D’après des documents dévoilés lundi par les médias flamands "Apache" et le magazine "Humo", le parlementaire flamand Filip Dewinter (Vlaams Belang) aurait eu des contacts et aurait été payé par un espion chinois pendant plusieurs années. "Ce sont des infos anciennes" a déclaré Tom Van Grieken, le président du Vlaams Belang. "Cette affaire a déjà fait l'objet d'une enquête et rien de répréhensible n'a été découvert".
Pour Tom Van Grieken, "il n'y a rien de neuf" dans les nouvelles accusations contre Filip Dewinter sur ses liens avec le régime chinois
"Ce sont des infos anciennes", a répondu Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, lundi soir dans l’émission Terzake (VRT). "Filip Dewinter avait déjà reconnu l’existence de ces documents et qu'ils avaient déjà fait l'objet d'une enquête. La sécurité de l'État a déjà déclaré qu'il n'y avait pas eu de corruption. La seule nouveauté c’est le moment choisi : deux mois avant les élections, ils vont remettre sur le tapis de vieilles questions". Tom Van Grieken qualifie cette affaire de "nuisible".
Tom Van Grieken réagissait à une publication de Humo et Apache parue plus tôt dans la journée de lundi. Celle-ci contient de nouveaux éléments sur des paiements effectués par des associations de l'espion chinois Shao Changchun au député flamand Filip Dewinter.
En 2018, la Sûreté de l'État a informé le Parlement fédéral que Filip Dewinter coopérait avec Changchun. Le parlement fédéral a ensuite transmis le dossier au parquet de Bruxelles. Ce dernier a décidé début 2019 de ne pas ouvrir d'enquête car il n'a constaté aucune infraction pénale.
"3.000 euros de dédommagement"
Les détails désormais publiés par Humo et Apache se concentrent sur les frais facturés par Filip Dewinter à des asbl’s de Changchun. À ce sujet, Dewinter avait déclaré à Terzake en décembre dernier : "Les seules choses qui m'ont été payées sont des dépenses pour des dîners, toutes sortes de dépenses, des voyages, des choses comme ça".
Mais selon les articles d'Apache et d'Humo, ce n'est pas tout à fait exact. Dewinter aurait également facturé des "honoraires" ou une "compensation" pour le travail qu'il a fourni à une asbl de Changchun. La facture indique qu'il s'agit d'honoraires pour Dewinter en "avril 2015", notamment pour l'organisation d'un séminaire d'affaires au Parlement flamand.
La facture mentionne effectivement des frais de restaurant, mais parle également d'une rémunération de 3 000 euros pour Dewinter. Cette somme est mentionnée sous la rubrique "frais d'organisation". Notre rédaction n'a pas pu vérifier elle-même l'authenticité du document.
M. Dewinter a répondu qu'il s'agissait de "dépenses engagées". "Il se peut que l'on ait globalisé un certain montant", explique le député flamand. Cela aurait alors été le cas s'il y avait eu une discussion sur certains frais. En tout cas, Dewinter nie qu'il s'agisse d'une compensation pour le travail qu'il a effectué.
"Senior political advisor"
L'espion chinois Changchun a opéré sous le couvert d'un travail culturel en Belgique. Il a par exemple fait don de violons à l'académie de musique de Lier. En marge de ces activités, l'espion a ensuite noué des contacts politiques. Dewinter a toujours affirmé qu'il n'avait organisé que des activités commerciales et culturelles pour les organisations sans but lucratif de Changchun et qu'il n'avait jamais fait de travail politique pour l'espion.
Mais d’après les publications d'Apache et de Humo, ce n'est pas tout à fait exact. Elles affirment que Dewinter a signé une lettre en tant que "senior political advisor" pour l'une des organisations de Changchun.
Dewinter a également envoyé cette lettre sur du papier à en-tête du parlement fédéral et l'a signée en tant que "membre du parlement fédéral". Cette lettre n'a pas non plus pu être vérifiée de manière indépendante par notre rédaction. Filip Dewinter reconnaît l'existence de la lettre, mais minimise l'importance du titre de "conseiller politique principal". "On me l'avait demandé, peut-être parce que cela avait plus de poids. Et alors, est-ce interdit ?", a répondu Dewinter.
La lettre est datée du 6 juin 2016 et est adressée à Cheng Guoping, alors vice-ministre des affaires étrangères en Chine. Dewinter invite l'homme en Belgique, notamment pour "échanger des points de vue sur le consensus de coopération".
Dans le cadre de cette visite, Dewinter prend également en charge des dépenses pour le compte d'une organisation sans but lucratif de Changchun, l'espion chinois. Il s'agit notamment de dépenses pour des dîners avec divers hommes politiques, écrivent Apache et Humo. Dewinter maintient qu'il n'a pas fait plus que s'occuper des intérêts culturels et commerciaux des associations chinoises de Changchun.
Une "opération avec intention de nuire"
De plus, Dewinter a toujours affirmé qu'il ne savait pas que Changchun était un espion chinois. Il a toutefois déjà admis qu'il avait peut-être été "naïf" dans ses relations avec cet homme ou que sa "confiance aurait été abusée". Filip Dewinter a déploré que la sécurité de l'État ne l'ait jamais informé de son enquête sur Changchun.
Selon Filip Dewinter, les nouveaux détails qui viennent d'être divulgués ne sont rien d'autre qu'une "opération de destruction". "Il s'agit d'une manœuvre par laquelle on tente de me nuire", a répondu M. Dewinter. "Il y a eu plusieurs déclarations, y compris de la part du procureur général. Mais à quelques mois des élections, ils essaient à nouveau de me nuire".
