Nathan Vandergunst, plus connu sous le pseudonyme d'Acid, a été condamné jeudi par le tribunal correctionnel de Bruges pour harcèlement en ligne à trois mois de prison avec sursis ainsi qu'à une amende de 800 euros.
Le YouTuber Acid condamné à trois mois de prison avec sursis et à une amende de 800 euros
Le YouTuber avait été cité à comparaître pour avoir publié une vidéo dans laquelle il cite le nom de quatre membres du cercle Reuzegom, en lien avec la mort de l'étudiant Sanda Dia lors d'un baptême qui a dégénéré. Le ministère public avait requis une peine de principe.
Nathan Vandergunst doit verser des dommages et intérêts provisoires à hauteur de 20.000 euros à la partie civile pour le préjudice subi.
L'affaire a débuté le 31 mai 2023 lorsque le vidéaste avait mis en ligne la vidéo en question. Acid y mentionnait le nom de quatre membres du cercle Reuzegom et donnait plusieurs informations personnelles à leur sujet. La vidéo avait finalement été mise hors ligne par YouTube.
L'une des personnes incriminée dans la séquence était un ancien membre du cercle étudiant qui n'était pas mis en cause dans le dossier. À la suite de la publication de la vidéo, les parents du jeune homme ont dû faire face à une vague de fausses réservations et de commentaires négatifs visant leur restaurant à Anvers.
Le parquet de Flandre occidentale ayant décidé de ne pas ouvrir d'enquête concernant la vidéo, l'ancien membre du Reuzegom et ses parents ont déposé une citation directe.
J'aurais préféré que les 20.000 euros soient versés à la famille de Sanda Dia
"Je pensais que nous vivions dans une démocratie où la liberté d'expression est permise", a répondu Nathan Vandergunst manifestement abattu à l'énoncé de sa peine. Pour le juge, "l'exercice de la liberté d'expression peut entrer en conflit avec d'autres droits de l'homme qui méritent une protection égale, tels que le droit au respect de la vie privée, de la vie familiale et de la vie de famille". Or, l'un de ces autres droits de l'homme a été violé par Acid, a déclaré le juge qui a condamné le Youtuber pour harcèlement en ligne. "C'est effrayant d'entendre un juge prononcer une peine de trois mois de prison avec sursis", a ajouté Acid. "Je ne suis pas obligé d'aller en prison, mais c'est quand même une peine d'emprisonnement".
"Leurs peines (ceux des membres du cercle Reuzegom) ne sont pas inscrites sur leur casier judiciaire. Mon casier judiciaire porte désormais la mention d'une peine d'emprisonnement", fait encore remarquer Acid. "Il demande ensuite combien d'amendes ont été infligées aux Reuzegommers. Réponse : Ils ont été condamné et ont écopé d'une amende de 400 euros chacun. Acid doit payer une amende de 800 euros. "Faites le calcul", répète le Youtuber.
"Money always wins"
Nathan Vandergunst n'apprécie pas non plus de devoir verser 20.000 euros de dommages et intérêts à titre provisionnel à la partie civile. "C'est de l'argent que j'aurais préféré voir apparaître sur le compte de la famille de Sanda Dia plutôt que sur celui de la famille qui a contribué à effacer les traces après le baptême. Mais "money always wins" (l'argent gagne toujours) en Belgique.
Va-t-il faire appel ? "J'en discute avec mon avocat", indique-t-il. "Mais le chemin à parcourir était déjà coûteux et maintenant cette amende s'ajoute à tout cela.... Je ne sais pas si je dois faire appel. Il serait peut-être bon que l'affaire se termine ici."
Le ministère public avait demandé une peine de principe
Acid devait répondre, lors d'une audience qui s'est tenue le 18 janvier, de harcèlement en ligne, d'infractions à la loi sur le traitement des données à caractère personnel, de calomnie et de diffamation.
L'avocat de la partie civile avait réclamé un dédommagement d'un euro pour l'ancien membre du cercle et 200.000 euros de dommages et intérêts pour ses parents. "La tranquillité de mes clients a été gravement perturbée. Leur restaurant subit encore aujourd'hui de fausses réservations et de faux avis négatifs", avait dénoncé Me De Colvenaer, rappelant que ses clients n'avaient pas été impliqués, et encore moins condamnés, dans le procès du Reuzegom.
Le ministère public avait annoncé lors de l'audience préliminaire qu'il ne se prononcerait pas dans le dossier. Il a néanmoins demandé une peine de principe car "dans son message vidéo, (Acid) était à la fois juge et procureur, sans que les personnes visées puissent se défendre".
De son côté, la défense avait demandé à ce que le dossier soit jugé pénalement irrecevable car aucune enquête n'a été menée. "Il n'y a pas eu d'interrogatoire, pas de procès-verbaux, pas d'enquête... Je n'ai jamais vu ça en 38 ans de carrière", s'était insurgé l'avocat du prévenu. Celui-ci avait également affirmé qu'il était impossible de se prononcer sur les accusations de diffamations, car le juge n'avait aucun moyen de vérifier si les allégations d'Acid étaient fondées ou non. Le pénaliste avait en outre avancé que l'ex-membre du Reuzegom avait effectivement une responsabilité morale dans la mort de Sanda Dia, parce qu'il aurait joué un rôle dans la disparition de certains documents. Enfin, Me Van Steenbrugge avait affirmé que l'affaire relevait du délit de presse et devait donc être jugé en cour d'assises.
L'avocat avait plaidé l'acquittement au nom de la liberté d'expression. Le tribunal s'est finalement estimé compétent pour juger le dossier et a condamné Acid à trois mois de prisons avec sursis assortis d'une amende effective de 800 euros.
Le prévenu devra également verser 20.000 euros de dommages et intérêts à titre provisionnel à la partie civile. Un réviseur d'entreprises a été désigné pour évaluer le montant exact du préjudice subi par le restaurant. L'ancien membre du cercle étudiant s'est vu attribuer un euro de dédommagement à titre symbolique.

