Plusieurs organisations d’agriculteurs du pays ont invité leurs membres ce jeudi à attirer à nouveau l’attention sur l’avenir incertain de leur secteur en se rassemblant aux ports d’Anvers, Zeebrugge (Flandre occidentale) et Gand (Flandre orientale). Des dizaines de tracteurs sont arrivés aux abords des trois ports flamands, mais engendraient peu de perturbations de la circulation en matinée. Les accès aux entreprises ne sont pas bloqués. Le tribunal de première instance d'Anvers a interdit mercredi, sous peine d'astreintes, le blocage des routes menant au port d'Anvers. Le tribunal brugeois en a fait de même pour le port de Zeebrugge.
Nouvelle action de protestation d'agriculteurs aux ports d'Anvers, Zeebrugge et Gand
Une centaine de tracteurs ont pris la direction du port de Gand ce jeudi matin. Les premiers manifestants ont été signalés du côté du pont de Zelzate, stratégique pour la navigation dans la zone portuaire gantoise. Une cinquantaine de tracteurs ont aussi emprunté la Kennedylaan afin de bloquer deux ronds-points desservant pour l'un l'entreprise Euro-Silo, pour l'autre le groupe sidérurgique ArcelorMittal. Le premier giratoire constitue également un passage important pour les piétons et les navetteurs voulant rejoindre le nord de la ville. Une bande de circulation y est maintenue libre par la police locale.
La branche belge de l'organisation d'agriculteurs Farmers Defence Force (FDF) avait annoncé la semaine dernière qu'une nouvelle manifestation du secteur se tiendrait le 14 mars. Des barrages filtrants sont prévus aux ports d'Anvers, de Zeebrugge et Gand.
Pour la FDF, le gouvernement flamand se trompe de cible en focalisant sur l'agriculture sa politique de réduction d'azote, un gaz fertilisant qui, en trop grandes quantités, pollue les sols. Par ces actions, la FDF et les Verenigde Jonge Landbouwers (une association de jeunes agriculteurs flamands) entendent pointer du doigt l'industrie comme principale source des émissions d'azote.
Le 26 février, 900 tracteurs avaient rejoint la capitale européenne à l'appel des syndicats nationaux (Boerenbond, Fédération wallonne de l'agriculture, Fugea...) pour faire entendre la voix du secteur en marge d'un conseil des ministres de l'Agriculture des 27 États membres de l'Union européenne. Les agriculteurs demandent notamment à l'Europe des mesures pour sortir des accords de libre-échange et de mettre un terme aux négociations de l'accord UE-Mercosur.
Une manifestation d'une ampleur similaire avait déjà été organisée le 1er février, place du Luxembourg, devant le Parlement européen. La manifestation organisée ce jeudi par la FDF n'est pas soutenue par les autres syndicats. Le gouverneur de Flandre orientale et la direction de North Sea Port ont prévenu qu'ils prendraient des mesures si la manifestation devait dégénérer. D'autres actions devraient suivre après la manifestation de jeudi, avait indiqué le président de la section belge de la FDF, Bart Dickens.
Des astreintes pour éviter un blocage des ports
L'association des entreprises portuaires de Zeebrugge (Flandre occidentale) avait introduit une requête auprès du tribunal de Bruges à l’annonce de nouvelles actions dans les ports ce jeudi, y compris celui de Zeebrugge. Lors des manifestations d’agriculteurs en février, le port avait en effet été complètement bloqué et les dommages économiques causés aux entreprises portuaires avaient été considérables. L'association souhaite éviter que pareil scénario ne se reproduise.
Le tribunal de Bruges a donc approuvé la requête mercredi en début de soirée et a ainsi infligé une astreinte de 1.000 euros par personne et par heure à ceux qui bloquent l'accès au port de Zeebrugge ou aux entreprises.
Le tribunal de première instance d'Anvers a également interdit mercredi, sous peine d'astreintes, le blocage des routes menant au port d'Anvers. La décision est intervenue à l'issue d'une procédure en référé initiée par l'Autorité portuaire. Chaque infraction constatée sera frappée d'une astreinte de 1.000 euros par personne et par heure.
La présidente de l'Autorité portuaire (Port of Antwerp-Bruges), Annick De Ridder (photo), également échevine du port d'Anvers, estime pour sa part que les barrages routiers vont trop loin. "Le droit de manifester est clairement défini par la loi. Bloquer les routes et les entreprises et empêcher le passage des marchandises et surtout des milliers d'employés n'en fait pas partie."
Et De Ridder de conclure : "Choisissez le dialogue et ne bloquez pas - car quelques tracteurs suffisent - le cœur de notre économie avec ses 1.400 entreprises et 165.000 salariés (directs et indirects)".

