Un agriculteur de Bois-de-Lessines, dans la province de Hainaut, a assigné ce mercredi la multinationale TotalEnergies en justice devant le tribunal de l'entreprise de Tournai (photo) pour sa responsabilité dans le dérèglement climatique. L’annonce provient de l’organisation de défense de l’environnement Greenpeace. Elle se joint à l'action en justice, en collaboration avec l’organisation FIAN qui défend le droit à l'alimentation et à la nutrition pour tous et avec la Ligue des droits humains. C’est la première fois en Belgique qu’un agriculteur attaque en justice une entreprise pour des dégâts liés au climat. Aux Pays-Bas, le géant énergétique Shell a déjà été condamné dans une affaire similaire.
Un agriculteur wallon attaque TotalEnergies en justice : première affaire climatique belge à l'encontre d'une entreprise
La Blanche Ferme de l'agriculteur Hugues Falys (54 ans), située à Bois-de-Lessines au sud de Grammont (Flandre orientale), a été fortement touchée par les événements climatiques extrêmes ces dernières années. "Le dérèglement climatique a des effets très concrets pour moi : pertes de rendements, surcroît de travail et un stress quand il faut composer avec un calendrier cultural déboussolé", a déclaré Hugues Falys à Greenpeace. "Notre métier est intimement lié au climat et cela engendre une grande incertitude pour l’avenir."
Falys pratique déjà depuis une trentaine d’années l’agriculture biologique et exploite notamment La Blanche Ferme avec un petit magasin où il vend ses produits bio en circuit court. Il possède des vaches charolaises pour la viande bio, mais cultive aussi des céréales, des protéagineux, des légumes et fraises. Il est considéré comme un pionnier de la transition agroécologique.
Entre 2000 et 2017, Hugues Falys possédait en moyenne 160 vaches, mais ces dernières années il a été contraint de ramener son cheptel à une centaine d’animaux. Il est aussi porte-parole de la fédération wallonne des agriculteurs Fugea. Il a déposé plainte ce mercredi au tribunal de l’entreprise de Tournai (Hainaut) contre la multinationale TotalEnergies.
"Obliger TotalEnergies de prendre ses responsabilités"
L'action est inédite, puisque c'est la première fois qu'un citoyen poursuit une multinationale devant la justice en Belgique pour un contentieux climatique. TotalEnergies est active dans les énergies fossiles, responsables d'émissions de gaz à effet de serre. Falys ne cherche pas à obtenir de gros dommages et intérêts, mais uniquement un euro symbolique. Son action en justice vise un contexte plus large.
Les plaignants veulent obtenir une diminution des émissions de gaz à effet de serre, afin que le changement climatique ne déraille pas davantage. S’il obtenait un dédommagement plus important, Hugues Falys a l’intention de verser l’entièreté de la somme à Farm for Good, une association de fermes qui défendent l’agroécologie. Les demandeurs veulent que "TotalEnergies soit rappelé à ses responsabilités et adopte un plan de transition crédible qui permette de réduire les émissions".
L’agriculteur wallon est représenté par le bureau d’avocats Progress Lawyers Network. Greenpeace, qui est aussi impliqué dans cette affaire en justice, souhaite avant tout "que les dégâts encourus par Hugues Falys et beaucoup d’autres agriculteurs soient reconnus. Nous voulons aussi que le tribunal oblige TotalEnergies à réduire graduellement son utilisation de combustibles fossiles, pour éviter encore davantage de dégâts à l’avenir. Et puis nous voulons mettre fin à l’impunité qui règne encore aujourd’hui à propos des combustibles fossiles et leur rôle dans la crise climatique", résumait Joeri Thijs (photo) de Greenpeace.
TotalEnergies regrette les démarches en justice
Dans une réaction écrite, TotalEnergies affirme regretter l’affaire en justice, estimant que "le défi créé par les changements climatiques et la transition énergétique n’est pas de la responsabilité juridique d’un seul acteur, mais nécessite un effort collectif de toute la société".
"Quoi qu’il en soit, nous nous impliquons résolument depuis 2020 dans une stratégie de transition, qui repose sur deux piliers : le gaz et l’électricité. Nous avons investi 5 milliards de dollars en 2023 dans l’énergie renouvelable et à faible émission de carbone et investirons à nouveau 5 milliards de dollars en 2024. Nous avons tout ce qu’il faut pour une transition réussie".
