Le pardessus de viole (photo) - le plus petit et plus aigu des instruments de la famille des violes - date du 18e siècle et a été volé en 1980 du Musée des instruments de musique (MIM ), installé à l’époque encore à côté du Conservatoire royal de musique de Bruxelles, au Petit Sablon. Depuis lors, l’énorme collection de musée - l’un des plus importants au monde en son genre - est logée dans l’ancien magasin Old England de style Art nouveau, qui trône sur le Mont des Arts. Le pardessus de viole a été acquis récemment par une artiste spécialisée dans la musique ancienne qui, après avoir effectué des recherches pour connaître son origine, découvrit qu’il avait été volé il y a 44 ans. Elle l’a rendu au MIM, qui le mettra particulièrement à l’honneur pendant le mois de mars.
Le Musée des instruments de musique de Bruxelles récupère un instrument précieux volé il y a 44 ans
Fondé en 1877, le Musée des instruments de musique de Bruxelles est l’un des plus importants au monde en raison de l’ampleur et de la richesse de ses collections. Elles comptent plus de 8.000 instruments originaires des quatre coins de la planète, dont plus de 1.200 sont exposés dans les salles. Le musée est installé depuis 1998 dans l’ancien magasin Old England (photo, à dr.) réalisé en 1899 par l’architecte Paul Saintenoy. C’est l’un des plus beaux exemples de bâtiment Art nouveau de Bruxelles, installé sur le Mont des Arts à quelques pas du Palais des Beaux-Arts dessiné par Victor Horta.
Aménagé à la fin du 19e siècle à partir de la collection d’instruments réunie dans une vocation didactique par le premier directeur du conservatoire de musique de Bruxelles, Victor-Charles Mahillon (1841-1924), le MIM s’est enrichi au fil des décennies d’instruments de musique anciens et modernes, mais aussi d’instruments populaires et du monde entier. Dans ses collections, il compte une gamme imposante de violes de gambe. Ces instruments à 6 cordes en boyau et à frettes sont joués avec un archet, en étant tenus entre les genoux ou sur les genoux dans le cas du pardessus de viole. C’est en effet le plus petit et le plus aigu de cette famille d’instruments qui a dominé la vie musicale européenne dès le 15e siècle, avant de tomber un peu dans l’oubli à la fin du 18e siècle. On en a redécouvert toute la beauté et le répertoire au 20e siècle, dans le mouvement de renouveau de la musique baroque emmené notamment par des musiciens belges.
Contrairement à une idée communément répandue, la famille des violes de gambe n'est pas l'ancêtre de celle des violons. Elles sont apparues presque simultanément et ont cohabité jusqu'à la période baroque. "Le pardessus de viole possède plus de cordes que le violon et ne se tient pas sur l’épaule mais sur les genoux", expliquait à Radio 2 Richard Sutcliffe, gambiste et chercheur travaillant notamment au Musée des instruments de musique de Bruxelles. "L’instrument retrouvé a été construit en 1742 et faisait partie de longue date des collections du MIM, avant d’être volé en 1980".
"Un coup de foudre pour l'instrument"
Mais il a récemment retrouvé sa place parmi les violes de gambe du MIM. "C’est la musicienne Annalisa Pappano qui avait acheté le pardessus de viole, sans savoir qu’il s’agissait d’un instrument volé. Pour en savoir davantage sur son origine et sur l’existence éventuelle d’autres instruments du même luthier, elle a fait des recherches. C’est comme çà qu’elle a découvert que le pardessus de viole avait été volé".
Annalisa Pappano est une musicienne de renom, spécialisée dans les violes de gambe et dans la musique ancienne interprétée sur des instruments d’époque. En 2019, elle quittait les Etats-Unis où elle enseignait notamment au Conservatoire de Cincinnati pour s’installer en Allemagne. Elle possède plusieurs violes de gambe et lirone, une collection à laquelle était venu s’ajouter le pardessus de viole subtilisé au MIM il y a 44 ans.
"Nous sommes très reconnaissants envers Annalisa Pappano, qui a rendu le pardessus de viole à son propriétaire, le Musée de Bruxelles. Cela n’a pas été facile pour elle, parce qu’elle était tombée instantanément amoureuse de l’instrument. Elle avait dépensé beaucoup d’argent pour l’acquérir. Heureusement, elle a pu récupérer cet argent et a entretemps trouvé un autre instrument", expliquait Richard Sutcliffe.
Alors que l’enquête sur le vol est toujours en cours, le pardessus de viole sera en mars prochain "l’instrument du mois" au MIM. Le public pourra alors l’admirer. Le samedi 16 mars, Annalisa Pappano et Richard Sutcliffe donneront d’ailleurs un , sur deux pardessus de viole, accompagnés au clavecin par Luc Ponet. Dans un répertoire comprenant des œuvres de compositeurs français et autrichien du 18e siècle.
