La N-VA estime que c'est une erreur de la part de la Belgique de demander à la Cour internationale de justice de La Haye d'enquêter sur le risque de génocide perpétré par Israël dans la bande de Gaza. Peter De Roover, chef de groupe N-VA à la Chambre, plaide en faveur d'une approche beaucoup plus prudente.
La N-VA ne souhaite pas que la Belgique demande à la Cour internationale de Justice d'enquêter sur le risque de génocide par Israël à Gaza
Les partis socialistes PS et Vooruit ont affirmé mercredi que la Belgique doit se joindre à la coalition de pays ayant demandé à la Cour internationale de Justice d'enquêter sur le risque de génocide par Israël à Gaza et sur les actes qualifiés de guerre et contre l'humanité. Mardi soir, trois autres partis du gouvernement fédéral, Ecolo, Groen et le CD&V, avaient formulé la même demande.
L'Afrique du Sud a porté plainte fin décembre contre Israël pour "génocide" à Gaza auprès de la Cour internationale de Justice (CIJ), le tribunal de l'ONU chargé de régler les différends entre États.
Une audience publique se tiendra ces jeudi et vendredi à La Haye, pour examiner en outre une demande de mesures d'urgence susceptibles d'ordonner la fin des hostilités, motivées par l'attaque du 7 octobre du Hamas, qui avait tué 1.200 personnes en Israël. "Trois mois après le début de la guerre à Gaza, le bilan des victimes côté palestinien a dépassé les 23.000 morts, dont une majorité de femmes et d'enfants", soulignent le PS et Vooruit dans un communiqué commun.
Dans l'opposition, le PTB soutient lui aussi l'action engagée par l'Afrique du Sud. Mais la N-VA dans l’opposition au fédéral n'est pas d'accord avec cette demande.
"Il y a certainement des critiques à formuler envers la politique d'Israël", a déclaré Peter De Roover, ce jeudi dans l'émission "De ochtend" sur Radio 1. "Mais pour parvenir à une solution là-bas, il faut qu'Israël y soit associé. L'Europe est beaucoup plus prudente que notre pays à cet égard : il ne faut pas prendre de position unilatérale pour ne pas contrarier Israël, sinon vous n'obtiendrez pas son adhésion. Le but de la diplomatie est d'obtenir des résultats".
Raisons électorales ?
Peter De Roover se demande s'il est bien utile de clouer Israël au pilori aujourd'hui. "Je ne pense pas". Il qualifie d'ailleurs cette position d'hypocrite de la part de plusieurs partis au pouvoir au fédéral. "Je vois que le Premier ministre De Croo est en Chine aujourd'hui. Or, le génocide des Ouïghours (une minorité musulmane ndlr) est-il également à l'ordre du jour là-bas ?"
"Il n'y a pas de succès électoral à attendre de ce côté-là. Et c'est ce qui se cache derrière tout cela : l'objectif (du soutien à la demande d’enquête sur Gaza ndlr.) n'est pas de faire la paix, mais de faire taire une certaine partie de la population en Belgique" a estimé Peter De Roover..
Ne pas distribuer des coups de tête
Selon Peter De Roover, notre pays doit jouer un rôle positif. "Cela signifie que les Palestiniens et les Israéliens doivent parvenir à créer une solution à deux États. Mais ce n'est pas en distribuant des coups de tête que l'on y parviendra".
"Ce gouvernement (De Croo ndlr.) adopte toujours une position très européenne, jusqu'à ce que les alliés ne veuillent plus le suivre. Notre pays veut alors suivre sa propre voie et même l'Allemagne se sent insultée (Caroline Gennez a vivement critiqué nos voisins dans une interview parue hier dans Knack, ndlr)". Selon lui, notre pays est actuellement en train "d'accumuler les maladresses diplomatiques". "Par exemple, des ministres comme Caroline Gennez (Vooruit) et Petra De Sutter (Groen) se posent en activistes et perdent toute crédibilité pour jouer ce rôle positif.
S'il n'en tenait qu'à la N-VA, il devrait y avoir une coalition internationale pour désarmer le Hamas ET il faudrait mettre en veilleuse les forces extrémistes au sein du gouvernement israélien. "Mais vous ne pouvez pas le faire en discréditant l'ensemble de la structure de sécurité israélienne, avec des références à l'Holocauste. Vous n'avez alors plus aucun poids sur le plan diplomatique".

