"Un professionnel hors pair et un homme jovial": c'est ainsi que ses collègues décrivent Jonathan S., le policier des unités spéciales qui a été tué lundi lors d’une intervention à Lodelinsart (Charleroi). Le pronostic vital de l'un de ses collègues est toujours engagé, mais le parquet indique que ses "chances de survie sont légèrement meilleures". Que savons-nous déjà sur les faits, les victimes et le tireur ? Le récit d'une journée noire pour la police de notre pays.
Jonathan (36 ans), le policier des unités spéciales tué lundi à Lodelinsart, "était un homme jovial et très professionnel"
Que savons-nous sur le déroulé de la perquisition ?
Le parquet de Charleroi est revenu mardi sur le déroulé de la perquisition qui a coûté la vie à un membre des unités spéciales de la police fédérale, lundi matin rue de l'Étang à Lodelinsart. Les premières auditions après la fusillade ont en effet permis d'en apprendre davantage sur la chronologie des faits qui se sont produits rue de l'Étang.
Dix perquisitions étaient prévues ce lundi dans le cadre d'une enquête sur les gangs et les trafics de drogue, d'armes et de voitures. Mais la perquisition de Lodelinsart était la seule où 15 agents des unités spéciales étaient appelés à intervenir, car on avait estimé à l'avance qu'il s'agissait d'une perquisition risquée, une estimation s'est avérée malheureusement exacte.
Vers 6h30, les policiers ont forcé la porte d'entrée dans le cadre de cette perquisition "renforcée" en raison du profil du suspect. Ils ont ensuite eu un premier contact avec la compagne du suspect. "Cette dernière se trouvait dans le salon quand les policiers se sont présentés. Ensuite, très rapidement, les agents ont essuyé des tirs provenant d'une autre pièce, un suspect faisant feu derrière une porte", a détaillé Vincent Fiasse, procureur du Roi de Charleroi.
Les policiers ont répliqué, puis se sont occupés de leurs trois collègues blessés. "Plus aucun tir ne provenait alors de la chambre de l'intéressé", a complété le ministère public.
Avec l'appui de renforts, les policiers des unités spéciales sont ensuite revenus dans l'habitation pour découvrir le suspect très grièvement blessé.
Selon le parquet de Charleroi, ce dernier aurait été surpris dans son sommeil et semblait "avoir l'habitude de dormir avec une arme auprès de lui". "Les premiers éléments de l'enquête montrent également que l'intéressé n'a pas tiré au hasard et a eu la possibilité de viser."
Qui sont les victimes ?
"C'est un jour noir pour la police belge ", a déclaré Eric Snoeck, le commissaire général ad intérim de la police fédérale, quelques heures après la fusillade. "L'un d'entre nous ne rentrera pas chez lui".
Eric Snoeck parlait de Jonathan, l'agent des unités spéciales qui n'a pas survécu à la fusillade. Âgé d'à peine 36 ans, il était père de deux jeunes enfants. Une photo, obtenue grâce à la famille de la victime, montre un homme souriant.
Originaire de Basècles dans le Hainaut, il travaillait depuis longtemps au sein des unités spéciales à Liège et était un officier expérimenté. Ses collègues le décrivent comme un professionnel hors pair, un homme jovial, passionné par son métier et par le sport, il faisait notamment du motocross.
Un autre agent, âgé d'à peine 33 ans, lutte toujours pour sa vie à l'hôpital, selon les dernières informations. "La blessure par balle a manifestement été très grave. S'il reste en vie, il faut espérer que l'impact ne sera pas trop grave. La cicatrice pourrait avoir de lourdes conséquences. Il est clair qu'une grande violence a été exercée. Nous croisons les doigts", a déclaré hier la ministre Annelies Verlinden. Le parquet a en effet annoncé ce matin que, selon le médecin, ses chances de survie sont légèrement plus favorables qu'hier. Quoi qu'il en soit, les heures et les jours à venir restent cruciaux.
Âgé de 34 ans, le troisième policier blessé, plus légèrement, a pu quitter l'hôpital. C'est la première fois dans l'histoire récente qu'un agent des forces spéciales perd la vie en opération. Les officiers étaient entraînés et préparés, mais même dans ces conditions, les choses peuvent mal tourner, a déclaré Eric Snoeck.
Que savons-nous sur l’auteur de la fusillade ?
L'auteur des faits n'a pas non plus survécu à la fusillade. Il a été transporté à l'hôpital, où il a succombé à ses blessures. La question de savoir s'il a été touché par une balle de la police ou s'il s'est tiré dessus lui-même n'a pas encore été tranchée.
Selon nos informations, le tireur s'appelle Ricardo G. et habite avec sa femme rue de l'Étang depuis plusieurs années. Le couple a également deux filles adultes, qui ont déjà quitté la maison. L'homme était déjà connu de la justice, entre autres pour des vols de voitures. On pouvait donc estimer à l'avance qu'il n'était pas un petit poisson, et qu'un renforcement était donc nécessaire. La compagne du suspect a pour sa part été libérée dans le cadre du dossier à l'instruction qui a conduit à la perquisition.
Les voisins sont fortement ébranlés par l'incident, car ils n'avaient jamais rien remarqué chez leur voisin auparavant.




