Les chrétiens-démocrates flamands souhaitent discuter d'une libéralisation de l'euthanasie pour les personnes en état de démence avancée, indique ce vendredi leur président Sammy Mahdi dans les pages du quotidien Het Laatste Nieuws. Actuellement, seules les personnes souffrant de démence qui vont encore assez bien peuvent demander l’euthanasie, ce qui mène parfois à des situations difficiles, reconnait Mahdi. Le président du CD&V n’envisage un changement de la législation que s’il est fait avec sérieux et profondeur.
Le président du CD&V ouvre la porte à l'euthanasie pour les cas de démences avancées, "dans les bonnes conditions"
Le nouveau livre de Barbara Ceuleers, fille de l’ancien CEO de la VRT Jan Ceuleers, semble rouvrir le débat sur l’euthanasie en cas de démence. Elle y témoigne du fait que son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, a déjà opté en 2020 à un stade précoce de sa maladie pour l’euthanasie, parce que la loi ne permet d’assistance au décès que dans le cas de personnes qui sont en état d’exprimer leur volonté. L’écrivain Hugo Claus a pris la même décision en 2008.
Au sein du gouvernement De Croo, de nombreux partis sont en faveur d’un assouplissement de la loi sur l’euthanasie dans les cas de démences avancées. Depuis des années, les démocrates-chrétiens du CD&V freinaient pareil assouplissement, à l’exception des ouvertures prudentes exprimées par la ministre de la Santé Hilde Crevits et la députée Els Van Hoof.
Mais la tendance pourrait se renverser. Dans les pages du quotidien Het Laatste Nieuws, le président du CD&V Sammy Mahdi déclare ce vendredi vouloir ouvrir le débat sur ce sujet. "Nous ne voulons pas laisser le débat sur la vie et la mort à des partis qui ont peu ou des frontières très larges en matière morale", explique le président du CD&V. En préparation de son prochain congrès électoral, le conseil national du CD&V a élaboré une série de propositions, notamment en matière éthique, qui y seront discutées.
Alors que le parti est pointé depuis des semaines par ses partenaires de majorité fédérale pour son refus d'autoriser l'avortement jusqu'à 18 semaines de grossesse, les démocrates-chrétiens flamands ont décidé en toute discrétion d'opérer une ouverture sur un autre dossier éthique. Historiquement opposé à la fin de vie assistée, le CD&V souhaite discuter d'une évaluation de la législation sur l'euthanasie et l'autoriser pour les cas de démence avancée sous strictes conditions, tout en demandant des investissements supplémentaires pour combattre la démence et soutenir les soins palliatifs.
"L'euthanasie ne peut pas devenir une alternative à des soins palliatifs déficients", insiste Sammy Mahdi. Alors que la question de l'euthanasie en cas de démence grave a à peine été évoquée sous cette législature, le CD&V met le sujet sur la table à 100 jours des élections.
"Le CD&V juge qu'une fin de vie décente est quelque chose d'important. C'est pourquoi il faut plus investir dans les soins palliatifs et examiner dans quelles conditions l'euthanasie peut être pratiquée dans les cas avancés de démence", indique Sammy Mahdi.
Envoyée aux membres du parti, la proposition sera discutée lors de son congrès électoral du 21 avril prochain où le programme officiel de campagne doit être validé.
Les partenaires de coalition réagissent : "Pour la galerie"
Le président des libéraux d’Open VLD, Tom Ongena, se dit satisfait de l’ouverture concédée par le CD&V. "Tout le monde a droit à une fin de vie digne, y compris les personnes souffrant de démence. Je suis content que le CD&V l’admette maintenant”, écrivait Ongena sur X.
Mais le député Robby De Caluwé (Open VLD) est plus critique : "Le CD&V ne veut rien d’autre que gagner du temps, pour conserver ses électeurs au bout d’un fil, dont 80% sont en faveur d’un élargissement de la loi. Mais le parti veut aussi garder contact avec tous les autres citoyens qui souhaitent pouvoir décider quelle est pour eux une fin de vie digne".
La députée flamande Freya Van den Bossche (Vooruit) exprime la même opinion. "Le CD&V fait semblant. C’est juste pour la galerie. Après 20 ans de blocage sur des sujets éthiques, le parti démocrate-chrétien n’est toujours pas prêt à voter en faveur du droit à l’euthanasie pour les personnes atteintes de démence. Et il demande maintenant un rapport d’experts, pour le jeter ensuite à la poubelle, comme il l‘a fait pour l’avortement ? Pas une seconde fois. Les propositions de loi sont déjà prêtes".
Les écologistes de Groen font également le lien avec l’avortement. "La modification de la loi sur l’euthanasie ne doit pas servir à détourner l’attention d’un autre dossier éthique qui traine depuis longtemps au Parlement et que le CD&V bloque", déclarait Nadia Naji, coprésidente de Groen. "Participer à une négociation sur la modification de la loi sur l’euthanasie est une bonne chose. Mais nous voulons aussi que des avancées soient réalisées dans le dossier de l’avortement, pour lequel les débats ont déjà été menés".

