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Verlinden : "Les autorités locales aussi sont responsables de la sécurité dans leur commune"

La seule solution pour contrer la violence de rue, telle qu'elle s'illustre actuellement à Bruxelles, c'est de lutter "sur tous les fronts et à tous les niveaux", a déclaré jeudi la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden (CD&V), lors d'une conférence de presse de la police fédérale.

Eric Steffens Belga
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Face aux fusillades qui ont éclaté récemment à Saint-Gilles, "les yeux se tournent vers la police fédérale, mais les autorités locales aussi sont responsables de la sécurité dans leur commune", a-t-elle noté.

La présentation du rapport annuel de la police fédérale, objet initial de la conférence de presse, "tombe à un moment où nous sommes à nouveau confrontés à la violence de rue, que l'on présume être liée aux milieux de la drogue et qui s'est soldée par la mort d'une personne", mercredi matin à Saint-Gilles, a indiqué la ministre. "Nous devons poursuivre nos efforts contre le crime organisé et les stupéfiants avec tous les partenaires."

La nature complexe de la problématique des drogues touche différents aspects de la vie en société, a poursuivi Mme Verlinden. Les autorités locales doivent ainsi veiller à ce que les zones de police soient suffisamment "fortes" pour contrer les nuisances et le sentiment croissant d'insécurité auprès des riverains et visiteurs. La police fédérale les épaules dans ces tâches et participe à la concertation sur la situation à Bruxelles, selon la ministre.

La lutte contre la criminalité liée à la drogue "est une priorité et le restera"

La lutte contre la criminalité liée à la drogue "est une priorité et le restera", a-t-elle affirmé, soulignant que près de 500 millions d'euros ont été investis depuis 2020 dans les différents services de police. Un commissariat national "drogue" a été créé en 2023 pour coordonner les efforts "à tous les niveaux, aussi à l'étranger". À Anvers, un nouveau corps de sécurisation portuaire a vu le jour au sein de la police de la navigation, "grâce auquel nous voulons éliminer autant que possible la drogue des ports et des rues". L'an dernier, la police de la navigation a mené 157 arrestations en lien avec la drogue.

La question du recrutement et de la sélection constitue le "premier pas pour renforcer notre police", a concédé la chrétienne-démocrate flamande. "Il faut attirer les profils adéquats et cela demande du temps. On ne peut pas s'attendre à ce que le déficit historique soit subitement comblé. Toutefois, nous recueillerons au cours des prochains mois les fruits de nos efforts d'embauche", a-t-elle promis.

D'après la ministre, la police intégrée (qui rassemble la police fédérale et les zones locales) compte à présent "plus d'effectifs que jamais", soit 50.000 agents. "Mais les attentes de la population sont aussi plus grandes et la lutte contre la criminalité ébranle les organisations criminelles. Les derniers événements en sont notamment l'expression", a conclu Annelies Verlinden.

"Oui, Bruxelles est moins attractive mais il n'y a pas nécessairement de sous-effectif policier "

Eric Snoeck, commissaire général ad intérim de la police fédérale

"Oui, il y a un problème" de recrutement à Bruxelles dans la fonction de police. Le commissaire général ad intérim de la police fédérale ne s'en cache pas. Toutefois, affirmer que la fonction est en sous-effectif dans la capitale, c'est un pas qu'Eric Snoeck n'a pas franchi jeudi, lors d'une conférence de presse aux bureaux de la police fédérale.

Selon le chef de corps de la zone de police de Bruxelles-Midi, Jurgen De Landsheer, la zone (qui couvre Anderlecht, Forest et Saint-Gilles) est confrontée à un manque de personnel qu'il évalue à 20%, soit plus de 200 policiers. La question est devenue plus brûlante ces derniers jours, alors que des coups de feu ont résonné dimanche près de la Porte de Hal, que des tirs à l'arme de guerre ont retenti mardi du côté de Saint-Gilles et qu'un individu a été abattu mercredi matin dans cette commune du sud de la capitale.

"Je suis toujours prudent quand on affirme qu'il existe un sous-effectif", a réagi M. Snoeck. "On fait le calcul par rapport à des effectifs théoriques qui ont été déterminés il y a 20 ans", donc "par rapport à une norme qui n'est pas toujours actualisée", a-t-il tempéré.

"Nous avons autant d'effectifs qui entrent à Bruxelles que de personnel qui quitte la capitale"

Néanmoins, embaucher - et garder - suffisamment de policiers en poste à Bruxelles est une gageure, reconnaît le commissaire. "Pour toute une série de raisons", à commencer par la mobilité des travailleurs et travailleuses. "Après 5 ou 10 ans passés à Bruxelles, beaucoup de nos policiers ont envie de retourner" travailler plus près de leur domicile. "Le Belge est comme ça", sourit-il. De plus, les trajets vers la capitale sont synonymes d'embouteillages et la hausse des prix des carburants a accentué la tendance à réduire ses trajets, selon Eric Snoeck.

La police fédérale entre aussi en concurrence avec des employeurs plus "classiques" lorsqu'elle cherche à attirer des profils spécialisés, par exemple pour renforcer la Computer crime unit, les laboratoires médico-légaux ou encore les services de technologies de l'information.

"Nous avons autant d'effectifs qui entrent à Bruxelles que de personnel qui quitte la capitale. C'est un des problèmes fondamentaux, qui fait que l'on parvient à stabiliser nos effectifs mais qu'on arrive parfois difficilement à les augmenter de manière significative", a-t-il poursuivi.

À ce jeu d'équilibriste, la police fédérale sort parfois la carte des détachements. "Pour le terrorisme comme pour la criminalité organisée, on demande à des policiers issus d'autres arrondissements de venir temporairement aider les collègues bruxellois."

Le financement de nouvelles recrues, lui, n'est pas une source d'inquiétude immédiate pour le commissaire, puisque le budget "a été garanti pour la police fédérale" au cours de cette législature. "Au niveau des zones de police locale, il appartient aux bourgmestres de financer ou pas une augmentation de personnel."

Les maïeurs anderlechtois et de Saint-Gilles estiment pour leur part que la violence de rue liée au trafic de drogue dépasse les forces de police locales et doit être gérée à l'échelon supérieur: seule la police fédérale serait à même de faire tomber les têtes des réseaux.

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