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Une trentaine de chefs d'Etat étaient rassemblés à Bruxelles

Sommet à Bruxelles : une trentaine de pays réaffirment la place du nucléaire dans leur stratégie énergétique

Une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernement étaient réunis ce jeudi à Bruxelles, sur le plateau du Heysel (photo), pour un sommet dédié au nucléaire. L'objectif de cette réunion internationale - la première en son genre - est de consacrer la place de cette source d'énergie dans la stratégie en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de garantir la sécurité énergétique. Des activistes représentant une quarantaine d'organisations du monde entier ont bloqué l’ouverture du sommet et dénoncé "un conte de fées nucléaire".

Anne François Belga
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"L'énergie nucléaire fait partie de la solution pour parvenir à des émissions nettes nulles d'ici 2050", déclarait ce jeudi le Premier ministre belge Alexander De Croo, hôte du sommet bruxellois. À titre personnel, il s'est d'ailleurs prononcé pour une prolongation de 20 ans de la durée de vie des réacteurs de Doel 4 et de Tihange 3, au lieu de la prolongation de 10 ans décidée par le gouvernement actuel.

Pour atteindre les objectifs climatiques de l'Europe, Alexander De Croo estime que l'énergie nucléaire doit être pleinement déployée. À cette fin, il faudra bousculer l'opposition entre les énergies renouvelables et le nucléaire, car les deux seront nécessaires pour parvenir à des émissions nettes nulles d'ici 2050, estime le premier ministre. Le nucléaire constitue une forme d'"énergie durable" disponible en "quantités énormes, sûres et fiables", avance-t-il.

Ce message a été souligné par Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Il a notamment évoqué la crise énergétique et les nombreuses tensions dans le monde pour expliquer pourquoi le tout premier sommet sur l'énergie nucléaire n'a lieu qu'aujourd'hui. L'énergie nucléaire représente actuellement un quart des énergies renouvelables dans le monde, et la moitié en Europe, a indiqué Grossi.

"Mais il faut faire plus. Il ne s'agit pas d'un concours de beauté, mais d'un combat dans lequel toutes les sources d'énergie disponibles et exemptes de CO2 doivent être utilisées pour se libérer du carbone le plus rapidement possible". Quelque 300 PDG et entrepreneurs et 37 chefs d'État et de gouvernement d'Europe et d'ailleurs participaient à ce sommet nucléaire organisé par la Belgique et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Déclaration commune

La réunion s'est achevée par une déclaration commune des chefs d'Etat et de gouvernement d'Europe et hors d'Europe réunis au Heysel. "Nous (...) réaffirmons notre ferme engagement en faveur de l'énergie nucléaire en tant qu'élément clé de notre stratégie mondiale visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les secteurs de l'électricité et de l'industrie, garantir la sécurité énergétique, renforcer la résilience énergétique et promouvoir le développement durable à long terme et la transition vers une énergie propre", stipule la déclaration commune adoptée à la fin du Sommet nucléaire de Bruxelles.

La déclaration vise le développement du nucléaire, aussi bien par la prolongation des capacités existantes que par la construction de nouvelles capacités. "Nous nous engageons à œuvrer pour libérer pleinement le potentiel de l'énergie nucléaire en prenant des mesures telles que des conditions permettant de soutenir et de financer de manière compétitive la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires existants, la construction de nouvelles centrales nucléaires et le déploiement rapide de réacteurs avancés, y compris les petits réacteurs modulaires, dans le monde entier, tout en maintenant les niveaux les plus élevés de sûreté et de sécurité, conformément aux réglementations nationales respectives".

La centrale nucléaire de Doel

La ministre de l‘Energie Van der Straeten au sommet "alternatif"

La ministre de l'Energie, l'écologiste Tinne Van der Straeten (photo), s'est exprimée lors d'un sommet "alternatif" mis sur pied par l'association flamande Bond Beter Leefmilieu, en marge de l'évènement international sur l'énergie nucléaire, et intitulé Why Nuclear won’t save the Climate. "Nous ne pouvons pas baser nos politiques sur l'incertitude", a maintenu la ministre au sujet du futur développement de petits réacteurs modernes.

Dans l'après-midi, Van der Straeten était également appelée à s'exprimer lors d'un panel avec d'autres responsables politiques au "Nuclear Energy Summit", le sommet officiel. La ministre fédérale à l’Eneregie a surtout souligné les investissements effectués par la Belgique dans les énergies renouvelables, qui ont fait du pays "le deuxième acteur mondial en termes d'énergie éolienne par tête". L'investissement dans le renouvelable doit rester, selon elle, le fil conducteur de la politique énergétique de la Belgique dans les prochaines années. Parallèlement, on sait que l'enthousiasme et les espoirs sont grands ces dernières années en Europe à propos des "petits réacteurs nucléaires modulaires" (SMR). Mais pour la ministre écologiste, il est possible qu'il faille attendre 2045 pour en voir pousser chez nous. "On ne peut pas attendre jusque-là pour s'attaquer au changement climatique", a-t-elle souligné. "Nous ne pouvons pas baser nos politiques sur l'incertitude".

La ministre Tinne Van der Straeten (archives)

Protestations contre le sommet

Des activistes représentant une quarantaine d'organisations du monde entier ont bloqué l'ouverture du sommet sur l'énergie nucléaire à Brussels Expo, affirmait Greenpeace Belgique. Plusieurs accès au bâtiment accueillant la réunion ont notamment été barrés par des manifestants de Greenpeace France. Des activistes ont également grimpé sur la façade du Palais 10, affichant une bannière dénonçant "le conte de fée illusoire" que représente le développement de l'énergie nucléaire.

Le sommet devait permettre aux chefs d’Etat et divers leaders de l'industrie nucléaire de réfléchir à des moyens de tripler la capacité atomique mondiale au cours des 26 prochaines années. Cette cible avait été fixée lors de la COP28 à Dubaï en décembre 2023, pour contribuer à atteindre l'objectif de zéro émissions nettes de CO2 d'ici 2050. "'Le nouveau nucléaire', qu'il s'agisse de grands réacteurs ou de petits réacteurs modulaires SMR, qui sont notamment prônés par le gouvernement belge, est le plus mauvais choix possible pour un avenir décarboné", regrette Greenpeace Belgique.

"Pourquoi perdre autant de temps et d'argent dans un nucléaire fantasmé, alors que les gouvernements peuvent atteindre leurs objectifs climatiques et énergétiques grâce aux économies d'énergie et aux renouvelables ?" Selon l'association "Don't Nuke the Climate", entre 24 et 28 réacteurs nucléaires devraient être raccordés au réseau électrique chaque année pendant 26 ans pour atteindre la cible fixée à la COP28. "Cette solution est tout simplement irréaliste, sauf dans un conte de fée", souligne Jan Vande Putte, chargé de campagne pour Greenpeace Belgique.

Pour dénoncer ces "fantasmes pro-nucléaires", plus de 600 organisations internationales ont signé une déclaration demandant à investir dans une énergie "sûre, respectueuse de l'environnement et abordable pour toutes et tous".

Greenpeace dénonce notamment "le conte de fée illusoire" que représente le développement de l'énergie nucléaire

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