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Quelle est la stratégie idéale pour remporter des élections ?

Groen, le parti des écologistes flamands désire absolument se renouveler, mais oublie de mettre quelques parlementaires expérimentés sur ses listes. La N-VA dévoile des visages familiers, mais oublie de renouveler sa liste. Enfin, l'Open VLD fait campagne en force, avec le courage du désespoir, et avec le Premier ministre qui n’hésite pas à mouiller sa chemise. Une analyse d’Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT.

Eric Steffens Ivan De Vadder
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Renouveler ou dévoiler des visages familiers ?

En Belgique, trois élections auront lieu le 9 juin prochain  : les fédérales, régionales et européennes. Le parti Groen a révélé le nom de ses têtes de liste pour ces élections et il se passe un phénomène curieux. Si dans la circonscription d'Anvers, la grande expérience de Meyrem Almaci et de Mieke Vogels est mise à profit, les modalités de désignation des candidats ne se conforment pas partout à la règle qui veut que l'on combine, sur une même liste, des figures de proue, des nouveaux venus et des parlementaires expérimentés.

La parlementaire flamande et ancienne présidente de Groen Meyrem Almaci tirera la liste fédérale du parti pour la province d'Anvers alors que l'ancienne ministre Mieke Vogels poussera la liste.

Mais chez les écologistes flamands, de nombreux parlementaires expérimentés comme Björn Rzoska, Kristof Calvo, Wouter De Vriendt et Elisabeth Meuleman quitteront le Parlement après cette législature, optant tous pour un mandat local. Cet exode n'est pas encore suffisant pour le parti, car des députés de très grandes qualité tels que Stefaan Van Hecke, Imade Annouri et Celia Groothedde n’ont obtenus que des places pratiquement inéligibles dans les propositions de liste.

Au grand dam d'Elisabeth Meuleman, qui a dénoncé ce processus de désignation par un petit groupe sur les réseaux sociaux, parlant d'un déficit démocratique.

En conséquence, le parlementaire flamand Imade Annouri d'Anvers, déçu a décidé de quitter la politique. La députée flamande Celia Groothedde de Bruxelles - qui avait pourtant joué un rôle important dans le dossier des crèches - devra se contenter de pousser la liste pour le Parlement bruxellois. Seul Stefaan Van Hecke a réussi à obtenir la deuxième place, après la tête de liste incontestée en Flandre orientale, Petra De Sutter. Curieusement, le communiqué de presse du parti après les congrès n'en fait pas mention.

La N-VA a également confirmé ses listes, mais il n'y a pas de renouvèlement. Le peu de sang neuf, comme l'échevine anversoise Els Van Doesburg, doit se contenter de pousser la liste pour le Parlement flamand. Dans le Limbourg, c'est le vétéran Jan Peumans qui occupe cette place.

La N-VA se rend aux élections avec seulement des visages familiers, l'objectif principal étant de redevenir le plus grand parti de Flandre. Le principal concurrent est bien sûr le Vlaams Belang, avec son président Tom Van Grieken, qui a été réélu lors d’un congrès à Anvers avec un score de 97,7 %, pour un troisième mandat.

Ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué

Dans l’émission "De zevende dag", du dimanche 10 décembre dernier, le lendemain de sa réélection, Tom Van Grieken s'est efforcé pendant toute l’interview de ne pas paraître triomphant, mais tout son discours part du postulat que son parti va remporter les élections. Van Grieken a lancé une série de scénarios post-électoraux qui partent tous de la victoire du Vlaams Belang et de son impact sur la formation des différents gouvernements. Avec son rêve ultime, de pouvoir proclamer en quelques étapes l'indépendance de la Flandre. Pour obtenir cette indépendance, le Vlaams Belang compte bien sûr s’associer avec la N-VA, mais pas seulement.

Dans "De zevende dag", Tom Van Grieken a déclaré qu'il souhaitait également discuter avec le CD&V, "parce que ce parti est socio-économiquement au centre", tout comme le Vlaams Belang, et "en ce qui concerne les questions éthiques, les deux partis travailleraient bien ensemble et conclueraint même des accords", toujours selon Van Grieken.

Dans le journal du dimanche "De Zondag", la députée fédérale Nawal Farih du CD&V affirme cependant que les positions du Vlaams Belang en matière de migration lui déplaisent. "Les personnes qui ont le droit d'être accueillies seront toujours les bienvenues chez nous. C'est le cœur de la démocratie chrétienne : stricte, mais juste". Une telle collaboration entre le CD&V et le Vlaams Belang n'est donc pas à l'ordre du jour.

Depuis le récent scandale d'espionnage visant l'ancien député Vlaams belang Frank Creyelman, le président du CD&V Sammy Madhi a écarté toute alliance avec la formation nationaliste flamande.

L’Open VLD en mode campagne électorale

Au sein de l’Open VLD, on demande désormais que le prochain gouvernement révise la loi de sortie du nucléaire parce qu'elle "constituerait un obstacle à la construction de centrales, qui sont nécessaires pour garantir une énergie propre et abordable à notre pays à l'avenir".

Ainsi donc, sept mois avant les élections, ce passage de l'actuel accord de coalition qui affirme explicitement : "Le gouvernement reconfirme résolument la sortie du nucléaire, le calendrier légal de sortie sera respecté", est balayé d’un revers de main. Le parti du Premier ministre Alexander De Croo ne peut plus le soutenir. Dont acte...

L'Open VLD est en campagne. Avec le courage du désespoir, même. Dans "De zevende dag", le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, a déclaré avec cynisme que "même l'Open VLD croyait encore qu'il pouvait remporter les élections". La semaine dernière, deux sondages ont pourtant mis les libéraux face à leurs responsabilités : dans la province d'Anvers, l'Open VLD n'atteindrait plus le seuil électoral, selon un sondage de Gazet van Antwerpen ; et dans le Limbourg, l'Open VLD resterait en dessous du seuil électoral de 6,3 %, selon un sondage de Het Belang van Limburg. Cela voudrait dire que l'Open VLD ne remporterait plus un seul siège dans ces deux provinces, ce qui représenterait une perte considérable.

L'Open VLD s’est donc lancé dans la campagne, mais il n'est pas le seul. Le CD&V a ressuscité Jean-Luc Dehaene grâce à l’intelligence artificielle; le président du MR, Georges-Louis Bouchez, s’est rendu sur un marché de Noël à Anvers, pour faire la promotion de la nouvelle campagne de son parti, traduite en néerlandais pour le public flamand. Et le président de la N-VA, Bart De Wever, à qui cette campagne était destinée, a répondu aux collègues de VTM Nieuws déguisé en Saint-Nicolas. Même le Premier ministre Alexander De Croo a participé à cette campagne fébrile. Il voyage d'un endroit à l'autre devant les caméras, annonçant la présidence belge du Conseil européen en se baladant dans le Parc royal de Bruxelles, on l’a vu aussi gravir les marches de la Tour Belfius pour une œuvre caritative et même frappant une piñata les yeux bandés pour le lancement du top 2000 de Radio 2, le célèbre hitparade annuel.

"Vous n'imaginez pas ce tout ce qu'un premier ministre doit (veut) supporter"...a écrit sur X Hans Vandendriessche, rédacteur en chef de l'agence Belga.

Et peut-être que nous, les médias, devrions aussi battre notre coulpe : si nous voulons que les hommes politiques fassent campagne sur le fond, et pas seulement sur l'image, devrions-nous vraiment les inciter à frapper une piñata les yeux bandés ?

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