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Charlotte (25), son père Stefaan (54) et sa grand-mère Jeanine (79), trois générations de scouts

Les mouvements de jeunesse espèrent être reconnus comme patrimoine culturel immatériel de la Flandre

Les mouvements de jeunesse de Flandre vont introduire une demande de reconnaissance comme patrimoine culturel immatériel qui devrait être acceptée ou refusée d’ici l’été prochain. Mais ces mouvements de jeunesse sont-ils réellement typiques pour la Flandre et méritent-ils le statut de patrimoine culturel ? "Ce serait malheureux qu’ils disparaissent un jour”, répondent en tous cas des représentants des mouvements de scouts.

Anne François Pieterjan Huyghebaert
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Tout comme les pêcheurs de crevettes à cheval d’Oostduinkerke et la culture des friteries, reconnus il y a quelques temps déjà, les mouvements de jeunesse briguent maintenant une reconnaissance en tant que patrimoine culturel immatériel de la Flandre. "Nous sommes convaincus que nos mouvements de jeunesse méritent une place sur la liste du patrimoine flamand", indiquait à VRT NWS Sam Bastiaens, président du mouvement de scouts pluralistes FOS Open Scouting.

Le scoutisme existe bien entendu aussi dans d’autres pays que la Belgique. Peut-il alors être considéré comme patrimoine culturel "flamand" ? "Les mouvements de jeunesse font réellement partie du tissus de notre société, bien davantage qu’ailleurs", estime Sam Bastiaens. "La reconnaissance serait aussi un beau geste de soutien aux presque 300.000 enfants et jeunes qui s’adonnent au scoutisme pendant toute l’année".

Le mouvement FOS Open Scouting

"Les scouts sont ma deuxième famille"

Dans de nombreuses familles de Flandre, la tradition du scoutisme se transmet des parents aux enfants. Dans certains cas, elle s’étend encore à une ou plusieurs générations de plus. C’est le cas, par exemple, dans la famille Claeys établie à De Pinte, en Flandre orientale. Walter Claeys y a fondé dans les années 1970 la section locale des scouts FOS De Havik. "A l’époque, nous avons encore dû expliquer quel était le but du scoutisme", raconte sa veuve Jeanine Pauwels (79 ans). Près d’un demi-siècle plus tard, elle accompagne encore toujours les camps. Plus comme cheffe scout, mais comme responsable de l’infirmerie où elle prodigue les premiers soins.

Jeanine est l’incarnation du scoutisme. Pendant des années, elle a dirigé la section FOS De Havik avec son mari Walter, qui est malheureusement décédé début février. "J’étais femme au foyer et mère de quatre enfants, mais le scoutisme était mon travail à temps plein", se souvient-elle avec enthousiasme. Elle considère les scouts comme sa "deuxième famille" et son "cinquième enfant". Tous ses enfants et petits-enfants ont d’ailleurs fait partie du mouvement de jeunesse ou de sa direction.

Jeanine Claeys en 1988 et en 2024

Son fils Stefaan (54 ans) est tombé dans le scoutisme depuis son plus jeune âge. "Quand vos parents créent une section de scouts, vous devez évidemment vous y joindre. Je m’y sentais très bien, notamment parce que mes parents étaient toujours présents. En tant qu’enfants, nous avons vécu de façon très intense la création du mouvement scout à De Pinte", explique Stefaan Claeys.

"J’avais à peine six mois lorsque j’ai participé à mon premier camp scout", raconte Charlotte (25 ans), l’une des petites-filles de Jeanine. "Par la suite j’ai été membre et dans la direction. En entendant les histoires que l’on racontait dans la famille, j’ai eu envie de participer". Charlotte a entretemps quitté le mouvement scout, mais elle veut absolument y envoyer plus tard ses propres enfants.

Le scoutisme a-t-il vraiment une valeur patrimoniale ?

Jeanine Clayes a vu ce mouvement de jeunesse évoluer au fil des décennies. Certaines traditions, comme le salut au drapeau, se perpétuent tandis que d’autres se sont perdues. En même temps, des anciens usages ont pris une nouvelle forme. "Autrefois, nous étions assis autour du feu de camp pour chanter des chansons en nous accompagnant à la guitare. Maintenant les jeunes passent de la musique avec un amplificateur et des baffles", explique Jeanine avec un léger regret dans la voix. "Il faut avancer avec son temps", lui souffle son fils Stefaan. "Oh, moi j’emmenais quand même toujours ma guitare au camp, pour m’accompagner pendant les chants", nuance Charlotte.

Quoi qu’il en soit, Stefaan estime que les mouvements de jeunesse représentent en tous cas une école de vie importante. "Les jeunes y apprennent à travailler et à vivre ensemble. Ce sont des compétences dont ils auront besoin à 100% dans leur vie future et qu’ils acquièrent en jouant pendant l’enfance".

"La force des mouvements de jeunesse est aussi qu’ils sont menés par des bénévoles", souligne Stefaan. "Cela aussi, c’est remarquable", estime Jeanine. "Les jeunes de 18 à 25 ans s’impliquent toutes les semaines, de façon bénévole. Les parents qui y amènent leurs enfants et qui ont eux-mêmes été scouts comprennent seulement maintenant tout le bien qu’ils en ont retiré".

Reste à savoir si toutes ces caractéristiques positives sont dignes d’une valeur patrimoniale. "Pour moi, cela a été une véritable révélation", souligne Jeanine avec détermination. "L’amitié et la camaraderie. Une reconnaissance comme patrimoine serait vraiment belle". Sa petite-fille Charlotte est du même avis. “Le scoutisme crée un sentiment d’appartenance à un groupe, on s’y sent chez soi et on s’y fait des amitiés qui peuvent durer toute la vie", explique la jeune femme. "Le mouvement de jeunesse vous donne des valeurs, vous apprend à être social et à interagir avec les autres. Ce serait très malheureux si tout cela disparaissait un jour. Je trouve très approprié de demander une reconnaissance”.

Comment se passe une telle reconnaissance?

Les coupoles des différents mouvements de jeunesse préparent déjà depuis des années un dossier pour tenter d’obtenir une reconnaissance comme patrimoine culturel immatériel de la Flandre. Elle leur permettrait sans doute aussi d’obtenir davantage de subsides, alors que les coûts de fonctionnement augmentent d’année en année, ne permettant parfois plus de rénover des bâtiments ou allant même jusqu’à engendrer la disparition de certaines sections locales de scouts.

"Actuellement, nous rassemblons des signatures et des lettres de soutien", précise Sam Bastiaens, président national du mouvement FOS Open Scouting. "Tous ceux qui se sentent impliqués dans un mouvement de jeunesse peuvent soutenir cette initiative. Nous espérons avoir rassemblé suffisamment de matériel d’ici le 1er mars".

Le dossier sera ensuite déposé vers le 15 avril. "Nous espérons apprendre au plus tard cet été si les mouvements de jeunesse sont reconnus ou non comme patrimoine immatériel flamand". Un timing idéal, estime Sam Bastiaens, parce que l’annonce tombera au milieu de la saison des camps scouts.

A noter que l’inventaire du patrimoine culturel immatériel est un instrument politique flamand, indépendant de la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco, l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture. La politique flamande de reconnaissance s’inscrit cependant dans le cadre de la convention de l’Unesco pour le patrimoine immatériel.

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