"Non seulement les décideurs politiques, mais les citoyens aussi peuvent réfléchir à la manière de soutenir les agriculteurs". C'est ce qu'affirme Liesbet Vranken, professeur d'économie agricole et environnementale à la KU Leuven. "Nous pensons qu'il est tout à fait normal qu’un agriculteur exige un revenu décent, pourtant la plupart des gens continuent d'acheter les produits les moins chers dans les supermarchés".
"Nous voulons soutenir les agriculteurs, mais sommes-nous prêts à payer plus cher pour nos produits alimentaires ?"
Les barrages d'agriculteurs sur les autoroutes du pays font grincer les dents des automobilistes. Mais en général, les Belges semblent comprendre pourquoi les agriculteurs descendent dans la rue avec leurs tracteurs.
Les doigts accusateurs des agriculteurs et des citoyens pointent principalement les décideurs politiques qui rendent la vie difficile aux agriculteurs. "Ces derniers se plaignent des tracasseries administratives dans lesquelles ils doivent se débattre chaque jour", c’est ce qu’a déclaré, ce mercredi, l'économiste agricole Liesbet Vranken dans l'émission "De ochtend" sur Radio 1. Elle estime qu'il y a encore beaucoup de place pour une simplification dans ce domaine.
Des causes différentes par pays
"On pourrait examiner les différentes mesures de soutien de la Politique Agricole Commune (PAC). Car c'est l'échelon européen qui définit la politique. Mais les gouvernements nationaux peuvent également jouer un rôle à cet égard", note encore Liesbet Vranken, "car ils traduisent le vaste cadre européen en mesures concrètes dans chaque pays. En effet, les causes de la protestation actuelle varient d'un pays à l'autre".
En Europe de l'Est, par exemple, le faible prix des céréales est la goutte d'eau qui fait déborder le vase pour les agriculteurs, tandis qu'ailleurs, c'est la taxe sur le diesel, par exemple. Et chez nous, en Flandre, c'est l'incertitude provoquée par les mesures relatives à l'azote qui a fait déborder le vase pour les agriculteurs. "Il n'est pas évident de faire des affaires dans un climat aussi incertain", explique encore Liesbet Vranken en exprimant sa sympathie envers le monde agricole.
Il aurait fallu mieux écouter
Liesbet Vranken ne pense pas que les décideurs politiques aient sous-estimé l'importance des agriculteurs. Le fait que la Politique Agricole Commune soit le fer de lance depuis la création de l'Union européenne prouve, selon elle, que Bruxelles est bien consciente de l'importance de l'agriculture car, après tout, nous devons tous manger tous les jours.
"C'est pourquoi près d'un tiers du budget européen est consacré chaque année à l'agriculture. Liesbet Vranken estime que les responsables politiques se sont trompés en décidant de trop de choses au-dessus de la tête des agriculteurs, sans les écouter.
"Maintenant que les agriculteurs descendent dans la rue, les citoyens semblent comprendre et partager leurs préoccupations. Après tout, comme nous l'avons dit, nous avons tous besoin de manger tous les jours. Nous pouvons également comprendre que les agriculteurs descendent dans la rue pour obtenir un revenu décent".
Sommes-nous prêts à payer plus ?
Mais, à notre niveau, ajoute Liesbet Vranken, "nous somems nombreux à aller au supermarché pour acheter le produit le moins cher et non pour le produit local qui sera peut-être un peu plus cher". "En tant que citoyens, nous devrions peut-être aussi nous demander si nous sommes prêts à payer plus cher". Et, le professeur de la KUL de conclure : "si nous le voulons, nous devrions également faire ce choix".
"Souvent, lorsqu'il y a différents produits dans les rayons, nous ne savons pas lequel a été produit de la manière la plus respectueuse de l'environnement. Et pour boucler la boucle, Liesbet Vranken se tourne à nouveau vers le niveau européen, qui devrait instaurer des labels universels afin que les consommateurs puissent choisir consciemment les produits les plus durables.
