Un triptyque monumental datant de la fin du 16e - début du 17e siècle a remporté le Challenge Patrimoine 2023 organisé par l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA). "La Prédication de saint Jean-Baptiste", une œuvre attribuée à Frans Pourbus le Jeune (né à Anvers en 1569 et décédé à Paris en 1622), conservée à Alost (Flandre orientale), va ainsi pouvoir être restaurée en profondeur. Un travail qui nécessitera plusieurs centaines de milliers d’euros.
Lauréat du Challenge Patrimoine, un triptyque du 17e siècle provenant d'Alost sera restauré
L'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) et la Loterie Nationale ont lancé le Challenge Patrimoine en 2021. Une commission sélectionne chaque année, en collaboration avec le public, un trésor patrimonial qui a besoin d'une aide urgente. L'objectif est de retenir chaque année une œuvre en péril afin d'en compter dix d'ici 2030, l’année qui marquera le bicentenaire de l’indépendance de la Belgique.
Avec 12.753 votes, l'œuvre de Frans Pourbus le Jeune s'est imposée sur le fil face à un autre tableau, "L'Histoire des saints Côme et Damien", provenant de l'église Saint-Jacques à Bruges (Flandre occidentale). Au total, près de 29.000 passionnés d'art se sont exprimés cette année par rapport à quatre œuvres nominées, soit deux fois plus que lors du Challenge Patrimoine 2022. Les six personnalités de la commission n'ont pu qu'avaliser ce suffrage.
"Le tableau d'Alost a été reconnu à l'unanimité comme une œuvre remarquable par les membres de la commission. Ils en ont conclu que sans une intervention urgente, ce chef-d'œuvre en péril disparaîtrait à jamais du paysage culturel alostois ainsi que du cœur du grand public."
Il faudra au moins 400.000 euros
"La prédication de saint Jean-Baptiste" est donc la troisième pièce sélectionnée par le Challenge Patrimoine. Jadis conservée dans divers édifices religieux d'Alost, elle a fini sa course à Bruxelles dans les locaux de l'IRPA, après la désacralisation et la vente en 2019 de sa dernière demeure, l'église du Sacré-Cœur.
Après restauration, elle devrait regagner en 2027 le baptistère de l'église Saint-Martin d'Alost. Mais avant cela, un travail urgent et important s’impose. La peinture présente "des fissures et des joints ouverts dans les panneaux, des soulèvements importants de la couche picturale, des zones lacunaires, de nombreux surpeints très étendus dans le panneau central, des couches de vernis très assombris", énumère l'IRPA. Ce dernier estime les coûts de restauration à 400.000 euros.
"La prédication de saint Jean-Baptiste" ne peut bénéficier de subsides et ne figure pas dans la liste des pièces maîtresses de la Flandre (Topstukkenlijst). Sans aide publique, elle risque donc de sombrer dans l’oubli. Une récolte de fonds a donc été lancée par l’IRPA et ses partenaires pour financer la restauration du chef d’œuvre alostois, avec le soutien du public.
De nombreux déménagements
Le mauvais état du triptyque imposant s’explique notamment par le fait qu’il a été pendant des siècles en errance à travers la ville d’Alost. Réalisé à la fin du 16e siècle ou au début du 17e siècle, il est attribué à Fans Pourbus le Jeune, un artiste né en 1569 à Anvers et décédé en 1622 à Paris, où il vivait depuis 1609.
Frans Pourbus était le fils de Frans Pourbus l’Ancien et petit-fils de deux autres artistes réputés. Il débuta sa brillante carrière vers 1580 en réalisant des portraits pour la bourgeoisie locale. Il fut ensuite invité à la cour de Bruxelles pour peindre les portraits de l'archiduc Albert et l'infante Isabelle. Sa capacité à représenter le faste et la gloire de ses clients aristocrates lui valut une excellente réputation.
Il fut invité à devenir le portraitiste de la cour du duc Gonzague de Mantoue (1600-1609), puis de la cour de France, y compris de Marie de Médicis. Bien qu’il soit surtout connu comme portraitiste, il a également peint des tableaux sur des thèmes historiques et mythologiques. Ses portraits se caractérisent par l'attention infinie qu'il porte aux détails, en particulier lorsqu'il représente des tissus fins, des dentelles et des bijoux.
"La prédication de saint Jean-Baptiste" fut probablement réalisée pour la chapelle Saint-Jean dans le chœur de l’église Saint-Martin d’Alost. Mais on la retrouva au 18e siècle dans la chapelle de l’hôpital Notre-Dame. A la fin du 19e siècle, le triptyque déménagea avec les religieuses de cet hôpital au nouvel hôpital Sainte-Elisabeth d’Alost.
En l’an 2000, l’œuvre fut installée dans l’église Sacré-Cœur d’Alost. Entretemps, cet édifice religieux a été désacralisé, vendu et est maintenant utilisé comme site événementiel. Le triptyque de Frans Pourbus a donc perdu son domicile. Il est actuellement conservé à l'Institut royal du Patrimoine artistique à Bruxelles, dans l’attente d’être replacé dans sa demeure d’origine : l’église Saint-Martin d’Alost.
Le triptyque représente des scènes de la vie de Jean le Baptiste, l’homme qui baptisa Jésus de Nazareth sur les bords du Jourdain. C’est d’ailleurs la scène qui est dépeinte sur le panneau gauche du triptyque. Sur le panneau central, Jean-Baptiste se trouve dans la forêt et parle de conversion à une foule rassemblée à ses pieds. Sur le panneau de droite on assiste à sa mort en martyre : il fut décapité sur ordre du roi Hérode. A l’arrière des panneaux droit et gauche, Jean-Baptiste est représenté avec un mouton et le saint évêque Ambroise. Ces deux panneaux (photo) sont en très mauvais état et prouvent combien une restauration urgente s’impose.
