Le chef de la Défense, l’amiral Michel Hofman, prendra sa retraite en juillet. Pour éviter qu’une décision ne soit prise en pleine campagne électorale, le gouvernement a décidé d’avancer la procédure de désignation d’un nouveau patron de notre armée. Avec les guerres en Ukraine et à Gaza, la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) veut agir rapidement. Il y a beaucoup de candidats en lice, mais deux officiers supérieurs ont vraiment une chance d’obtenir le poste.
Le gouvernement a entamé la procédure pour désigner un successeur au chef de la Défense avant les élections
L'actuel chef de la Défense Michel Hofman est entré en fonction le 10 juillet 2020, avec un mandat de quatre ans. L'amiral a déjà laissé entendre qu'il ne souhaitait pas prolonger ce mandat - contrairement à certains de ses prédécesseurs qui ont accepté de jouer les prolongations faute d'accord au sein du gouvernement sur le choix d'un nouveau Chod.
Il a confirmé, selon la chaîne de radio-télévision publique flamande VRT, qu'il ne souhaitait pas prolonger son mandat. "J'ai servi mon pays pendant plus de 40 ans, dont de nombreuses années à l'étranger" a-t-il déclaré à la VRT.
Deux porte-parole de Ludivine Dedonder (PS) ont confirmé jeudi que la procédure avait été lancée afin de lui trouver un successeur, mais sans s'étendre sur les détails, ni sur les modalités, ni le calendrier, alors que des élections législatives sont prévues le 9 juin prochain et que le gouvernement fédéral sera ensuite réduit à expédier les affaires courantes.
Qui peut succéder à l’amiral Hofman ?
Traditionnellement, pour se porter candidat, il faut être déjà au moins général-major ("deux étoiles") ou lieutenant-général ("trois étoiles") et être parfaitement bilingue, puisqu'il faut commander l'ensemble des 25 000 militaires belges. "Cinq des sept généraux trois étoiles actuels ont posé leur candidature", indique une bonne source.
Par le passé, la nomination alternait entre un chef de la Défense néerlandophone et un chef de la Défense francophone. L'actuel chef de la Défense, Michel Hofman, vit à Ostende mais est considéré, du fait de ses études, comme francophone. Un candidat néerlandophone aurait donc un avantage. D'autant plus que la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) est francophone.
Une autre tradition veut qu'il y ait une alternance entre les trois composantes traditionnelles de la Défense : l'armée de terre, la marine et l'armée de l'air. Michel Hofman est un amiral francophone de la marine ; son prédécesseur, le lieutenant-général Marc Compernol, était néerlandophone et venait de l'armée de terre.
Bref, un général trois étoiles néerlandophone issu de l'armée de l'air ferait l'affaire. C'est ainsi que le lieutenant-général Fred Vansina, un néerlandophone, pilote de chasse de formation et doté d'une large vision internationale, fait figure de favori.
Qui sont les deux favoris ?
Le lieutenant-général Fred Vansina (***)
Le lieutenant-général Fred Vansina est né en Suisse, fils de diplomate, et a grandi aux États-Unis et dans l'ancien Zaïre. Il a fait carrière au sein de l'armée de l'air et s'exprime avec aisance et précision. Il possède une vaste expérience opérationnelle et est réputé pour son sens de la délégation.
Ces dernières années, il a été habilement préparé au poste de chef de la défense grâce à des passages au département de la stratégie et de la formation internationale. Depuis l'été dernier, Fred Vansina est chef adjoint de la défense, c'est-à-dire le numéro deux de l'armée.
Ses collègues généraux et officiers supérieurs sont unanimes à son sujet. "Il est très au fait des grands mouvements géopolitiques", déclare-t-ils. Ou encore : "c’est quelqu’un d’orienté vers les solutions et qui est doté d'une vision", déclare un officier supérieur qui le connaît très bien depuis longtemps.
Une source gouvernementale PS révèle que la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), peut pleinement soutenir M. Vansina. "La ministre insiste sur le respect des traditions au cas où un candidat néerlandophone se présenterait et remplirait toutes les conditions", a déclaré la source gouvernementale.
Le lieutenant-général Frédéric Goetynck (***)
Le lieutenant-général Frédéric Goetynck est le plus âgé des lieutenants généraux mais il est francophone et a fait carrière dans l’armée. Selon une bonne source, Frédéric Goetynck estime qu'il a "droit" à ce poste en tant que doyen des lieutenants généraux. Lui aussi est favori. Il dirige la Direction générale des Ressources matérielles (DGMR) de la Défense.
Il a signé des contrats pour des milliards ces dernières années. La gestion sans faille de ces contrats est en partie à mettre à son crédit. Frédéric Goetynck a également l'expérience de la politique du personnel, l'un des chevaux de bataille de la Défense et du PS. Du côté francophone, le général est également très visible dans la presse. C'est un atout.
Un collègue général le décrit comme "politiquement avisé, mais aussi une véritable anguille insaisissable". "Peu de long terme et pas vraiment de vision globale de l'évolution de la Défense", dit un autre qui ajoute aussitôt que Goetycnk "est cependant très diplomate".
Point négatif pour Goetynck : selon lui, la Défense ne pouvait absolument pas livrer de vieux F-16 belges à l'Ukraine, jusqu'à ce que la VRT NWS démontre le contraire, ce qui a amené le gouvernement à décider, sous la pression du MR, d'ouvrir encore la porte à une livraison de F-16 en 2025.
Ou alors l'amiral Jan De Beurme (***) ?
Enfin, il n'est pas totalement exclu qu'un candidat de compromis sorte du lot : comme par exemple, l'amiral Jan De Beurme. Mais De Beurme est un ancien commandant de la Marine, jusqu'en juin dernier, quand il est devenu inspecteur-général des Forces armées. Il est donc issu de la Marine tout comme l'actuel chef de la Défense. Notre petite Marine fournit d'excellents officiers, mais elle s'est illustrée ces dernières années en obtenant déjà plusieurs postes de haut niveau au sein de la Défense.
