Beaufort est happening artistique gratuit qui se déroule tous les trois ans le long des 67 km de notre littoral. Pour sa huitième édition la triennale présente dix-huit nouvelles œuvres d'art. Huit de ces œuvres resteront en place même après Beaufort. Vous les trouverez sur la plage, sur la digue, mais aussi dans des endroits moins connus ou cachés. "De l'art accessible ici et maintenant, pour ceux qui en ont besoin", explique Els Wuyts, commissaire de l'exposition.
Huitième édition de la triennale Beaufort : quand l'art s'invite au littoral
D'ouest en est, de la frontière française à Knokke-Heist : il faut plus d'une journée pour se rendre à pied ou à vélo d'une œuvre d'art à l'autre. Mais pas de panique, Beaufort se déroule jusqu'au 3 novembre. La découverte vous mènera non seulement sur la plage, mais aussi dans toutes sortes d'endroits moins connus du littoral et même dans l'arrière-pays.
Dix-huit œuvres d'art ou installations artistiques sont exposées, réalisées par des artistes belges et étrangers. Toutes les communes côtières y participent, à l'exception de Bredene, pour des raisons financières. 8 œuvres resteront en place après Beaufort.
Pour la commissaire Els Wuyts, Beaufort c’est "une exposition de 67 kilomètres de long". Pour cette 8e édition, elle a trouvé un fil conducteur dans "le tissu de la vie".
Ci-dessous l'emplacement des oeuvres d'art le long du littoral.
"Le point de départ de cette édition est le concept 'Fabric of Life'", explique Els Wuyts. "Une métaphore d'une connexion naturelle, d'un tissage de lignes, de directions et de motifs différents. Un point de départ pour poser un nouveau regard sur notre environnement immédiat et le relier à des imaginaires possibles".
Le lieu de présentation des œuvres d'art sera, lors de cette édition 2024, encore plus mis au centre. "Dans ces lieux, un espace a été aménagé pour donner une voix aux légendes parfois invisibles, pour retrouver les traces de certaines histoires ou pour mettre en lumière des thèmes qui occupent encore aujourd'hui de nombreux esprits", poursuit la commissaire. Els Wuyts précise encore que les sculptures et les installations se sont déplacées un peu plus à l'intérieur des terres, le long du Tram du Littoral qui relie les zones portuaires, les villages, les marchés, les digues, les champs et les parcs.
Je demande aux visiteurs de prendre leur temps !
Els Wuyts, commissaire de l'exposition Beaufort 2024
Au cours des trois dernières années, Els Wuyts s'est efforcée, avec les artistes et les autorités communales, de placer l'œuvre adéquate chaque fois au bon endroit. Dans une réserve naturelle à Nieuport ou sur la grande plage de Zeebrugge.
Tout est différent près de la mer, où les sens sont stimulés. "Il ne s'agit pas seulement de regarder, mais aussi de sentir ou de toucher. On s'imprègne de l'ensemble de l'environnement en même temps que des œuvres d'art. Par conséquent, je demande aux visiteurs de prendre leur temps !"
Ci-dessous une sélection de Beaufort 2024 :
Installez-vous confortablement sur certaines oeuvres
Un premier voyage le long du parcours permet déjà de dégager quelques thèmes récurrents : sur un certain nombre d'œuvres d'art et d'installations, il est possible de s'asseoir !
À Blankenberge, l'artiste français Romain Weintzem a érigé trois bancs, sur la jetée, près du phare et dans un parc. À première vue, il s’agit d’une belle sculpture aux formes inspirées de l'Art Nouveau. Cependant, le titre "Attentifs ensemble" amène une seconde lecture, plus rude et teintée de violence. Cet extrait d'un message anxiogène diffusé dans les transports en commun français, invitant les passagers à se surveiller les uns, les autres, a inspiré l'artiste pour la conception de son œuvre.
"Al met der tyd" est le joli titre d'une œuvre de l’artiste Taïwanaise Pei-Hsuan Wang, qui vit à Gand. Sur un chemin de dunes élevé, près du Zeepreventorium à De Haan, elle a placé deux statues de part et d'autre d'un banc, face à la mer. Ces deux créatures mythiques qui font office de gardiens tiennent compagnie à tous ceux qui viennent se reposer sur le banc. Elles sont généralement placées à l'entrée d'une maison ou d'un sanctuaire pour éloigner les catastrophes et le mal.
Dans la magnifique réserve naturelle de Koolhofput à Nieuport, vous pouvez vous allonger sur un banc en bronze et admirer "At rest" une œuvre de l’artiste hispano-américaine Selva Aparicio. Pour cette œuvre, l'artiste a réalisé des moulages de paumes de mains. Elle en a collecté des centaines à Nieuport, auprès de personnes de tout âge. À cet effet, elle s'est rendue dans les maisons de retraite et au club de jeu de cartes du quartier, des clients du marché local et des passants occasionnels ayant également accepté d’immortaliser l'empreinte de leur main. Les lignes de bronze représentent des lignes de vie, mais aussi des nervures de feuilles.
Une fontaine liée aux marées
À La Panne, l'artiste Filip Vervaet a collaboré avec le cabinet d'architecture Fallow pour redessiner une place entière, là où se trouvait l’église Saint-Pierre qui doit devenir une bibliothèque. Désormais, sept lanternes aux boules de verre bleu-vert ornent cette place, en référence au tableau étrange de Paul Delvaux, Paysage aux lanternes (1958). "Staging Sea" est une œuvre d'art totale : un échange entre le paysage, les lanternes et le pavillon doté d'une fontaine.
L'œuvre est aussi changeante que la mer en termes de couleur et de lumière. La fontaine rend visible la différence de niveau des marées sur la côte belge, qui peut atteindre cinq mètres.
L’œuvre la plus controversée de Beaufort 2024 est cette tour formée de chaises de jardin en bronze, œuvre de l’artiste finnoise Sara Bjarland qui vit depuis longtemps à Amsterdam. "On trouve des chaises de jardin comme celles-ci partout dans le monde. Tout le monde en a une. Nous les associons aux vacances et aux loisirs, mais une telle chaise en plastique est aussi un symbole de la société du jetable".
Sara Bjarland a réalisé des moulages dans un matériau durable : le bronze. En guise de contraste avec le plastique qui est éphémère. Elle a empilé 47 chaises pour former une tour en équilibre instable. "Comme si un coup de vent était passé sur elles. J'aime jouer avec l'idée de l'entropie : tout finit par aboutir à un état de chaos".
Je pense qu'il est important qu'une œuvre d'art pose des questions et fasse réfléchir les gens sur la société.
Sara Bjarland
Sara Bjarland ne prête guère attention aux réactions négatives suscitées par sa première grande œuvre dans l'espace public : "Je n'en pense pas grand-chose et je ne le ressens pas comme une attaque personnelle. Les gens peuvent la trouver belle ou laide. Ils en ont tout à fait le droit. Il arrive souvent que l’art installé dans l’espace public ne plaise pas à tout le monde. Je pense qu'il est important qu'une œuvre d'art pose des questions et fasse réfléchir les gens sur la société. J'ai essayé de faire quelque chose d'un peu ludique et poétique. Et j'espère que certaines personnes le verront aussi".
La femme dans et sur l'eau
Autre thème récurrent de Beaufort 2024 : la femme. La sculpture "The herring" (le hareng) joue sur le double sens de la mer et de la mère. La mer et la vie sont intimement liées. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la côte belge occidentale a pu survivre grâce à une pêche au hareng exceptionnellement abondante. L'œuvre de notre compatriote Johan Creten, représente une immense femme en bronze tenant un hareng. À marée haute, ses pieds sont baignés par la mer à Oostduinkerke.
On peut découvrir une autre sculpture femme, cette fois à Ostende : "Mother", de l'artiste néerlandaise Femmy Otten. C'est une sculpture en marbre blanc représentant une femme enceinte allongée dans une position très inconfortable. Elle tient en équilibre sur un pied toutes sortes de parties de son corps. Elle repose dans l'étang près du Kursaal, non loin de l'autre célèbre sculpture ostendaise, "Dikke Matille" de l’artiste tournaisien George Grard.
Enfin, sur le célèbre monument au roi Albert à Nieuport, on découvre deux jeunes filles. L'une défie les lois de la gravité. Apparemment sans effort, elle fait le poirier sur le bord le plus élevé du monument. Son double se tient en dessous, sur la pointe des pieds et les bras tendus. Pour cette sculpture Top Down / Bottom Up l’artiste allemand Alexandra Bircken s'est laissé inspirer par sa fille qui faisait de la gymnastique.
Ci-dessous une sélection d'autres oeuvres de Beaufort 2024
Le parc de sculptures s’agrandit
Après huit éditions, Beaufort est devenu une valeur sûre de la côte belge, qui attire de nombreux touristes. Il est également agréable de constater qu'après chaque édition de Beaufort le parc de sculptures s'agrandi. Huit œuvres d'art resteront en place après cette édition 2024 et viendront enrichir le Parc de Sculptures Beaufort permanent. À l'issue de cette édition, le Parc totalisera 50 œuvres d'art.
Gratuit pour les visiteurs, ce sont les communes qui financent
Pour le public, l'exposition en plein air est gratuite. Ce sont les communes et la province de Flandre occidentale qui financent Beaufort. Pour une œuvre d'art permanente, une ville ou une commune paie entre 75 000 et 100 000 euros, un montant doublé par la province. Pour un prêt temporaire, les artistes reçoivent entre 10 000 et 12 000 euros. "C'est beaucoup d'argent, mais cela en vaut la peine", déclare la commissaire de l'exposition Els Wuyts. Et les communes me disent que le retour sur investissement est incroyable".
Le retour, bien sûr, ce sont les nombreux touristes qui partent à la découverte des œuvres, tout en louant un vélo, en réservant un hôtel, en mangeant au restaurant. Mais Beaufort, c'est bien plus que cela. Els Wuyts : "Je crois au pouvoir de l'art, qui peut faire la différence et changer la vie des gens".
Beaufort, la Triennale du littoral, se déroule du 27 mars au 3 novembre 2024. L'entrée est gratuite partout ; un guide pratique avec un plan et explications sur les oeuvres peut être acheté dans les offices de tourisme pour la somme de 2 €.














