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Peintures, gravures et dessins de James Ensor à découvrir à la KBR, ou "comment Bruxelles a inspiré l'artiste ostendais"

Après une première exposition de natures mortes à Ostende, sa ville natale, une deuxième expo s'ouvre à Bruxelles, en cette année Ensor. La KBR (Bibliothèque royale) et les MRBAB (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique) présentent "Ensor inspired by Brussels" : plus de 18 peintures, 33 gravures mais aussi, de manière tout à fait exceptionnelle, 24 dessins de James Ensor. Né à Ostende, Ensor a étudié à Bruxelles et y est souvent retourné, pour exposer ou rendre visite à des amis.

Kristien Bonneure Eric Steffens
Publié:

À Bruxelles, vous pouvez admirer depuis le 22 février et jusqu’au 2 juin prochain, quelque 75 peintures, gravures et dessins de James Ensor à la Bibliothèque royale (KBR). Elle s'est associée aux Musées royaux des Beaux-Arts, pour l’exposition "Ensor inspired by Brussels ". Après les natures mortes d'Ensor au Mu.ZEE d'Ostende , il s'agit de la deuxième grande exposition de l'année Ensor, 75 ans après la mort de l’artiste.

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C'est à Bruxelles qu'Ensor a étudié, exposé ses premiers masques et noué des amitiés pour la vie.

Daan van Heesch, commissaire de l'exposition " Ensor inspired by Brussels"

Mais James Ensor, c'est avant tout Ostende ? Bien sûr, affirme Daan van Heesch, conservateur du Cabinet des estampes de la KBR et commissaire de cette exposition avec Vanessa Braekeveld.

"Ensor est indissolublement lié à Ostende, mais c'est à Bruxelles qu'il s'est épanoui en tant que personne et en tant qu'artiste", explique-t-il. "Il a étudié ici. Il y est revenu année après année. Il y a noué des amitiés pour la vie. C'est aussi là qu'il a fait sa carrière et qu'il a exposé ses premières scènes de masques".

Toutes ces étapes de la formation bruxelloise d'Ensor sont abordées dans l'exposition. On y voit, par exemple, les dessins qu'il a dû faire à l'Académie de Bruxelles, où il est resté trois ans. Agé de 17 ans, il n'était pas mauvais en dessin, mais pour la peinture, il traînait au fond de la classe. Il faut dire que le jeune peintre s’exécute avec réticence, considérant le programme comme trop rigide et trop académique. A 20 ans, il décide d’arrêter.

Quelques mois plus tard, il peint "Le Lampiste", un garçon de la classe ouvrière qui entretient les lampes. Ce qui deviendra un véritable chef-d’œuvre marque ses débuts dans le réalisme, ce mouvement artistique international qui place les gens ordinaires au centre de l’œuvre.

"Les XX"

L’exposition "Ensor inspired by Brussels" vous conduit à travers toutes sortes de salons chics. Le lieu n'a pas été choisi au hasard, explique Daan van Esch : "Nous sommes dans le palais de Charles de Lorraine, qui a été transformé en premier musée d'art moderne de notre pays après l'indépendance de la Belgique. À partir de 1887, Ensor qui avait alors 27 ans, a exposé ici ses œuvres les plus controversées avec le groupe d'art d'avant-garde "Les XX".

On marche littéralement dans les pas d'Ensor tout en admirant ses œuvres.

James le scarabée et Mariëtte la libellule

James Ensor avait également un lien personnel avec Bruxelles et cela même après avoir fait ses adieux à l'Académie. Avec sa famille, il venait chaque année séjourner quelque temps dans la capitale. Il devint également un proche de la famille Rousseau, qui achetait également ses œuvres. Il y séjourne souvent, y peint et se lie d'amitié avec la maîtresse de maison, Mariëtte Rousseau. Elle était scientifique, spécialisée dans les champignons.

"Il a certainement eu un faible pour elle, comme en témoignent ses lettres et ses œuvres. Il déclarera plus tard que sa rencontre avec Mariëtte a été la plus importante de sa vie", explique Daan van Heesch. Dans l'amusante gravure "Insectes singuliers", Ensor se représente sous les traits d'un scarabée et Mariëtte sous ceux d'une libellule.

Mariëtte Rousseau a collé dans un album les nombreuses lettres d'Ensor, abondamment illustrées. Une page est visible à l'expo ; les autres ont besoin d'une restauration urgente, pour laquelle un financement participatif a été lancé.

Les dessins d'Ensor sont très rarement exposés. "Ces œuvres sur papier sont très fragiles et sensibles à la lumière. Nous ne pouvons les exposer que pendant trois mois. On ne les reverra pas de sitôt", ajoute Daan van Heesch.

La Bibliothèque royale a reconnu très tôt le talent d'Ensor. Lorsque l'artiste avait 32 ans, la KBR avait déjà acheté 25 de ses gravures. La plus ancienne collection publique d'Ensor s'est considérablement enrichie depuis. Une belle sélection de ces gravures est aujourd'hui exposée, aux côtés de peintures bien connues des Musées royaux, comme "Les masques scandalisés" ou "Les mauvais médecins".  

Bruxelles a continué d'inspirer Ensor. "C'est là qu'il est entré en contact avec des artistes, des écrivains et des scientifiques internationaux. Bruxelles a été le terreau de son art dans les premières années de sa vie", ajoute Daan van Heesch. Sous sa fenêtre, il voyait des gens manifester, et on retrouve ces foules dans ses gravures et ses peintures, comme "L'entrée du Christ à Bruxelles", la grande œuvre qui est exposée à Los Angeles.

"Ensor s'est moqué de l'establishment. Il traduisait dans ses œuvres les revendications du peuple, l'appel au suffrage universel". Comme dans cette eau-forte "La Belgique au XIXe siècle", où le roi Léopold II regarde avec dédain les manifestants et leur demande : "Que voulez-vous ? N'êtes-vous pas contents ? Un peu de patience. Pas de violence. Je vois bien quelque chose, mais je ne sais pour quelle cause je ne distingue pas très bien".  

Outre des ateliers, concerts et visites guidées (notamment accessibles aux malvoyants), les MRBAB et KBR proposent également un podcast gratuit en quatre épisodes sur le parcours de James Ensor à Bruxelles.

"Ensor inspired by Brussels" à découvrir du 22 février au 2 juin à KBR, à Bruxelles. 

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