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Jane Graverol, "Sans titre (Femme libérée)", 1949

"Imagine" et "Histoire de ne pas rire" : deux grandes expositions à Bruxelles sur le surréalisme centenaire

Depuis fin février déjà, le Palais des Beaux-Arts (Bozar) et les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) célèbrent les 100 ans du surréalisme en lui consacrant deux expositions complémentaires. "Histoire de ne pas rire. Le surréalisme en Belgique" et "Imagine! 100 Years of International Surrealism" enchanteront et feront rire encore jusqu’au 16 juin et au 21 juillet les amateurs de ce mouvement d'avant-garde. À la faveur de ces expositions, le Musée Magritte accueille, lui, un dialogue entre les œuvres de René Magritte et de Jean-Michel Folon (jusqu’au 21 juillet).

Anne François
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L'aventure surréaliste débutait il y a exactement un siècle, en 1924, avec du côté français la publication du "Manifeste du Surréalisme" d'André Breton et du côté belge celle des pamphlets du Bruxellois Paul Nougé (1895-1967), fil rouge de l'exposition au Bozar. Le labyrinthe de panneaux d’exposition créé pour "Histoire de ne pas rire", référence au livre du poète belge, regorge d'humour facétieux. L'exposition présente aussi un surréalisme qui s'est distancié du mouvement parisien, en rejetant l'écriture automatique et la place de l'inconscient.

René Magritte "Le Bain de cristal" (1946)

"Les surréalistes singuliers de Belgique voulaient transformer le monde avec leur art subversif", rappelle Bozar. "'Histoire de ne pas rire' accorde une attention particulière à leurs contacts avec les surréalistes internationaux, au contexte politico-historique et aux femmes artistes." D’après Ann Geeraerts, assistante-curatrice de l’exposition au Bozar, "on ne peut pas qualifier le surréalisme de "style", mais plutôt d’état d’esprit. Les surréalistes belges ajoutaient une petite boutade à la réalité quotidienne. Ils avaient de l’humour et étaient très engagés sur le plan politique. Depuis un point de vue de gauche, communiste, ils voulaient changer la société".

Le Palais des Beaux-Arts plonge dans l’histoire des surréalistes belges : un enchevêtrement de groupes, de manifestes, de publications et de personnalités. L’exposition propose 260 œuvres - des tableaux, dessins, photos, collages, documents et objets -, présentées sur des grands panneaux qui forment un labyrinthe dans les salles - "une expérience surréaliste", souligne Ann Geeraerts.

Marcel Mariën, "De Sade à Lénine" (1945)

Jane Graverol et Rachel Baes

Les surréalistes piétinaient volontiers l’ordre établi, notamment via l’érotisme et la nudité. "Ils ont mis la femme comme muse sur un piédestal, tout en la sexualisant. Comme Simone de Beauvoir l’écrivait dans 'Le deuxième sexe' : "Dans le surréalisme, la femme est tout, sauf elle-même". Mais il y a deux facettes", soulignait Ann Geeraerts. "Les surréalistes étaient en même temps favorables à l’émancipation et soutenaient les artistes féminines. Il est trop facile de dire qu’ils formaient une bande d’hommes qui détestaient les femmes".

A côté des œuvres de René Magritte, Marcel Mariën, Paul Delvaux, E. L. T. Mesens, mais aussi de Max Ernst, Salvador Dali ou encore Giorgio De Chirico, qui offrent une vision représentative de 75 années d'activité surréaliste, Bozar présente donc aussi des œuvres de Jane Graverol (1905-1984) et Rachel Baes, deux femmes belges très importantes dans l’histoire du mouvement surréaliste. Leurs toiles font essentiellement partie de collections privées ou se trouvent dans les dépôts de musées et ne sont donc que rarement montrées au public.

Rachel Baes, "Naissance du secret" (1948)

La Bruxelloise Rachel Baes (1912-1983) est une artiste au destin assez tragique. Dans les années 1930, elle fut la maîtresse de Joris Van Severen, fondateur en 1931 du Verdinaso, une organisation politique fasciste flamande au programme anti-démocratique et vocabulaire antisémite. Il a été fusillé en mai 1940 à Abbeville, en France.

Après la mort de Van Severen qui la laissa brisée, Rachel Baes peignit avant tout des fillettes innocentes dans des environnements oppressifs. Baes faisait partie des cercles de René Magritte, qui en peignit d’ailleurs un portrait surréaliste. Mais elle termina sa vie, seule et aigrie, dans une grande maison à Bruges.

Surréalisme ou symbolisme ?

À quelques pas du Bozar, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) explorent la poésie de Max Ernst, Giorgio de Chirico, Salvador Dalí, Dora Maar, René Magritte, Joan Miró, Leonor Fini, Man Ray, Jane Graverol, Paul Delvaux et Dorothea Tanning dans une perspective plus internationale. "Imagine!" emmène le public dans les méandres du subconscient de ces artistes au travers de thèmes comme la nuit, la forêt, le rêve et le cauchemar, le subconscient, l’inconnu, la métamorphose et le labyrinthe.

L'exposition itinérante, conçue en collaboration avec le Centre Pompidou de Paris, compte près de 140 œuvres - des peintures, œuvres sur papier, sculptures, objets, assemblages et photographies. Après Bruxelles, l'exposition s'installera au cœur de la capitale française, puis continuera son parcours international en Espagne (Fundacion Mapfré Madrid), en Allemagne (Hamburger Kunsthalle) et s'achèvera aux États-Unis (Philadelphia Museum of Art). Chaque institution présentera un éclairage spécifique en proposant, autour du noyau dur de l’exposition, des œuvres issues de sa collection propre.

Max Ernst, "L'ange du foyer (Le Triomphe du surréalisme)", 1937

"Pour cette première étape bruxelloise, les MRBAB proposent de découvrir un autre visage du surréalisme en faisant le lien avec le symbolisme dans lequel le courant surréaliste puise ses racines'’, explique l'institution. « Imagine » explore ainsi les similitudes, mais aussi les lignes de fracture entre surréalisme et symbolisme. L’occasion d’admirer des toiles du peintre, photographe et graveur belge Fernand Khnopff (1858-1921), notamment.

Enfin, comme quelques tableaux de René Magritte quitteront leur musée pour rejoindre ces deux expositions sur le surréalisme, le Musée Magritte et la Fondation Folon mettront en résonance les œuvres du peintre et les créations poétiques de Jean-Michel Folon, de 36 ans son cadet.

Le surréalisme est né il y a un siècle exactement et a survécu pendant des dizaines d’années. Son état d’esprit se retrouve cependant encore toujours dans l’art contemporain belge. René Magritte avait d’ailleurs déclaré dans une œuvre tardive : "Ceci continue de ne pas être une pipe". Dans les temps que nous traversons, "nous avons certainement besoin d’un peu d’imagination", concluait Ann Geeraerts, assistante-curatrice de l’exposition au Bozar.

Salvator Dali, "L'énigme du désir"

"Histoire de ne pas rire. Le surréalisme en Belgique " se tiendra jusqu'au 16 juin au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, tandis que "Imagine! 100 Years of International Surrealism " refermera ses portes le 21 juillet aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

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