Une septantaine de CEO de grands groupes industriels se sont réunis mardi dans le port d'Anvers, sur le site du géant de la chimie BASF, pour présenter dix "actions urgentes" afin de restaurer la compétitivité en Europe. Ils ont remis leurs propositions, rassemblées dans une "déclaration d'Anvers", à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD).
Une "déclaration d'Anvers" pour restaurer la compétitivité de l'industrie européenne
Cette grand-messe de l'industrie à Anvers se tient dans le cadre de la présidence belge du Conseil de l'Union européenne.
Anvers est le premier pôle de production chimique européen et le second au monde après le Texas, représentant plus de 35.000 emplois. Les secteurs industriels à forte intensité énergétique, comme les matières plastiques, les engrais, le textile et l'acier, génèrent en Europe plus de 7,8 millions d'emplois.
Or, le secteur industriel tourne au ralenti ces derniers mois. Tandis que le recours au chômage économique est en hausse, l'économie chinoise fait de l'ombre aux entreprises européennes. Les subventions dont bénéficient les industries américaines et le prix de l'énergie moindre outre-Atlantique pèsent également sur la compétitivité en Europe.
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10 actions concrètes
La "déclaration d'Anvers" liste une série de 10 actions concrètes pour aboutir à un "European Industrial Deal", en réponse au "Green deal" (une feuille de route pour rendre l'Europe neutre sur le plan climatique d'ici 2050, NDLR). Ainsi, il est essentiel, aux yeux du secteur, de "s'attaquer à la surréglementation, de créer un fonds de transition pour les projets d'investissements et de garantir la sécurité d'approvisionnement en une énergie qui soit compétitive et bas carbone grâce à des partenariats stratégiques et à une infrastructure solide". En d'autres mots, les entreprises industrielles affirment qu'il n'est pas possible d'atteindre les objectifs climatiques sans entraver la croissance économique.
Le texte aborde également des aspects plus techniques, à l'instar du recyclage chimique ou du captage du CO2 en vue de son stockage ou de sa réutilisation.
Les entreprises demandent à la Commission européenne "un nouvel esprit législatif qui attire les investissements plutôt que de les entraver et qui garantisse une plus grande cohérence dans la mise en œuvre des politiques". Cet ensemble de mesures devrait également favoriser le fonctionnement du marché unique européen, sans tomber dans une course aux subventions européennes qui empêcherait des conditions de concurrence équitables, selon elles.
Pour une transition industrielle durable
Bien que le secteur de l'industrie demande des normes environnementales moins strictes, il s'engage dans cette déclaration pour une "transition industrielle durable". Néanmoins, les acteurs européens appellent de toute urgence à une "politique industrielle permettant à l'industrie européenne de redevenir compétitive et attractive pour les investissements". Les acteurs industriels ont abordé avec les différents responsables politiques présents à Anvers les handicaps structurels qui pénalisent leur domaine d'activité.
Martin Brudermüller, le CEO du géant allemand de la chimie BASF, a estimé que l'Europe était confrontée à des défis sans précédent. "La demande diminue, les coûts augmentent, les investissements stagnent et la production a chuté de manière significative", a-t-il exposé. "Nous voulons encourager la transformation de nos entreprises, mais pour ce faire, nous avons besoin de toute urgence de mesures décisives qui créent les conditions-cadres adéquates pour investir en Europe. En faisant du pacte industriel une priorité stratégique, l'Union européenne peut ouvrir la voie à une Europe résiliente, compétitive et durable. C'est le seul moyen de montrer au reste du monde que le Green Deal fonctionne", a-t-il avancé.
Même son de cloche du côté du groupe chimique britannique Ineos, qui s'est battu ces derniers mois pour obtenir un permis environnemental à Anvers.
Jeter les bases d'une renaissance industrielle en Europe
Hans Casier, CEO de la fédération chimique essenscia et PDG d'Ineos Phenol
"Cette déclaration d'Anvers devrait jeter les bases d'une renaissance industrielle en Europe", a pour sa part estimé le CEO de la fédération chimique essenscia et PDG d'Ineos Phenol, Hans Casier. "Nous avons besoin d'une politique industrielle ciblée qui attire les investissements et maintient ici des emplois de qualité et une expertise de pointe, au risque de voir l'Europe devenir fortement dépendante d'autres régions pour de nombreux biens essentiels, avec toutes les conséquences que cela implique", a-t-il poursuivi.
"Le taux de réussite du Green Deal dépend étroitement du niveau d'ambition de l'Industrial Deal", a-t-il conclu.
Les dirigeants européens discuteront de cette déclaration d'Anvers lors d'un sommet européen en avril prochain.
