En mai 2023, Nathan Vandergunst (24 ans) - mieux connu sous son nom d’artiste Acid - postait sur sa chaîne YouTube une vidéo controversée à la suite de l’arrêt rendu par la cour d’appel d’Anvers sur l'affaire Sanda Dia, du nom de l’étudiant de 20 ans qui a succombé fin 2018 à un baptême extrême organisé par le cercle estudiantin Reuzegom. Il y citait les noms de quatre anciens membres du cercle estudiantin en donnant des détails assez précis. L’un de ces quatre Reuzegommers n’avait cependant pas participé au baptême ni dû comparaître à Anvers, et la vidéo d’Acid avait eu des conséquences assez désastreuses pour le restaurant tenu par ses parents. La famille visée a donc porté plainte. Nathan Vandergunst doit répondre des accusations de harcèlement en ligne, d'infractions à la loi sur le traitement des données à caractère personnel, de calomnie et de diffamation. Il risque de la prison et une amende. Des dizaines de supporters avaient fait le déplacement ce jeudi à Bruges pour soutenir le jeune YouTubeur, visiblement touché.
De nombreux jeunes venus soutenir le YouTubeur Acid cité à comparaitre à Bruges par un ex-membre du cercle Reuzegom
En mai 2023, la cour anversoise a acquitté les 18 prévenus (ex-membres du cercle estudiantin Reuzegom) d'administration de substances nuisibles et de négligence coupable ayant entraîné la mort de Sanda Dia. Ils ont cependant été condamnés à 200 à 300 heures de travaux d'intérêt général pour homicide involontaire, traitement dégradant et infractions à la législation sur le bien-être animal. Ils auront un casier judiciaire mais leur peine ne sera pas mentionnée lorsqu’ils demanderont un certificat de bonne vie et meurs.
Le jugement jugé trop clément a suscité de vives réactions en Flandre au printemps 2023, et des manifestations contre ce que certains estiment être une "justice de classe". L’identité des 18 prévenus n’a en outre pas été rendue publique par la justice, ni par les médias. Dans sa vidéo de protestation longue de 11 minutes, le YouTubeur Acid y avait réagi en mentionnant le nom de quatre membres du cercle Reuzegom et donné plusieurs informations personnelles à leur sujet.
L'un de ces anciens membres a alors cité Acid à comparaître. L'homme n'était en effet pas présent lors du baptême fatal à Sanda Dia et il n'a pas été poursuivi, ni condamné dans cette affaire. La vidéo a par contre eu des conséquences pour lui et ses parents. Ceux-ci gèrent un grand restaurant à Anvers et ont fait face à de nombreuses critiques sur Internet ainsi qu'à des fausses réservations, qui les ont contraints à désactiver leur système de réservation en ligne.
Devant le tribunal correctionnel de Bruges, Acid doit répondre des accusations de harcèlement en ligne, infractions à la loi sur le traitement des données à caractère personnel, calomnie et diffamation. Son avocat Walter Van Steenbrugge réclame l’acquittement de son client, sur le principe de la liberté d’expression. Il souligne que toutes les informations divulguées par Acid circulaient déjà depuis un certain temps sur l’internet.
Des dizaines de supporters de Nathan Vandergunst, dont certains sont encore des adolescents, avaient fait le déplacement jusqu’à Bruges pour venir soutenir leur YouTubeur préféré (photo). Tout en reconnaissant, pour une part, qu’Acid n’aurait pas dû citer le nom d’un Reuzegommer non impliqué dans le baptême fatal.
Plaidoyer des avocats
Ce jeudi, les avocats des deux parties étaient appelés à plaider. Wim De Colvenaer, avocat du plaignant, estime que Nathan Vandergunst est allé trop loin en exposant son client qui était innocent dans l’affaire Sanda Dia et en se positionnant, dans sa longue vidéo sur YouTube, "à la fois comme procureur et comme juge". "Il s’attaque à des gens sans citer correctement ce qu’ils ont fait, sans qu’ils puissent se défendre et en les clouant sur un pilori numérique. Un crime a ainsi effectivement été commis".
L’avocat du plaignant réclamait "une punition de principe, mais claire". Et des dommages et intérêts de 200.000 euros pour diffamation.
Walter Van Steenbrugge (photo), l’avocat de Nathan Vandergunst, faisait référence pendant son plaidoyer à trois livres sur Sanda Dia, estimant que si leur contenu est correct la partie adverse doit avoir profondément honte. "Je ne réclamerais pas 200.000 euros à leur place, je me cacherais sous terre. Je ne me plaindrais pas de l’influence néfaste pour mon restaurant, mais je m’occuperais de l’éducation de mon fils", lançait l’avocat à l’attention des parents du plaignant.
Van Steenbrugge estime en outre que le public a le droit d’en savoir davantage sur un ancien étudiant du cercle Reuzegom qui veut apparemment entrer en politique. "Acid avait le droit de diffuser une information, qui n’était d’ailleurs pas neuve puisqu’elle circulait depuis longtemps sur l‘internet".
"Je referais exactement la même chose"
Le tribunal se prononcera le 22 février. Si Nathan Vandergunst est reconnu coupable, il risque de la prison et une amende. Quelque chose qu’il avouait craindre avant tout. "La partie adverse veut un dédommagement de 200.000 euros. Elle sait qu’elle me touchera ainsi. Elle prétend que j’ai tout fait pour avoir du succès et gagner de l’argent. Mais ce n’est pas vrai. Je n’ai absolument pas gagné de fortune avec ma vidéo. Je n’ai fait qu’en prendre. J’ai perdu des sponsors. Mais j’estime encore toujours être dans mon bon droit".
Acid confiait à VRT NWS qu’il ferait une vidéo moins agressive et menaçante si c’était à refaire, mais que sur le fond il n’avait pas changé d’avis. Et les noms ? "Je les citerais à nouveau tous les quatre. Je referais exactement la même chose".


