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Dans la rue Bellevue à Ixelles on peut admirer plusieurs maisons conçues par Ernest Blerot

Ernest Blerot, l’architecte bruxellois qui a voulu démocratiser l’Art Nouveau

Qui parle d’Art Nouveau pense immédiatement à l’architecte Victor Horta, qui en fut l’initiateur avec l’hôtel Tassels en 1893 à Bruxelles. Mais si on connait bien en général les réalisations de Victor Horta, on ignore en général que les maisons Art Nouveau d’Ernest Blerot valent tout autant le détour. Pourtant cet architecte ixellois mériterait une plus grande attention.

BRUZZ Eric Steffens
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L’hebdomadaire bruxellois BRUZZ, destiné aux bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale dans sa rubrique "Big City".

Si Victor Horta s’adressait surtout à une élite et a reçu de nombreuses commandes de maisons de maître ou d’hôtels particuliers de la part de la haute bourgeoise, l’architecte Ernest Blerot voyait les choses autrement. Son intention était de rendre l'Art nouveau moins confidentiel en le démocratisant.

Selon lui, les classes moyennes avaient également le droit de goûter à l'Art nouveau. Il a donc cherché un moyen de rendre ce style architectural plus abordable.

Vers 1900, Ernest Blerot construit un ensemble d’une dizaine de maisons unifamiliales en utilisant le même plan à chaque fois dans la même rue ou le même quartier.

Utilisation d'un plan unique pour l'intérieur

Cette standardisation permet de maintenir l’homogénéité de l’ensemble, et surtout de réduire fortement les délais de constructions et leur coût. Cette méthode de travail rendra les maisons réalisées par Blerot accessibles à la petite bourgeoisie auprès de laquelle il est très apprécié.

Cependant, Blerot conçoit pour chaque maison une façade différente, chaque élément de décorations extérieur et intérieur est personnalisé. Il dessine lui-même les vitraux, sgraffites, ferronneries, mosaïques, éléments de menuiseries ou poignées de portes dans un grand souci du détail.

En moins de 15 ans, Blerot dessinera une soixantaine de maisons à Bruxelles. De 1900 à 1902, il peut s'en donner à cœur joie dans la commune bruxelloise de Saint-Gilles à quelques pas de la porte de Hal. La séquence Blerot ou l’Ensemble Blerot est une suite de 17 maisons de style Art nouveau construites du numéro 1 au numéro 25 de la rue Vanderschrick.

L'Art nouveau se caractérise par des formes inspirées de la nature

Et des joyaux de Blerot, on en trouve aussi rue Bellevue et rue Darwin à Ixelles. Dans cette commune il a aussi construit 11 maisons dans le quartier Saint-Boniface. Malheureusement, certaines de ces maisons ne sont pas suffisamment entretenues et certaines façades tombent même en ruine.

L'Art Nouveau se caractérise par des formes inspirées de la nature, où la courbe domine notamment dans les ferroneries, mais d’autres éléments sont aussi caractérstiques comme les graffites et les vitraux.

Un style architectural très décoratif

Ernest Blerot adorait les randonnées dans la nature, Il se rendait souvent en Suisse dans le massif du Cervin. C'est très certainement dans ce pays qu'il a pu contempler la flore locale qui l'inspirera dans toute son œuvre. Il étudiera l'architecture à Saint-Luc à Schaerbeek où il décroche son diplôme. A 27 ans, il construit sa première maison ; le n° 46 de la rue Belle -Vue à Bruxelles.

Si son style architectural est très décoratif, il n’est pas forcément inutile. Blerot voulait lier le pratique à l'esthétique, car chaque élément décoratif devait également avoir une fonction.

Ainsi le treillis de plantes grimpantes en fer forgé devant les portes d'entrée sert à protéger le vitrail et sert en même temps de poignée de porte. Les consoles en pierre somptueusement taillées sur la façade sont importantes pour soutenir le premier étage et n'ont donc pas qu'une fonction purement décorative. Chaque maison est également équipée d'un grattoir à chaussures, utile à une époque où les rues n'étaient pas encore asphaltées.

Les personnes curieuses de découvrir les œuvres de Blerot doivent rechercher l'épigraphe "Ern : Blerot" inscrite sur la façade des maisons. De nombreuses façades de Blerot à Bruxelles n'ont malheureusement pas résisté à l'épreuve du temps et ont été démolies, mais l'héritage de Blerot reste heureusement visible à certains endroits de notre ville notamment à Saint-Gilles et à Ixelles.

Gustave Strauven, l’architecte de la maison Saint-Cyr

Un autre architecte fait partie de la seconde génération de l’Art Nouveau belge, c’est Gustave Strauven surtout connu pour son chef-d’oeuvre : la maison de Saint-Cyr, située au square Ambiorix à Bruxelles (voir ci-dessous). La façade, qui fait à peine quatre mètres de large, est riche en ferronneries finement travaillées qui font songer à un entrelacs végétal. Après un stage chez Victor Horta puis à Zurich, il a conçu en très peu de temps près de septante bâtiments, situés pour la plupart à Bruxelles mais aussi à Ninove et une dizaine à Tournai, où il a résidé un temps avec ses frères au début des années 1900.

Contrairement à Victor Horta, Strauven n’a pas conçu des maisons de maître destinées à la haute bourgeoisie. Il conçoit plutôt des immeubles de rapport quelques maisons bourgeoises mais aussi de l’architecture de type alimentaire où son style est à peine décelable.

Sans doute pour des raisons financières, il utilise les briques de couleur plutôt que la pierre. Les terrains sur lesquels il construit sont souvent étroits, ou ce sont des parcelles d’angle lui permettant d’exercer toute son ingéniosité.

Au début des années ’80 l’association Sint-Lukasarchief établit un inventaire d’urgence qui répertorie pas moins de dix-neuf réalisation de Strauven. Puis viendront les premières mesures de classement qui concerne notamment la maison de Saint-Cyr. A ce jour 14 habitations de Strauven ont fait l’objet d’une mesure de protection et plusieurs d’entre elles ont bénéficié d’une restauration.

La maison de Saint-Cyr au Square Ambiorix à Bruxelles

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