Le réchauffement climatique est responsable de la recrudescence du virus du Nil occidental en Europe. C’est ce qui ressort, pour la première fois, d'une étude de l'équipe de chercheurs du laboratoire d'épidémiologie spatiale de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et du bclimate group de la Vrije Universiteit Brussel (VUB), son homologue néerlandophone. Le virus du Nil est transmis à l’homme par le moustique domestique.
Une étude belge démontre que le réchauffement climatique fait progresser le virus du Nil occidental en Europe
Le virus du Nil occidental est véhiculé par les oiseaux et les moustiques. Les mammifères, en particulier l'homme et le cheval, en sont les hôtes finaux. Bien que les infections chez l'homme passent souvent inaperçues, environ un quart des personnes contaminées présentent des symptômes tels que de la fièvre et des maux de tête et des douleurs musculaires, voire des irruptions cutanées et des ganglions lymphatiques enflés. Moins d'1% développent des complications neurologiques plus graves pouvant entraîner la mort.
Dans le passé, le réchauffement climatique a déjà été incriminé comme étant une cause possible de la progression du virus du Nil occidental en Europe mais, jusqu'à maintenant, ce lien n'avait pas été formellement établi. L’étude des deux universités bruxelloises est donc une première.
"Nos résultats soulignent à présent le rôle majeur du réchauffement climatique dans la propagation du virus du Nil occidental dans le sud-est de l'Europe", explique Diana Erazo, auteure principale de l'étude et chercheuse postdoctorale au Spatial Epidemiology Lab (SpELL) de l’ULB. Ils montrent également "une hausse récente et considérable du nombre de personnes menacées d'être exposées au virus. Cela s'explique en partie par l'augmentation de la densité de population mais le réchauffement climatique reste un facteur crucial qui influe sur le risque d'exposition", précise Erazo.
"C'est le visage du réchauffement climatique", confirme le professeur Wim Thiery, climatologue à la VUB et coauteur de l'étude. "Outre l'escalade des extrêmes climatiques, l'émergence de maladies tropicales en Europe est malheureusement l'une des nombreuses conséquences logiques de notre dépendance au pétrole, au charbon et au gaz". Il rappelle que le moustique tigre (photo) se propage également toujours davantage en Europe, y compris en Belgique.
Les chercheurs appellent donc à adopter des stratégies de surveillance et d'intervention appropriées, face à ce défi croissant pour la santé publique que représente le réchauffement climatique, ponctue Simon Dellicour, coordinateur de l'étude et directeur du Spatial Epidemiology Lab.
Le virus du Nil en Belgique ?
Actuellement, il se manifeste avant tout en Europe centrale et du sud. Il circule en Europe déjà depuis les années 1950, mais ce n’est qu’en 1996 qu’une grande percée a été constatée, en Roumanie. Quelque 393 personnes avaient été infectées à l’époque. Des infections ont déjà été signalées récemment en Allemagne et aux Pays-Bas. En Belgique, il y a eu un signalement officiel en 2019. L’ampleur du problème est donc limitée dans notre pays.
On ne sait pas encore si le virus du Nil est déjà propagé en Belgique via des moustiques domestiques. "Nous n’avons pas encore de monitoring systématique pour cela", indiquait à VRT NWS l’entomologiste Isra Deblauwe de l’Institut de médecine tropicale à Anvers.
Il est aussi possible que le virus soit passé sous les radars parce que les personnes contaminées n’éprouvent dans 75% des cas aucun symptôme. Le virus donne sinon des symptômes proches de ceux d’une grippe. Leen Delang, virologue à la KU Leuven, confirme néanmoins que les moustiques vivant en Belgique sont capables de transmettre le virus du Nil occidental, via leur salive.
L’Institut de santé publique Sciensano indique pour sa part qu’il n’existe pas encore de traitement spécifique ni de vaccin contre le virus du Nil occidental. Les symptômes sont soignés avec des analgésiques.
