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Une aubette destinée aux clients des taxis devant l'entrée principale de la gare du Midi

Six mois après la grande opération de contrôle à la gare de Bruxelles-Midi, rien n’a vraiment changé

Depuis les fusillades de ces derniers jours dans les Marolles et à Saint-Gilles, tous les regards se tournent à nouveau vers la violence liée à la drogue et la dégradation de la situation dans notre capitale. Le climat qui règne à l'intérieur et autour de Bruxelles-Midi, la gare la plus fréquentée du pays et une des portes d'entrée du trafic ferroviaire international, est symptomatique de cette dégradation. Comment la gare et ses alentours se présentent-ils aujourd'hui, et la situation s'est-elle améliorée après la grande opération de contrôle et de nettoyage du mois d'août dernier ? Une équipe de la VRT s’est rendu sur place.

Eric Steffens
Publié:

"Bruxelles-Midi, six mois après le vaste plan d'action qui avait été annoncé en grande pompe. Ce mercredi, le hall de la gare est en pleine effervescence. Rien d'extraordinaire pour la plupart des navetteurs qui se hâtent vers leur travail. Mais les touristes à la recherche d'un taxi sont confrontés devant l'entrée principale à une aubette remplie de détritus, de vêtements et de restes de nourriture. Apparemment, un sans-abri y a élu domicile.

"C'est une honte", déclare un chauffeur de taxi. "C'est la première image que les touristes ont de notre pays. Cela fait un mois que ces ordures traînent là ! La police, les stewards communaux et les employés du service de nettoyage "Net Bruxelles" : tous sont venus constater, mais il ne se passe rien depuis !"

"Ce n'est pas de notre ressort", répond un gardien de la paix de la commune de Saint-Gilles. Selon lui, il s'agit d'un abri de Bruxelles Mobilité, un service de la Région bruxelloise.

Cela fait un mois que ces ordures traînent dans cette aubette.

Un chauffeur de taxi.

Le même problème se pose à l'entrée de l'ascenseur du parking souterrain : "C'est carrément dégueulasse là-dedans", se plaint le propriétaire d'un café. "En début de semaine, deux femmes se sont réfugiées chez moi. Des voleurs avaient dérobé leurs téléphones portables dans l'ascenseur. La police dit qu'elle ne peut rien faire car il s'agit d'une propriété privée : le parking souterrain est exploité par la société Q-Park. Si vous venez ici en tant que touriste pour récupérer votre voiture de location, vous ne reviendrez plus jamais, n'est-ce pas ?

Ce ne sont là que deux exemples de la façon dont les différentes agences de Bruxelles se renvoient la balle, empêchant toute solution.  

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Nous jetons un coup d'œil à l'entrée du parking. C’est symptomatique de la situation à Bruxelles-Midi et dans ses environs. Dans un coin, un sans-abri dort sous une couverture sale, de l'autre côté, un homme qui ressemble à un zombie est apparemment sous l’influence de stupéfiants. À droite, un homme d'une entreprise de nettoyage nettoie l'ascenseur avec une serpillière imbibée d'eau de Javel. Mais c'est l’odeur de l'urine qui domine.

A l'entrée du parking souterrain devant le bâtiment de la gare.

Plus de police et plus d'équipes de nettoyage

Qui est compétent pour faire face à la situation à Bruxelles-Midi ? La police, la SNCB, la Région bruxelloise ou les communes de Saint-Gilles et d'Anderlecht ? Personne n'a pu donner de réponse claire. Sophie Dutordoir, CEO de la SNCB, et les organisations de quartier parlent de conditions dramatiques voire d'anarchie.

Lorsque la situation a menacé de complètement dégénérer l'été dernier, le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) s'est emparé du dossier.

Un plan d'action a alors été élaboré avec un total de 22 mesures : notamment la création d’un poste de police dans la gare, une augmentation des patrouilles de police, plus d'opérations de nettoyage et un meilleur hébergement pour les toxicomanes et les mineurs non accompagnés. Les tags et les graffitis devaient être systématiquement effacés, les zones sombres mieux éclairées et des toilettes d'urgence pour les sans-abri installées…

Comme touriste, il est toujours préférable de garder un œil sur vos bagages, car ils peuvent disparaître rapidement ici

Un agent de sécurité

Aujourd'hui, la gare a effectivement l'air un peu plus propre et il y a moins de sans-abri qui traînent. "Il y a plus de policiers depuis un mois et je vois aussi moins de sans-abri", confirme un agent de sécurité devant l'entrée de l'hôtel Pulmann. "Mais comme touriste, il est toujours préférable de garder un œil sur vos bagages, car ils peuvent disparaître rapidement ici".

L'interdiction de consommer de l'alcool dans la station, introduite il y a six mois, est restée lettre morte dans la pratique. "Nous vendons toujours autant d'alcool, ou plutôt on nous vole toujours beaucoup d'alcool", déclare le gérant d'une librairie.

"Il n'y a pas grand-chose de changé", déclare un pharmacien qui tient un commerce dans le hall central de la gare. "Le vol fait partie de la vie quotidienne à la gare du Midi.

REGARDER

Encore beaucoup de travail à faire

Notre enquête révèle que de nombreuses initiatives annoncées ne se sont pas encore concrétisées dans la pratique. "Nous n'allons certainement pas nier qu'il y a encore des problèmes, mais nous ne pouvons pas non plus tout résoudre du jour au lendemain", a déclaré le porte-parole du Ministre président bruxellois Rudi Vervoort (PS).

Bientôt, tous les acteurs se retrouveront pour faire le point.

Le commissariat de police promis dans le bâtiment de la gare n'est toujours pas là aujourd'hui. "Le volet financier est bouclé", nous dit-on au bureau de la ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V). "Il appartient maintenant à la police fédérale et à la SNCB de se mettre d'accord sur l'emplacement exact.

"Les discussions se poursuivent", explique Bart Crols, de la SNCB. Le centre promis pour les mineurs non accompagnés sera installé cette année, selon le cabinet du Premier ministre bruxellois Vervoort. "Pour les sans-abri, nous travaillons sur un grand centre à la Tour en Taxis, près de la gare du Nord, mais il n'ouvrira pas avant 2026 ou 2027. Bruxelles est également toujours à la recherche d'un emplacement pour un espace de consommation sécurisé pour les toxicomanes.

L'insalubrité s'étend

L'insalubrité qui règne à Bruxelles-Midi et dans ses environs est symptomatique de ce qui se passe également dans de nombreux autres quartiers de Bruxelles. L'été dernier, des problèmes de crack ont été signalés dans les quartiers de l'Alhambra et de la Gare du Nord. Ces derniers jours, des fusillades ont eu lieu dans le quartier des Marolles et à Saint-Gilles. Mercredi, il y a même eu un décès dans ces quartiers.

Apparemment, la gangrène autour de la gare du Midi s'étend à d'autres parties de la ville. "Aujourd'hui, on voit un sans-abri dormir ici, mais tôt le matin, c'est bien pire", explique un homme qui tente de nettoyer la station de métro Porte de Hal, non loin de la gare du Midi. "J'ai besoin de beaucoup d'eau de Javel parce que c'était sale ici ce matin : de l'urine, mais aussi des aiguilles.

Selon lui, un nombre beaucoup plus élevé de sans-abri séjournent ici depuis le mois de décembre. Comment cela se fait-il ? "Je n'en suis pas sûr, mais je soupçonne les trafiquants de drogue d'être actifs dans le parc situé au-dessus", explique-t-il.

Bruxelles tente de lutter contre le sans-abrisme par l'intermédiaire de Sublink qui vise à construire des accompagnements et des solutions innovantes pour les personnes en situation de sans-abrisme. Le personnel de Sublink a effectué 3 670 interventions dans les stations de métro entre juin et décembre de l'année dernière et a pu aider 487 personnes. Il s'agissait principalement d'orienter les personnes vers toutes sortes de services d'urgence. Au total, à peine 8 personnes ont pu être orientées vers un logement durable. Ces chiffres montrent qu'il est extrêmement difficile de sortir les gens du sans-abrisme et de la drogue.

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