Pour de nombreuses personnes le Mont des Arts offre une superbe vue panoramique sur Bruxelles et notamment sur l’hôtel de ville de la Grand-Place. Pourtant, le Coudenberg, ce vaste espace de liaison entre le haut et le bas de la ville, avait un tout autre aspect au XIXe siècle et a suscité un nombre incroyable de polémiques et de projets avortés.
D’où vient le nom de Mont des Arts et quel a été le rôle de Léopold II dans son aspect actuel ?
Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.
En raison de l'augmentation du trafic, le désir de reconstruire le Coudenberg s'est fait sentir dès le milieu du XIXe siècle, afin de permettre une liaison plus fluide entre la ville haute et la ville basse.
Non seulement la différence de hauteur posait de sérieux problèmes, mais il fallait également trouver une solution pour le vieux quartier Saint-Roch. Ce quartier populaire jouxtait la très pentue rue "Montagne de la Cour" et occupait la colline entre la place Royale et le centre-ville.
Plusieurs urbanistes se sont fait les dents sur cette question. Aucun des projets n'a reçu l'aval de la ville de Bruxelles, ou alors l'État belge s'y est opposé. De plus, les caisses de la ville ne pouvaient soutenir un projet d'une telle envergure, les travaux de voûtement de la Senne nécessitant trop de moyens à l'époque.
Léopold II opposé au bourgmestre de Bruxelles
Après une centaine de projets laissés à l’abandon, c’est finalement un mélange d’idées signées Léopold II et l’architecte Henri Maquet qui seront conservées : la première consistait à redresser le terrain jusqu’à la moitié de la rue Montagne de la Cour ; la seconde à relier la place Royale jusqu’au boulevard Impératrice via ce nouvel entre-terrain, grâce à une pente plus douce et en forme de courbe.
Le roi Léopold II caressait l’idée de rassembler sur le Coudenberg toutes les collections historico-culturelles et scientifiques du pays. La colline devait devenir la "mémoire de la nation", à l'instar de villes européennes comme Munich ou Berlin. Elle devait également apporter une solution immédiate au manque d'espace auquel les musées royaux des Beaux-arts et la Bibliothèque royale étaient confrontés à la fin du XIXe siècle. Mais pour cela il fallait détruire le quartier historique Saint-Roch, ce à quoi s’opposait le bourgmestre de la Ville de Bruxelles de l’époque Charles Buls.
Charles Buls préconisait un réaménagement plus modeste de cette colline qui soit cohérent d'un point de vue urbanistique avec le quartier historique de la ville basse. Il ne voulait pas de bâtiments monumentaux et classiques, ni de grands boulevards. Et il souhaitait préserver autant que possible l’ancien quartier Saint-Roch en le rénovant.
Démission de Charles Buls
Mais Léopold II ne l'entendait pas de cette oreille. Il préférait voir disparaître ce quartier populaire aux rues étroites et parfois insalubres et a poursuivi ses projets. Avec l'argent de sa colonie privée, l’Etat indépendant du Congo, il racheta un terrain stratégiquement situé au Coudenberg et fit démolir le quartier St Roch en 1897. Charles Buls, révolté par les pressions exercées par l'entourage du Roi démissionna de son poste de bourgmestre en 1899.
C'est à cette époque que le nom de "Mont des Arts" est apparu. Lors d'une visite du site, le roi Léopold II aurait pointé du doigt la place Poelaert avec sa canne. "C'est là que se trouve le Mont de la Justice", dit le roi. "À Koekelberg se trouvera le Mont du Bon Dieu avec la Basilique du Sacré Cœur et ici ce sera le Mont des Arts".
Sur l'aspect de ce nouveau Mont des Arts et, surtout, sur la question de savoir qui devait financer le chantier, Léopold II ne trouva pas d'accord avec le Parlement. Pendant dix ans, le terrain resta en friche. Ce qui posait un problème vu que la date de l’Exposition universelle de 1910 approchait.
Le roi Léopold II aura eu le dernier mot
Faute d'avoir pu faire passer son grand projet en temps utile, le Roi imagina alors une "solution provisoire" financée par ses propres deniers.
L'architecte paysagiste français Jules Vacherot se vit confier l'aménagement d'un jardin-promenade en gradins, avec terrasses, escaliers et cascades d'eau qui tissait un lien naturel et bucolique entre la Place Royale et la Grand Place. Ce parc provisoire restera en place pendant plus de 40 ans.
Ce n'est qu'à l'approche de l'Expo 58 que le Mont des Arts fut définitivement modernisé. Les jardins en escaliers seront démolis pour créer l’esplanade plate de l’actuel Mont des Arts. L’architecte René Pechère dessinera un nouveau parc autour duquel s'articuleront plus tard la nouvelle Bibliothèque royale (KBR), le Palais des Congrès, et une rangée d’immeuble administratifs.
Certains nostalgiques regretteront l’ancien Mont des Arts, peut-être moins austère que celui que nous connaissons aujourd’hui.
