Le gouvernement fédéral et la Sûreté de l'État craignent que la Russie, entre autres, ne tente d'influencer les résultats des élections dans notre pays. C'est ce qu'a déclaré le Conseil national de sécurité lors d'une conférence de presse. Cette influence passe par nos smartphones et les réseaux sociaux. Comment cela se passe-t-il et y a-t-il déjà eu des exemples ?
Le Conseil national de sécurité met en garde contre l’ingérence étrangère lors des prochaines élections
Lors d'une conférence de presse du Conseil national de sécurité, les craintes d'une influence sur l'opinion publique avant les élections de juin ont été réitérées. "La question n'est pas de savoir si cela se produira, mais quand et comment", a déclaré la ministre de l'intérieur, Annelies Verlinden (CD&V). Les services de renseignement belges vont donc mettre en place une surveillance accrue des réseaux sociaux. Car c'est là que cette influence s'exerce le plus.
En tant que siège de nombreuses institutions internationales telles que l'Union européenne et l'OTAN, la Belgique est également une cible privilégiée pour les campagnes d'influence menées depuis l'étranger. L'influence n'est peut-être pas aussi visible que chez nos grands voisins, mais elle existe bel et bien.
Les tactiques utilisées pour ce faire ne diffèrent pas de celles employées ailleurs : il s'agit d’amplifier en ligne les mécontentements au sein de la société. En d'autres termes, il s'agit de lancer de petites piqûres qui alimentent le débat social et peuvent provoquer des divisions et donc potentiellement modifier le comportement des électeurs. Cela peut se faire en propageant des mensonges, mais aussi en renforçant certains sentiments.
Armées de trolls et désinformation sont des tactiques éprouvées du Kremlin
Les services de sécurité belges pointent la Russie à cet égard. L'utilisation d'une armée de trolls est une tactique éprouvée par le Kremlin.
L'exemple le plus célèbre remonte à 2016 avec les tentatives d'influencer l'élection présidentielle américaine par l'Internet Research Agency, dirigée par le chef de Wagner, Evgeny Prigozhin, aujourd'hui décédé. Depuis un grand immeuble de bureaux à Saint-Pétersbourg, des centaines d'employés ont tenté d'influencer la campagne électorale entre Donald Trump et Hillary Clinton par le biais de nombreux comptes en ligne et sites web.
Depuis l'invasion russe de l'Ukraine, ces armées de trolls sont de nouveau bien actives. Les exemples étrangers sont légion. Prenons par exemple les étoiles de David bleues qui sont apparues dans le paysage urbain parisien sur les façades des maisons peu après l'attaque du Hamas le 7 octobre. Des photos ont été diffusées sur l'internet par l'intermédiaire du"réseau Doppelgänger", un labyrinthe de centaines de comptes de réseaux sociaux et de faux sites internet de médias existants.
Un couple de Moldaves, pris en flagrant délit, a été expulsés. Durant la garde à vue, ce couple – en situation irrégulière en France – a expliqué avoir agi sur les ordres d'un Russe, contre un peu d'argent. De quoi conforter la piste d'une déstabilisation orchestrée de l'étranger. En quelques jours, ces étoiles de David, tracées à la peinture bleu, se sont multipliées dans certains arrondissements parisiens.
Ou encore les nombreuses histoires entourant les membres du gouvernement ukrainien, qui vivraient dans le luxe et achèteraient des villas et des super yachts par douzaines. Ces histoires se sont à nouveau répandues grâce à un réseau de faux comptes, cette fois-ci sur TikTok, entre autres.
Exemples belges
Mais il ne faut pas chercher si loin. Les services de sécurité ont mis en avant plusieurs exemples où ils estiment qu'il existe une potentielle influence étrangère. Ainsi, en septembre 2023, les grandes manifestations à Bruxelles contre l’EVRAS. Il s'agit du programme d'éducation dans les écoles francophones qui vise à accompagner les enfants et les adolescents dans le développement de leur vie relationnelle, affective et sexuelle. Des protestations ont fusé de toutes parts, mais les services de sécurité belges ont remarqué que des comptes étrangers sur les réseaux sociaux partageaient ces protestations avec pour thème : l'Occident et sa moralité décadente.
Ce n'est certainement pas la première fois que des comptes ont commencé à partager des histoires belges, estime la Sûreté de l'État.
En 2019, le jour des élections, une petite manifestation de quelques centaines de gilets jaunes a lieu à Bruxelles, à la gare du Nord. Malgré cette faible participation, des journalistes pro-russes y ont consacré un reportage. Leurs images et leurs récits n’étaient pas tant destinés au public belge qu'aux Français. Ce jour-là, les Français se rendaient également aux urnes pour les élections européennes. Des messages circulaient sur Facebook pour montrer que "les Belges descendent aussi dans la rue". Il ne s'agit pas d'un mensonge, mais d'attiser une contestation.
Et c'est ce que les services de sécurité belges craignent encore aujourd'hui.
#DeCrooMustGo
Le mois dernier, la Sûreté de l'État s'est adressée à tous les partis de notre pays pour les mettre en garde contre une éventuelle ingérence étrangère. Ils ont notamment cité l'exemple du hashtag #DeCrooMustGo. Des inconnus avaient copié le hashtag sur l'original canadien #TrudeauMustGo, en référence au Premier ministre Justin Trudeau.
Les enquêtes menées par les services de sécurité ont révélé que ce hashtag était partagé non seulement par des personnes "ordinaires", mais aussi par des trolls qui pourraient être liés à des comptes russes. Ces derniers ont tenté de rendre le hashtag viral afin d'influencer l'opinion publique, en Belgique. Mais l’impact a été plutôt limité, selon les services de sécurité.
La photo ci-dessous a également été diffusée sur l'internet de cette manière. Elle montre le Premier ministre Alexander De Croo avec son homologue canadien Justin Trudeau et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Un groupe de dirigeants occidentaux s'est rendu à Kiev fin février pour discuter du soutien à apporter à l'Ukraine. L'histoire qui a été diffusée les a dépeints comme des dirigeants peu soucieux de l'argent des contribuables, distribuant des milliards d'euros d'aide, alors que les gens ordinaires doivent se battre à la guerre.
Les hommes politiques doivent être prudents
Outre ces campagnes d'influence, les services de sécurité appellent les hommes politiques à être vigilants face au piratage et à l'espionnage. Tous les hommes politiques ne sont pas aussi vigilants en matière de cybersécurité. D'où l'appel à la vérification en deux étapes, aux mots de passe forts, etc.
Et un nouveau smartphone sécurisé sera remis aux ministres, aux hauts fonctionnaires et aux diplomates belges. Il doit leur permettre d'échanger des informations sensibles, des données classifiées et des communications de manière sécurisée, sans risquer d’être mis sur écoute.
