Les ministres belges des Affaires étrangères et de la Défense, Hadja Lahbib (MR) et Ludivine Dedonder (PS), ont rendu lundi à Kigali un vibrant hommage aux 22 Belges - douze civils et dix militaires - qui ont péri lors du génocide de 1994 au Rwanda, victimes collatérales de cent jours de massacres qui ont fait plus de 800.000 morts parmi les Tutsi et les Hutus modérés.
Le deux ministres ont également salué la mémoire des huit membres du personnel rwandais de l'ambassade de Belgique à Kigali qui ont trouvé la mort, souvent avec leur famille, lors du génocide, ce qui est une première en trente ans.
Mmes Lahbib et Dedonder ont d'abord, en matinée, rencontré les membres des familles de ces victimes à l'ambassade, où deux plaques affichent les noms des victimes.
"Dix de nos compatriotes ont été violemment assassinés parce qu'ils étaient mariés ou apparentés à des Tutsi ou parce qu'ils étaient Belges", a déclaré la cheffe de la diplomatie. Et deux autres sont décédés faute de soins.
"Un de nos diplomates n'a eu la vie sauve qu'en prétendant être Français", a-t-elle ajouté, dans une référence au climat anti-belge alimenté par les extrémistes Hutus, opposés à toute concession à la minorité tutsi en dépit d'un accord de partage du pouvoir, et par un "média de la haine", la Radio Télévision Mille Collines (RTML).
Le Rwanda marque le 30e anniversaire du génocide en pointant la communauté internationale
Les commémorations officielles avaient débuté ce dimanche 7 avril - jour anniversaire des premières tueries de ce qui deviendra le dernier génocide du XXe siècle, faisant 800.000 morts, majoritairement dans la minorité tutsi, mais aussi des Hutu modérés. La communauté internationale avait été vivement critiquée pour son inaction avant et durant le génocide.
Cette cérémonie en hommage aux victimes belges est annuelle, a rappelé l'ambassadeur de Belgique, Bart Versmessen, au lendemain de l'hommage international rendu aux victimes rwandaises lors du 30e Kwibika ( "se souvenir" en kynirwanda, la langue locale), en présence du président Paul Kagame et de nombreux responsables étrangers.
Elle a été l'occasion de témoignages emprunts d'émotions de la part de membres des familles du personnel rwandais de l'ambassade, et d'un survivant, Jean-Claude Tayifa, qui est toujours employé par la diplomatie belge trente ans après les massacres. "On nous (les employés de l'ambassade) accusait d'être des complices du FPR (le Front patriotique Rwanda, dominé par les Tutsi, une rébellion à l'époque et qui a renversé le régime hutu en juillet 1994, mettant fin au génocide.
Commémoration au camp Kigali pour les 10 casques bleus assassinés
La ministre de la Défense a pour sa part expliqué le sens de la commémoration séparée organisée par l'ambassade et au camp Kigali, l'ex-caserne de l'armée rwandaise où dix Casques bleus - des militaires du 2e bataillon de commandos de Flawinne (Namur) ont été sauvagement assassinés le 7 avril 1994 en matinée, en dépit d'une farouche résistance.
"Nous avons absolument voulu nous associer à ces commémorations", a-t-elle déclaré lors de la cérémonie au camp Kigali.
"Nous rendons hommage aux vies perdues et aux survivants", a ajouté la ministre devant un parterre de responsables rwandais et internationaux, mais aussi des membres des familles des victimes militaires et civiles -- dont certains n'ont pu cacher leur émotion -- , des militaires du peloton mortier du 2e bataillon de commandos dont aucun n'était en service en 1994 ainsi que des étudiants de quatre écoles belges au nom du devoir de mémoire.
"Le lieu garde une signification particulièrement intense", a ajouté Mme Dedonder devant le petit immeuble aux murs vert pâle et toujours criblés d'impacts de balles, qui a été transformé en "lieu-mémoire". Le site abrite aussi dix stèles en granit noir avec des pointes coupées net - comme le furent les vies de ces dix hommes - et des stries indiquent l'âge de chaque militaire défunt qu'elles représentent. Une onzième stèle, à l'intérieur, symbolise l'ensemble des victimes du génocide.
La cérémonie était présidée par le ministre rwandais de la Défense, Juvénal Marizamunda - un ancien membre des Forces armées rwandaises impliquées dans le génocide mais rentré au pays après un exil au Zaïre (devenu République démocratique du Congo) de 1994 à 1996. La secrétaire générale adjointe et conseillère spéciale pour la prévention du génocide auprès du secrétaire général de l'ONU, la Kenyane Alice Wairimu Nderitu, était également présente, tout comme le président du Conseil européen - et ancien ministre belge de la Coopération au développement puis Premier ministre -, Charles Michel, qui avait emmené la délégation belge lors du 25e Kwibika.
"La justice ne peut juger qu'une petite partie" des génocidaires", a déploré Mme Wairimu Nderitu, qui a rendu hommage aux "courageux dix peacekeepers (Casques bleus)" pour leur action au profit de la paix, lors de leur mort, alors qu'ils servaient au sein de la Mission de l'ONU pour l'Assistance au Rwanda (Minuar).

