Est-ce que 12 000 hectares de forêt ont vraiment été abattus à Genk, dans le Limbourg ? Une classe entière d'élèves de Morlanwelz, dans le Hainaut, est-elle vraiment tombée gravement malade après avoir été vaccinée ? Ce sont deux fausses nouvelles qui circulent actuellement en Europe de l'Est. Ces deux histoires ont été transformées pour diffuser de fausses affirmations sur les panneaux solaires et sur les vaccins. Comment cela a-t-il été possible ?
Comment des nouvelles locales de Belgique sont devenues des "fake news" en Europe de l'Est
Ces dernières semaines, deux nouvelles provenant, soi-disant, de notre pays sont apparues sur Facebook en Bulgarie et en Géorgie. À Genk (Limbourg), une entreprise aurait abattu 12 000 hectares d'arbres pour installer des panneaux solaires. A Morlanwelz, dans le Hainaut, une vidéo d'une campagne de vaccination prouverait que les vaccins contre le papillomavirus sont dangereux. Or, aucune de ces deux histoires n'est vraie.
Les 12 000 hectares d'arbres n’ont pas été abattus pour faire place à des panneaux solaires
Fin octobre, l'organisation bulgare Factcheck.bg a contacté ses collègues de factcheck.vlaanderen après être tombée sur une publicité Facebook en bulgare contenant des informations en provenance de Genk. Cette annonce indiquait que l'entreprise sidérurgique Aperam aurait abattu 12 000 hectares d’une forêt pour installer des panneaux solaires. L'annonce a été vue plus de 60 000 fois.
Le fact checking, ou vérification des faits, permet de lutter contre les fake news.
Les factcheckers bulgares ont découvert que l'entreprise sidérurgique Aperam avait effectivement demandé l'installation de 30 000 panneaux solaires supplémentaires. Mais le rédacteur en chef de factcheck.vlaanderen, Ferre Wouters, invité dans l'émission "Het uur van de waarheid" (l’heure de vérité), sur Radio 1 (VRT), a déclaré que le nombre d'arbres qui devaient être abattus était très exagéré.
"Le nombre d'arbres à abattre a été exagéré. Ils ont dit qu'il s'agissait de 12 000 hectares d'arbres, en réalité il ne s'agissait que de 12 hectares. De plus, ce n’était pas une forêt mais une zone industrielle inoccupée dont seulement 1,5 hectare a finalement dû être abattu.
En outre, la photo n’illustre pas une forêt de Genk, mais une forêt de l'État américain de Caroline du Nord.
Le reportage sur une école du Hainaut ne prouve pas que les vaccins contre le papillomavirus sont dangereux
Des nouvelles locales de notre pays sont également apparues sur Facebook, en Géorgie. Un reportage sur une campagne de vaccination dans un lycée a circulé fin octobre. La vidéo affirme que des élèves sont tombés malades après avoir reçu le vaccin contre le papillomavirus (HPV) et que cette vaccination n'est donc pas sûre. Il est également affirmé qu'il s'agit d'une vidéo provenant de France.
Or, selon les vérificateurs de faits géorgiens , il s'agit d'une vidéo d'information de la chaîne RTL-TVI. Le reportage porte sur la campagne annuelle de vaccination contre les infections au papillomavirus dans une école secondaire de Morlanwelz, dans le Hainaut. Le HPV (Human PapillomaVirus) est un groupe de virus sexuellement transmissibles qui, lorsqu'ils sont infectés, peuvent notamment provoquer le cancer du col de l'utérus.
Il est exact que certains élèves ne se sont pas sentis bien après l'administration du vaccin. Ils ont eu des maux de tête et des nausées. Des symptômes qui peuvent survenir peu de temps après la vaccination. Mais il est important de noter que les 30 dernières secondes du reportage ont été coupées, alors que le directeur de l'école y déclare que les élèves se sont rapidement sentis mieux et qu'il n'y avait eu rien d'anormal dans les doses de vaccin.
Objectif : manipuler l'opinion publique sur des sujets politiquement sensibles
Ce n'est pas la première fois que des informations régionales de notre pays sont diffusées dans le monde entier. Les factcheckers belges vérifient souvent les informations étrangères qui circulent chez nous sur les réseaux sociaux et cela arrive aussi dans l’autre sens.
L'intention de ces fake news reste généralement la même : manipuler l'opinion publique sur des sujets politiquement sensible tels que le climat ou la vaccination. Souvent, les messages sont alors sortis de leur contexte ou (délibérément) déformés.
En 2021, par exemple, un petit reportage de la télévision locale anversoise ATV sur l'hôpital St Augustine d’Anvers est devenu viral. Le médecin en chef de l'hôpital y déclarait que la majorité des lits de soins intensifs étaient occupés par des patients vaccinés.
Cette déclaration a été diffusée dans plusieurs langues et pays afin de démontrer l'inefficacité ou l'échec total des vaccins anti-Covid. Mais le fait que les patients hospitalisés étaient principalement des personnes présentant des pathologies chroniques ou ayant un système immunitaire déjà affaibli n’était pas mentionné.
Enfin, l’année dernière, le journal officiel chinois Global Times a utilisé des images d'une grande manifestation syndicale à Bruxelles comme preuve d'une manifestation contre l'OTAN, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. La vidéo a été visionnée plus d'un million de fois.
