient obligés d'envoyer leurs enfants aux champs plutôt qu'à l'école, ou de déboiser plutôt que de protéger la forêt". La reine Mathilde entrevoit également de nombreux domaines où le rôle et les compétences des femmes "pourraient être mieux reconnus et valorisés, que ce soit dans la production même du cacao, dans les traitements post-récolte ou dans la commercialisation".
Événement de premier plan dans l'industrie du cacao et du chocolat, la Conférence mondiale sur le caco se tient jusqu'à mercredi à Bruxelles et réunit un millier de professionnels du secteur: cacaoculteurs, coopératives, exportateurs, négociants, fabricants, marques, détaillants... L'Organisation internationale du cacao (ICCO) a intitulé cette cinquième édition "Payer plus pour un cacao durable".
"Poker au plus haut niveau"
Le cours du cacao n'en finit plus de grimper. Il a déjà doublé en 2024. Le mauvais temps et les maladies dans les plantations en Afrique de l'Ouest tirent les prix vers le haut. Une tonne de cacao coûte actuellement 10.000 dollars, voire davantage. "C’est du jamais vu au cours des 50 dernières années et environ quatre fois plus cher qu’il y a un an", expliquait Bart Van Besien d’Oxfam Belgique dans l’émission "De Ochtend" de Radio 1 (VRT).
D’après Oxfam, "le fait que les producteurs locaux sont sous-payés depuis des décennies ne leur a jamais permis d’investir dans leurs plantations. Celles-ci ne peuvent maintenant résister aux changements climatiques". A la Conférence mondiale de Bruxelles, tous les acteurs du secteur sont bienvenus. Mais ce sont avant tout les gros industriels, les gouvernements et les organisations de la société civile qui sont présents. La plupart des agriculteurs de Côte d’Ivoire ou du Ghana - qui représentent 60% de la production - ne peuvent se permettre le voyage jusqu’à Bruxelles pour y discuter des prix de leurs produits.
Les géants jouent du poker au plus haut niveau pendant la Conférence, estime Van Besien. Selon lui, il n’est pas facile pour les acteurs de prendre leurs responsabilités à la table des négociations. Les géants ne se font pas confiance entre eux, certains sont prêts à donner un prix garanti aux cacaoculteurs, mais d’autres pas. Même en temps de crise, il n’est pas aisé d’arriver à une unanimité de vision dans le secteur du cacao, constate Oxfam Belgique. L’Organisation internationale du cacao indiquait pour sa part ce lundi à Bruxelles que la question du revenu décent à octroyer aux cacaoculteurs passera donc nécessairement par le portefeuille du consommateur.


