L'industrie laitière s'inquiète que de plus en plus d'éleveurs quittent le métier. C’est une tendance qui s'observe tant en Flandre qu'en Wallonie, met en garde la Confédération belge de l'Industrie Laitière (CBL). Selon elle, les éleveurs estiment souvent que leur exploitation n’est plus rentable, ou ils ne trouvent personne pour la reprendre au moment de prendre leur pension. Ils décrochent aussi en raison des règles de plus en plus sévères dans l’agriculture. Ces fermetures successives pourraient bientôt avoir une influence sur la production laitière en Belgique.
Un nombre croissant d'exploitations laitières cessent leurs activités, par manque de rentabilité ou de relève
Selon le rapport annuel de Melkcontrolecentrum Vlaanderen (MCC) - le Centre de contrôle du lait pour la Flandre - , 173 producteurs ont arrêté leur travail l'an dernier. Cette année, ils sont déjà 43 à avoir stoppé leurs activités. "Ces dernières années, nous avons constaté une baisse du nombre de producteurs laitiers de 3 à 4% sur base annuelle. Nous recevons des signaux de la part des producteurs laitiers que d'autres vont suivre le pas. Nous sommes préoccupés", explique Lien Callewaert, directrice de la Confédération belge de l’Industrie Laitière (CBL).
La décision de cesser une activité dans le secteur est définitive. "Il n’est en effet pas possible de relancer une entreprise agricole rapidement. Cela nous inquiète en tant que secteur, mais tout le monde peut commencer à se faire du souci", estime Lien Callewaert.
La même tendance s'observe en Wallonie avec une érosion annuelle de 3%. Cette baisse est constante depuis une trentaine d'années même si elle se stabilise. La forte baisse en Flandre s'explique en partie par la réglementation sur l'azote, explique Catherine Bauraind, chargée de missions du secteur bovins laitiers au Collège des producteurs. Selon des chiffres provenant de l'état de l'agriculture en Wallonie, les producteurs laitiers sont passés de 6.000 en 1990 à environ 1.400 en 2022.
Incertitude juridique et charge administrative
Pour expliquer le nombre important d'abandons en Flandre, la CBL évoque l'insécurité juridique pour les exploitations laitières en raison des réglementations, concernant l'azote notamment. "Les manifestations d’agriculteurs le montrent clairement : la charge administrative est trop lourde, tout comme l’incertitude juridique. Et puis les agriculteurs se sentent peu appréciés. Tout cela pèse lourd sur leurs épaules".
Eddy Passchyn sait de quoi il parle. Il a mis fin en novembre dernier à son activité d’éleveur, et pas seulement parce qu’il avait atteint l’âge de la pension. "Bien que mon beau-fils ait été prêt à élever encore des vaches laitières, nous nous sommes rapidement rendus compte que ce ne serait plus rentable pour lui", indiquait l’ancien éleveur à VRT NWS.
Le nombre croissant de règles imposées aux agriculteurs frustrait aussi Eddy Passchyn. "Quand j’ai commencé en 1984, il n’y avait pas encore de règles. Quand les quotas de lait puis les quotas de lisier ont été introduits, j’ai eu l’impression qu’il faudrait mettre de l’argent sur la table pour chaque forme d’expansion ». Bien qu’il soit devenu plus onéreux de produire, à cause des règles, Passchyn ne l’a pas constaté dans les prix de vente du lait. "Les règles s’additionnent, mais les revenus restent inchangés".
Incertitude pour la production laitière
La baisse du nombre d’éleveurs de vaches laitières influence aussi les transformateurs laitiers. "Leurs machines sont maintenant optimalisées pour la quantité de lait qu’ils reçoivent. Mais ils devront se réorganiser s’ils reçoivent moins de lait", explique Lien Callewaert.
Actuellement, ce n’est pas encore à l’ordre du jour, indiquent les chiffres de StatBel. Le nombre d’exploitations laitières diminue, mais on produit davantage de lait dans le pays. Et l’exportation de produits laitiers augmente ces dernières années. Mais faudra-t-il bientôt chercher du lait à l’étranger ? "J’espère que non", souligne Callewaert. "Les crises récentes nous ont montré qu’il est important d’avoir une production locale de nourriture. Nous ne pouvons céder nos atouts".
"Notre lait est l’un des meilleurs au monde", acquiesce Eddy Passchyn. "Si nous commençons à importer, je ne suis pas certain que la qualité puisse encore être garantie, comme le consommateur le désire". Entre 2005 et 2022, le cheptel de vaches laitières a augmenté de 16% en Flandre. Il semblerait donc qu’il ne soit pas (encore) nécessaire d’importer du lait pour la Flandre.
