Le Musée de la ville de Gand (STAM) propose encore jusqu’au 29 septembre une exposition intitulée "Terres gantoises" (‘Gentse Gronden’). Elle est consacrée aux milliers d’hectares de terres agricoles qui appartiennent au centre public d’aide sociale de Gand, qui sont pour une part gérées déjà depuis le Moyen-Age par la ville. Ces 50 dernières années, Gand a vendu beaucoup de terres : des 5.000 hectares qu’elle a autrefois possédé, il lui reste 1.800 hectares, principalement situés en-dehors de la ville. L’exposition se penche sur l’histoire de ces terres et sur celle de l’aide aux pauvres et aux malades, sur la sécurité alimentaire, la relation entre la ville et la campagne, tout en considérant aussi l’avenir des terres agricoles qui demeurent encore. Elle a vu le jour grâce à une collaboration avec l’Institut de recherche sur l’agriculture, les pêches et l’alimentation ILVO, qui s’est attaché au cas de la ville de Gand dans le cadre d’une étude sur la propriété foncière publique en Flandre.
Le STAM raconte l'histoire de 5.000 hectares de terres agricoles gantoises disséminées en Flandre et aux Pays-Bas
L’histoire des terres agricoles de Gand (Flandre orientale) débute au 13e siècle, lorsque de riches citadins, des abbayes et des hôpitaux gantois devinrent propriétaires de terres situées en-dehors des murs de la ville. Dès cette époque-là, une trentaine d’hôpitaux et d’églises ont commencé à utiliser ces terres pour procurer de la nourriture aux pauvres et aux malades, indiquait à radio 2 l’historienne Esther Beeckaert.
Le site de l’ancienne abbaye De Bijloke, sur lequel est installé le musée de la ville de Gand - le STAM - en est un bon exemple. "Au Moyen-Age, ce site abritait le plus grand hôpital de Gand. Il pouvait accueillir 200 patients. A un certain moment, il a possédé 1.600 hectares de terres en-dehors de la ville", précisait Esther Beeckaert. Ces terres provenaient avant tout de dons, émanant parfois de familles croyantes qui voulaient ainsi aider les pauvres et les malades, mais également de monarques. Certaines institutions achetèrent aussi des terrains. C’est ainsi que la superficie des terres appartenant à la ville de Gand augmenta au fil des siècles.
Une garantie de nourriture, de matière premières et d’argent
Au Moyen-Age, Gand était l’une des plus grandes villes d’Europe et la population y augmentait rapidement. Il fallait donc que l’arsenal des terres agricoles suive. "Elles représentaient une garantie de nourriture en temps de guerres ou de crises. La location des terres aux cultivateurs constituait également une source fiable de revenus", précisait l’historienne Esther Beeckaert.
"Ces terres servaient en outre de matière première. Les arbres qui s’y trouvaient étaient abattus et le bois utilisé comme matériaux de construction ou comme combustible. On extrayait aussi de la tourbe".
Une gestion publique des terres
“En 1796, la région passait sous domination française. La ville de Gand reprit alors tous les hôpitaux médiévaux et les terres d’églises, qui furent gérés par des institutions publiques s’occupant de l’aide aux pauvres". Les locataires des terres connurent alors une plus grande sécurité d’utilisation des terres.
"Cela créa une stabilité et une prospérité, jusqu’en-dehors de la ville de Gand. Les fermes purent ainsi être passées de génération en génération", précisait Hans Vandermaelen, chercheur à l’Institut de recherche sur l’agriculture, les pêches et l’alimentation ILVO et co-curateur de l’exposition au STAM.
"Le rôle social des familles d’agriculteurs qui exploitaient les terres agricoles gantoises était important. Elles pouvaient engager des fermiers plus pauvres et leur procurer ainsi une sécurité de vie. Il existait toute une chaîne qui assurait la prospérité, même en-dehors de la ville de Gand", soulignait Esther Beeckaert.
3.200 hectares ont cédé la place à l’autoroute et l’industrie
Dès 1976, les villes et communes commencèrent à travailler avec des centres publics d’aide sociale (CPAS). Celui de Gand était l’un des plus riches de Flandre, gérant quelque 5.000 hectares de terres en Flandre orientale et occidentale, ainsi qu’un groupe de terrains en Zélande, juste au-delà de la frontière néerlandaise.
"Dès les années 1960, on assista à de grands développements, notamment avec la construction des autoroutes E40 et E17 passant en Flandre orientale. Le gouvernement expropria des terrains ayant appartenu au précurseur du CPAS, pour laisser la place aux voies rapides de circulation. Le port de Gand prit également de l’ampleur et des terrains publics furent transformés en zones industrielles. L’aciérie ArcelorMittal se développa notamment sur d’anciennes ‘terres gantoises’"
Une véritable révolution se produisit dans les années 1980, lorsque le CPAS gantois commença à vendre des terres qu’il gérait pour obtenir des fonds pour de nouveaux investissements. Cet argent servit notamment à la construction d’hôpitaux et de maisons de repos et de soins.
En l’espace de 50 ans, quelque 3.200 hectares de terres publiques ont ainsi quitté la gestion gantoise. Le Centre public d’aide sociale ne possède actuellement plus que 1.800 hectares. A la suite de procédures judiciaires concernant un marché avec l’homme d’affaires et homme politique anversois Fernand Huts, la ville de Gand décida récemment de ne plus vendre ses terres agricoles. Du moins jusqu’en 2025.
Quel avenir pour les terres agricoles de Gand ?
L’exposition “Terres gantoises” au STAM n’offre pas de réponse toute faite à la question de l’avenir de ces terres, mais présente plutôt divers témoignages. Comme celui d’une fermière de 99 ans qui raconte tout ce qui a changé au fil des décennies, ou celui d’un jeune agriculteur qui explique combien il est difficile de trouver des terres à cultiver. Il y a aujourd’hui quelque 150 exploitants des terres gantoises. Des projets pilotes lancés sur les terres du CPAS sont également mis en lumière au STAM.
"Les manifestations toutes récentes des agriculteurs témoignent des grands défis actuels. Par le biais de cette exposition, nous espérons susciter la réflexion. Nous sommes tous concernés par notre santé et notre alimentation. Ces sont des thèmes qui nous concernent de près", souligne Hans Vandermaelen de l’ILVO.
Une série de débats sur le thème des terres agricoles gantoises sera également organisé, tout comme des balades à vélo spécialement conçues, des journées d’étude et des conférences. "Nous voulons lancer le débat, tout en y apportant les nuances nécessaires".
L’exposition ‘Gentse Gronden’ (‘Terres gantoises’) est encore à voir jusqu’au 29 septembre au Musée de la ville de Gand STAM . Les textes explicatifs dans les salles sont en néerlandais, français et anglais.
Adresse : Godshuizenlaan 2 à 9000 Gand.
