"Fixer une limite à la richesse", c'est ce que préconise Ingrid Robeyns dans son dernier livre "Limitarisme". Selon la professeure de philosophie politique, l'extrême richesse est néfaste non seulement à la société mais aussi à la planète et à la démocratie. De plus, elle la qualifie de "souvent imméritée". Selon elle, "un million d'euros par personne serait largement suffisant pour vivre confortablement. Quant à l'héritage, il pourrait aussi être limité à 200 000 euros".
Ingrid Robeyns propose de fixer une limite au montant de la richesse qu'un individu peut accumuler
"La répartition des richesses est inégale", a déclaré Ingrid Robeyns dans l’émission "De Afspraak" sur Canvas (VRT). Elle l'explique à l'aide d'un exemple très simple mais frappant. "Supposons qu'il y ait 100 Belges pour 100 lingots d'or. Une personne possède 15 lingots d'or, les 9 personnes suivantes en possèdent ensemble 37. En d'autres termes, les 10 personnes les plus riches de Belgique possèdent ensemble 52 lingots d'or. Les 40 personnes suivantes reçoivent 40 lingots d'or. Il ne reste donc plus que 8 lingots d'or pour les 50 personnes restantes qui sont les plus pauvres. C'est une répartition inégale des richesses".
Tout le monde peut être riche mais personne extrêmement riche
"La situation pourrait être plus satisfaisante", estime-t-elle. Le "limitarisme" - un terme qu'elle a elle-même inventé - pourrait apporter une réponse. Il n'y a rien de mal à ce que les gens soient récompensés pour leur travail. Toutefois, selon le principe du "limitarisme", il devrait exister un plafond. "On peut aussi être trop riche. La limite se situe au moment où l'argent n'apporte plus rien à la qualité de la vie. En gros, cela correspond à un million d'euros par personne". Elle parle de "surplus d'argent", en parlant de personnes dont le revenu est supérieur à celui dont il faut disposer pour assurer ses besoins.
Ingrid Robeyns est consciente que tout le monde ne partage pas son opinion. "Certaines personnes ont l'argent comme seule motivation. Vous voulez aussi qu'elles puissent continuer à contribuer à l'économie. C'est pourquoi je propose une limite supérieure absolue de dix millions d'euros. L'idée serait de concevoir la société de manière à réduire la richesse à ce montant. En d'autres termes, tout le monde peut être riche, mais personne ne doit être extrêmement riche".
Limiter le montant des héritages
Un impôt sur la fortune pourrait être utile, mais Ingrid Robeyns estime que, dans le contexte d'une entreprise, on pourrait également examiner le rapport entre employeurs et employés, ou les montants qui sont reversés aux actionnaires.
Une autre possibilité serait de limiter le montant des héritages. "Jusqu'à un maximum de 200 000 euros, par exemple", suggère-t-elle.
"Selon le professeur Dirk Van de gaer de l'université de Gand, 70 % de la richesse personnelle provient d'héritages. Que l'on soit libéral ou socialiste, on peut toujours considérer qu'il s'agit d'un héritage non mérité. Cela reproduit l'inégalité et vous recevez de l'argent pour lequel vous n'avez absolument rien fait vous-même".
Ni jalouse ni communiste
Mme Robeyns insiste sur le fait qu'elle n'est pas jalouse des personnes qui ont beaucoup d'argent - "j'en ai moi-même plus qu'il n'en faut" - et qu'elle n'est pas non plus communiste. "Ce sont de faux arguments pour arrêter la discussion", ajoute-t-elle. Cependant, selon le professeur de philosophie politique, il est important de pouvoir aborder cette question.
"L'extrême richesse nuit à la société. Les super-riches polluent davantage et ont un impact beaucoup plus important sur le climat. Ils sapent également la démocratie. Certains milliardaires américains ont dépensé pour quelques minutes de voyage dans l’espace l’équivalent du revenu annuel de dizaines de milliers d’autres habitants de la planète. L'Amérique, où les personnalités politiques sont sponsorisées, en est un excellent exemple. C'est aussi un grand gaspillage.
Pour son livre, Mme Robeyns s'est entretenue avec plusieurs multimillionnaires. "Des gens qui possèdent 100 millions d'euros ou plus. Bien sûr, ils ne représentent pas tous les super-riches - ce sont des gens qui voulaient me parler et qui sont donc souvent militants - mais ils étaient favorables à l'idée".

