Les syndicats et organisations agricoles - Fugea, FWA, FJA, Coordination européenne via Campesina et Boerenforum flamand, notamment - se sont rassemblés en nombre ce lundi à Bruxelles à l'occasion d'une manifestation de grande ampleur, alors que les ministres de l’Agriculture des Etats membres de l’Union européenne étaient rassemblés dans la capitale. Selon un décompte de la police de Bruxelles-capitale/Ixelles, 900 tracteurs ont envahi la ville pour exprimer le mécontentement des agriculteurs sur divers sujets, notamment la diminution de leurs revenus et les accords de libre-échange. La journée a été marquée par des prises de paroles, des jets des pétards, de paille et d’immondices, des feux de pneus et quelques échauffourées entre manifestants et forces de l'ordre. Trois agents ont été blessés.
900 tracteurs d'agriculteurs ont quitté Bruxelles, laissant d'importantes traces de leur colère dans le quartier européen
Les premiers tracteurs étaient arrivés à Bruxelles dimanche soir aux alentours de 23h30 pour prendre place dans le quartier européen. Ce lundi matin, les agriculteurs ont été rejoints au fur et à mesure par d'autres fermiers à bord de leur tracteur, surtout via l'autoroute E19, venant de Nivelles, la E40 venant de Liège mais aussi de Wavre et de Flandre et la E411 en provenance de Namur. Au total, ce sont 900 tracteurs et encore davantage d’agriculteurs qui étaient finalement rassemblés vers midi dans le quartier européen, devant le Conseil.
Les agriculteurs se sont rassemblés en marge d'une réunion des ministres de l'Agriculture des États membres de l'Union européenne. Il y était notamment question de l'accord UE-Mercosur, un accord de libre-échange entre l'Union et l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. Les agriculteurs craignent qu'il inonde le marché européen de produits agricoles bon marché qui ne répondent pas aux exigences européennes. Les manifestants ont donc demandé des conditions de concurrence équitables et des prix justes pour leurs produits.
À l'issue de la réunion des ministres européens, le ministre belge David Clarinval, qui présidait la réunion, et le commissaire européen à l'Agriculture Janusz Wojciechowski ont reçu une délégation d'agriculteurs. Le président de la Fédération des jeunes agriculteurs (FJA), Florian Poncelet, s'est estimé plutôt satisfait à l'issue de l'entrevue. "Ils ont pris des engagements à court-terme pour refinancer la PAC (la Politique agricole commune) et à long-terme pour analyser les accords de libre-échange", a-t-il expliqué.
En amont, les agriculteurs venus à Bruxelles ce lundi avaient insisté sur la nécessité d'obtenir des mesures et plus seulement des promesses. En l'occurrence, le commissaire européen a pris des engagements, ce qui a rassuré le président du syndicat agricole. "Quand on connaît la longueur et la durée de procédures à la Commission européenne, ce n'est pas rien", s'est-il réjoui.
Echauffourées entre agriculteurs et policiers
Aux abords de la station de métro Maelbeek et à proximité du rond-point Schuman, les agriculteurs se sont postés devant un barrage policier toute la journée. Les manifestants y ont incendié du plastique, des pneus et de la paille, ce qui a causé d'importants nuages de fumée noire dans tout le quartier européen. Le canon à eau a été déployé à plusieurs reprises pour éteindre les incendies et les pompiers ont également dû intervenir pour éteindre les flammes.
Un peu plus loin, au niveau de la chaussée d'Etterbeek, une quarantaine d'agriculteurs et cinq tracteurs ont fait face à un important dispositif policier tout au long de l'après-midi. Plusieurs heurts ont éclaté et les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et du canon à eau à plusieurs reprises pour disperser les manifestants qui ont notamment essayé de forcer le barrage policier. Les manifestants ont lancé des bouteilles vides, du mobilier urbain ou encore des œufs sur les policiers. La zone de police Bruxelles-capitale/Ixelles a fait état de trois agents blessés à la suite de ces débordements.
Les premiers tracteurs ont commencé à quitter la rue de la Loi aux alentours de 15h, avec ici et là une intervention nécessaire de la police. Les agriculteurs devaient en effet rentrer dans leurs fermes pour y accomplir leur travail et s’occuper de leurs animaux. Vers 16h, la plupart des agriculteurs avaient déserté le quartier européen en laissant derrière eux quelques feux, des morceaux de verre, de la paille et beaucoup de déchets.
Le 1er février, une action d'une ampleur similaire avait été organisée sur la place du Luxembourg, devant le Parlement européen. Avec également quelques débordements. Aucune nouvelle action n'est prévue à ce jour. Toutefois, le président de la FJA, Florian Poncelet, a averti que si les engagements pris par le commissaire européen à l'Agriculture n'avancent pas à la vitesse souhaitée par les syndicats agricoles, "de nouvelles actions risquent d'avoir lieu".
La ministre Verlinden demande à la police d'identifier les émeutiers
Face aux violences qui ont émaillé la manifestation des agriculteurs, la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden a demandé à la police d'identifier les émeutiers, en particulier ceux qui contreviennent aux injonctions des forces de l'ordre. "Les agriculteurs qui manifestent à nouveau à Bruxelles pour faire entendre leur voix et demander de la considération et du respect pour leur travail et leur avenir, doivent faire preuve du même respect à l'égard des nombreux policiers qui encadrent la manifestation", a écrit la ministre Verlinden sur X.
"Nos services de police ont pour mission première de maintenir et de rétablir l'ordre public. Mais je leur demande aussi d'identifier les émeutiers, surtout lorsque les ordres de nos policiers ne sont pas respectés et que des personnes sont blessées. Le droit de manifester nous est cher, il doit être utilisé avec respect", a ajouté la ministre de l’Intérieur.
Boerenbond : "Ce n'est pas notre façon de protester"
Visiblement mécontent des débordements survenus ce lundi dans le quartier européen, le syndicat agricole flamand Boerenbond a tenu à se distancier des émeutiers, dont les agissements ont mené à quelques échauffourées avec la police.
"Les manifestations organisées en Flandre ces dernières semaines se sont toujours déroulées dans sérénité et sécurité", a déclaré Elisabeth Mertens, porte-parole de l'organisation flamande des agriculteurs. "Ce que nous voyons aujourd'hui à Bruxelles est un contraste saisissant, et ce n'est pas notre façon de nous faire entendre. Ces personnes agissent sous leur propre responsabilité", a-t-elle souligné.
"Pour nous, ce qui compte aujourd'hui c'est le message que les gens veulent faire passer ici, à savoir appeler les décideurs politiques européens à reconnaître l'importance stratégique du secteur agricole. La barre pour nos agriculteurs européens devrait toujours être plus haute, sauf que les agriculteurs des pays tiers passent facilement sous cette barre", a ajouté Elisabeth Mertens.
Les pompiers et les services de nettoyage de la capitale étaient encore occupés en soirée à nettoyer et évacuer les restes du passage des agriculteurs en colère : des pneus, de la paille et des immondices notamment. Le but étant de libérer à nouveau au plus vite cet axe important pour la circulation dans la capitale.



