Le nouveau "partenariat global" initié dimanche au Caire entre l'Union européenne et l'Égypte est "nécessaire pour combattre la migration illégale, préoccupation majeure de la population" mais aussi "l’atroce traite des êtres humains", a déclaré le Premier ministre belge à l'issue de la cérémonie de signature. L’accord est critiqué par le partenaire de coalition Groen.
Alexander De Croo défend un partenariat nécessaire UE-Egypte contre la migration illégale
Aux yeux du Premier ministre De Croo, le développement économique que permettra ce partenariat en Égypte contribuera à réduire la pression migratoire, notamment vers les pays européens. "J'entends la critique" qui dénonce une externalisation de la politique migratoire de l'Union européenne vers des pays autoritaires peu soucieux des droits humains, a assuré Alexander De Croo, interrogé par les journalistes présents sur place. "Mais ce type d'accord est efficace. On en a fait un avec la Tunisie, et aujourd'hui la route tunisienne est arrêtée. On en a fait un avec la Turquie dans le passé, et c'est efficace", a défendu le chef du gouvernement fédéral.
D’après le Premier ministre, ne pas passer ce type d'accord serait "laisser la voie ouverte à des activités criminelles de trafiquants d'êtres humains". Aux représentants d'ONG de défense des droits humains qu'il a rencontrés dimanche au Caire, le Premier ministre a indiqué que le projet de partenariat UE-Egypte, "pour ce genre de programme d'investissements majeurs", prévoyait des mécanismes de conditionnalité. "On crée des opportunités (d'emploi et d'investissement) dans les pays d'origine, et il y a aussi des conditionnalités pour que la société civile et la vie démocratique reçoivent plus d'espace".
Lors de sa prise de parole aux côtés du président al-Sissi, de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et de quatre autres dirigeants européens, Alexander De Croo a souligné la nécessité d'une démocratie et d'une société civile "vivaces" pour soutenir le développement des jeunes générations.
L’accord UE-Egypte comprend un investissement européen de 7,4 milliards d’euros dans l’économie et la sécurisation des frontières de l’Egypte, en échange d’un meilleur contrôle par les autorités égyptiennes des réfugiés et migrants qui veulent se rendre dans l’Union. C’est un exemple de la nouvelle approche menée par l’UE pour limiter la migration vers son territoire. De tels accords ont déjà été conclus avec la Turquie, la Mauritanie et la Tunisie.
Les écologistes de Groen critiquent l’accord
Le parti Groen qui fait partie de la majorité fédérale déclare avoir "un problème avec la présence d’Alexander De Croo au Caire pour la signature de l’accord, auquel il apporte ainsi son soutien", déclarait la co-présidente des Verts flamands Nadia Naji (photo) dans l’émission De Ochtend sur radio 1 (VRT). La question n’a pas été discutée au sein du gouvernement fédéral, les Etats membres de l’UE n’ayant rien à dire sur cet accord, dont l’initiative émane de la Commission européenne. De Croo y était présent parce que la Belgique assure actuellement la présidence du Conseil de l’Union européenne. Ces derniers mois, il s’était aussi concerté à trois reprises avec le président égyptien Abdel Fatah al-Sisi.
"Nous ne sommes pas d’accord sur tous les points", réagissait le Premier ministre à la critique de Groen. "Mais je veux avoir un levier pour pouvoir réaliser des choses. Je pourrais facilement rester en retrait et émettre des critiques, mais alors je n’ai aucun impact", déclarait De Croo au micro de radio 1.
Groen est avant tout inquiet sur la question des droits humains. "Nous ne savons pas de quelle façon l’Egypte va retenir ses citoyens qui veulent quitter le pays. Les droits de l’homme n’y sont pas garantis”, estime Nadia Naji. Le Premier ministre répond que des accords très clairs ont été conclus à ce sujet. Des conditions ont été posées en matière de respect des droits de l’homme pour dégager les fonds européens promis. "Ce mécanisme fait partie du partenariat".
Mais Naji craint un scénario semblable à l’accord de migration très controversé avec la Tunisie. Le régime a en effet abandonné des migrants d’Afrique subsaharienne dans le désert, sans rien à boire ni manger, et sans hébergement. "La fin justifie les moyens quand il s’agit de réduire la migration vers l’Europe. Groen est le seul parti qui s’oppose encore à ce type d’accord et qui considère le respect des droits de l’homme comme une priorité. C’est un grand problème", concluait Nadia Naji.
