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La Belgique veut construire un four de fusion pour recycler plus de métaux provenant de réacteurs nucléaires

Le Centre de recherche nucléaire de Mol (SCK CEN) et le Centre de recherche métallurgique (CRM Group) de Liège s'allient dans la recherche fondamentale et la mise au point d'un prototype de four de fusion permettant de valoriser certains métaux issus du démantèlement de centrales nucléaires. Le projet baptisé SMELD, soutenu par le gouvernement fédéral et bénéficiant de fonds européens, a été officiellement lancé mercredi, avec la signature du partenariat entre les deux centres de recherche, en présence du Secrétaire d'Etat pour la Relance et les Investissements stratégiques, Thomas Dermine. "Notre travail commence là où s’arrête celui des fours de fusion existants", indiquent les deux centres. A l’heure actuelle, il n'existe que trois fours de fusion nucléaires au monde, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Suède.

Anne François Belga
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Le projet SMELD, doté d'un budget de 13,5 millions d'euros, vise à recycler davantage de métaux provenant du démantèlement de centrales nucléaires, dans une logique d'économie circulaire. Ceci permettra également de diminuer la quantité de déchets radioactifs nécessitant un coûteux enfouissement à grande profondeur. Le métal ciblé est celui dont le niveau de radioactivité est trop élevé pour être recyclé immédiatement, mais trop faible pour être évacué en tant que déchet radioactif. Une catégorie qui représente des volumes importants.

"On estime actuellement que 15% des 10 à 15 kilotonnes de déchets au niveau des échangeurs de chaleur des centrales nucléaires ne sont pas recyclables. Mais nous pensons pouvoir réduire de 97% ces 15% de déchets", indiquait Peter Baeten, directeur général du SCK CEN, sur base du cas belge.

Actuellement, des fonderies parviennent déjà à réduire la quantité de déchets radioactifs en capturant la majeure partie des radio-isotopes (responsables de la radioactivité) pendant la fusion et en les séparant du métal. Mais certains radio-isotopes restent difficiles à "capturer" avec les techniques actuelles. Le nouveau four de fusion qu'entend faire naître la collaboration SCK CEN/CRM devra permettre de mieux isoler ces radio-isotopes résiduels et de recycler davantage de métal de réacteurs en fin de vie.

Pour le Secrétaire d'Etat Thomas Dermine (photo), qui a donné l'impulsion politique au rapprochement entre les deux centres de recherche, le projet a un potentiel économique considérable. "Peu importe les opinions politiques sur l'avenir du secteur nucléaire, il y a une réelle opportunité économique. Il y a 167 réacteurs qui sont en exploitation aujourd'hui dans les pays limitrophes de la Belgique et parmi ceux-ci 40 ont plus de 40 ans. Le démantèlement de chacun de ces réacteurs, c'est un coût estimé à 1,3 milliard d'euros. Il y a donc une opportunité économique de plus de 50 milliards d'euros."

De plus, des sidérurgistes - comme Aperam, spécialisé dans l'acier inoxydable et présent à Châtelet et Genk - se montrent déjà intéressés à l'idée de récupérer des alliages à haute valeur ajoutée qui proviendraient du démantèlement de centrales nucléaires.

Le Secrétaire d'Etat Thomas Dermine (archives)

Travail de pionnier

La Belgique a certainement un rôle à jouer étant donné son expertise reconnue à la fois dans le nucléaire et dans la sidérurgie, estime encore le Secrétaire d'Etat Dermine. La grande complémentarité entre l'expertise du SCK CEN en matière nucléaire et celle du CRM group en matière sidérurgique est d'ailleurs mise en avant par tous les acteurs du projet comme l'un des atouts du partenariat entre les deux centres de recherche belges.

SMELD va à présent se décliner sous la forme de recherche fondamentale et d'une étude de faisabilité. Dans un second volet préindustriel, les deux partenaires mettront au point un prototype de four de traitement avancé dont la localisation (Mol ou en région liégeoise?) n'est pas encore connue, mais qui devrait être terminé pour début 2027.

Un appel est également d'ores et déjà lancé à des partenaires industriels pour l'exploitation commerciale des techniques, procédés et installations sur lesquels déboucheront le projet SMELD. Le travail de recherche sur un nouveau four à fusion est un travail de pionnier, indique Guido Mulier, expert en démantèlement au SCK CEN. "Il n’y a aucune fonderie nucléaire qui effectue actuellement ce type de recherche". La Belgique devrait donc aussi pouvoir exporter cette technologie à l’avenir.

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