La Flandre n'autorisera plus de procédures d'adoption d'enfants en provenance de Gambie, de Haïti et du Maroc, a annoncé mardi l'agence gouvernementale Grandir (Opgroeien), à la suite d'une procédure de vérification. En février dernier, le gouvernement flamand annonçait déjà la même décision vis-à-vis du Vietnam.
La Flandre suspend les adoptions d'enfants de Gambie, Haïti et du Maroc
Le gouvernement flamand avait mis sur pied un groupe d'experts sur les adoptions internationales à la suite de révélations sur des dysfonctionnements concernant l'Éthiopie, en 2019. Au moins un enfant n’y aurait pas été donné librement à l’adoption par ses parents. Le rapport final de ces experts a poussé le gouvernement régional à commander une vérification pour tous les pays avec lesquels la Flandre autorise des adoptions.
Cinq pays ont été examinés en début d'année: le Portugal, la Colombie, l'Afrique du Sud, le Kazakhstan et le Vietnam. Résultat: un feu vert pour les trois premiers pays, orange pour le Kazakhstan (une visite sur place est nécessaire avant toute décision) et rouge pour le Vietnam.
Treize pays ont été passés au crible lors du deuxième examen, avec pour résultat une carte rouge pour la Gambie, Haïti et le Maroc, pour lesquels les procédures ne sont désormais plus autorisées. Pour le Burkina Faso, la Hongrie, l'Inde et le Togo, une visite sur place devra permettre d'identifier les mesures à mettre en place pour faciliter les adoptions à terme. La coopération avec le Burkina Faso a été suspendue en raison de la situation sécuritaire précaire du pays.
La Bulgarie, le Chili, les Philippines, le Honduras, le Pérou et la Thaïlande ont quant à eux reçu un feu vert pour le maintien de la coopération.
Difficile pour les futurs parents, mais le bien-être de l’enfant prime
Les temps sont incertains pour les familles candidates à l'adoption, commente l'agence Grandir. La fin de la coopération signifie que les familles qui entraient en considération pour une adoption en provenance des pays concernés doivent envisager un nouveau trajet d'adoption. Il s’agirait d’une dizaine de familles. Le Centre flamand pour l'Adoption prendra contact personnellement avec elles.
Pour les parents-candidats qui se sont déjà vu assigner un enfant, la procédure d’adoption sera achevée sous le régime actuel. Les autres candidats seront réorientés vers un autre pays d’origine avec lequel la Flandre continue à collaborer pour les adoptions.
La ministre flamande du Bien-être, Hilde Crevits (photo), doit décider d’ici peu si elle accorde une reconnaissance au service d’adoption "Het Kleine Mirakel", qui est le seul de trois services retenu pour gérer toutes les adoptions à l’intérieur de notre pays. Ces dernières années, des plaintes avaient été déposées à l’encontre des trois services, y compris Het Kleine Mirakel.
Une pause dans les adoptions ?
En Flandre, les partis d’opposition plaident en faveur d’une pause générale dans les adoptions. Temporairement, aucun parent candidat ne pourrait encore adopter un enfant venu d’un pays étranger. "Tant que tous les contrôles n’ont pas été effectués et approuvés et qu’il n’y a pas de service à l’adoption qui fonctionne correctement, il vaut mieux être prudents et ne pas autoriser d’adoptions. Il faut éviter de nouveaux accidents"', estimait Freya Vanden Bossche (Vooruit).
La ministre Hilde Crevits n’est pas favorable à une suspension temporaire des adoptions étrangères, mais ne l’exclut pas entièrement. "Je voudrais absolument éviter un gel de la situation. Mais cela ne sera possible que si de grands progrès sont effectués. On peut seulement donner le feu vert si le cadre d’adoption est entièrement sûr".
Wouter Vandenhole, professeur de Droit à l’Université d’Anvers spécialisé dans les droits internationaux d’adoption, estime que la suspension de la coopération de la Flandre avec la Gambie, Haïti et le Maroc est une bonne chose. "La liste des pays d’origine des enfants est vraiment longue actuellement. Il faut la restreindre, si on veut pouvoir suivre de près les adoptions en cours. Après plusieurs scandales et une enquête approfondie, les Pays-Bas ont par exemple décidé de ne plus maintenir de collaboration qu’avec six pays d’origine. C’est le bien-être des enfants qui doit primer".

