Le nom de l’artiste Jos Pauwels vous dit-il quelque chose ? Des maisons de vente aux enchères de renommée internationale telles que Sotheby’s et Christie’s à Londres et New York ont vendu des œuvres de cet artiste apparemment belge, tout comme l’ont fait les hôtels de ventes Horta et Vanderkindere à Bruxelles. Mardi 14 novembre, la maison Vanderkindere aurait dû mettre en vente une huile sur carton intitulée "La table du déjeuner au bouquet de lilas blanc", mais elle l’a retirée de la vente. Le peintre semble en effet être inexistant, comme l’a découvert le Belge Jos Mestdach après des recherches qui ont mené à la publication d’un livre sur les fausses œuvres d’art. La société Vanderkindere affirme cependant ne pas être au courant de la fraude.
Des maisons de vente aux enchères bruxelloises ont vendu des œuvres d'un artiste qui n'existe pas
L’Hôtel des ventes Vanderkindere organisait mardi et mercredi derniers une vente aux enchères d’antiquités, de sculptures et de tableaux, parmi lesquels une œuvre du peintre Jos Pauwels. Mais la maison installée à Uccle a retiré ce tableau de la vente. Il règne en effet un parfum de fraude autour des toiles de Jos Pauwels, dont les œuvres ont pourtant déjà été proposées par de grandes sociétés de vente aux enchères telles que Dorotheum à Vienne et Christie’s et Sotheby’s à Londres et New York. C’est ce qu’a découvert Jos Mestdach, un amateur d’art qui réside dans les Ardennes flamandes et qui fut aussi journaliste régional attaché aux quotidiens flamands Het Volk et Het Nieuwsblad.
En 2020, il achetait le tableau "Zeezicht Heist" (‘Vue sur la mer Heist’) à l’hôtel de ventes gantois Maison Jules, pour un millier d’euros. Il s’agissait d’une œuvre pointilliste d’un certain Jos Pauwels, qui avait déjà été vendue auparavant par la maison bruxelloise Horta.
"Je l’ai achetée parce que je la trouvais belle, tout en étant curieux de savoir qui était l’artiste belge dont elle émanait", expliquait Jos Mestdach à la rédaction de BRUZZ. Un travail de recherche effectué par ce journaliste dans l’âme révéla que l’artiste Jos Pauwels n’existe pas. Au terme de trois années d’enquête, Mestdach a écrit un livre sur la fraude artistique, intitulé "Fake Art" et paru en septembre dernier aux éditions Borgerhoff & Lamberigts.
Un voyou installé dans le Hainaut
“Au début, les maisons de vente aux enchères ont tenté de me tromper en disant que Jos Pauwels était en fait Joseph Pauwels ou Henri Joseph Pauwels", expliquait Mestdach. Mais Joseph Pauwels (1818-1876) s’est révélé être un peintre du 19e siècle originaire de Sleidinge (Flandre orientale). "Ce ne pouvait donc pas être le même artiste puisque Joseph Pauwels était déjà décédé depuis un certain temps lorsque Georges Seurat (1859-1891) - l’un des artistes pointillistes les plus connus - s’est lancé dans le pointillisme", dans les années 1880, explique Mestdach.
Henri Joseph Pauwels (1903-1983) se révéla également être un autre peintre que celui sur lequel Jos Mestdach enquêtait. "J’ai entièrement reconstitué sa vie", expliquait ce dernier. Ce qui a pris beaucoup de temps étant donné que très peu de choses ont été publiées sur ce peintre du 20e siècle. "Henri Joseph Pauwels a réalisé des milliers d’œuvres. Dans le Pays de Waas on ne trouve pratiquement aucune maison qui n’ait pas une œuvre de lui. A la demande de commerçants, il a peint des natures mortes à la chaine pour pouvoir financer ses addictions", précisait Mestdach.
Mais qui était alors Jos Pauwels ? "Il n’a jamais existé", révèle Jos Mestdach. "J’ai pu démontrer que ses toiles ont été mises en circulation par un escroc basé dans le Hainaut. Il les a mises en vente aux enchères dans quatre grandes maisons : Sotheby's, Christie's, Dorotheum et Horta à Brussel.” Cette dernière maison a encore vendu un Jos Pauwels en 2020 pour 1.600 euros.
C’est beaucoup d’argent pour un artiste qui n’a jamais existé et qui, d’après les spécialistes, n’est pas de grande qualité. "La perspective dans ses œuvres et la représentation des personnages sont franchement mauvaises", déclarait Guy De Vuyst de la maison de vente aux enchères du même nom installée à Lokeren. Un témoignage repris dans le livre “Fake Art” de Mestdach. "Les tables ne sont pas droites, les bras trop courts, et ainsi de suite. Bref, ces compositions ne tiennent pas debout. Le fait qu’il existe très peu d’informations sur l’artiste Jos Pauwels nous semble avoir été maintenu ainsi volontairement par celui qui a réalisé les œuvres, afin de dissimuler à quelle date elles ont été peintes et taire ainsi le fait que leur style pointilliste a cent ans de retard", expliquait Mestdach.
Le collectionneur flamand a pu retrouver la trace de quelque 300 œuvres qui ont été vendues par l’escroc hennuyer. "Mais après la parution de mon livre, j’ai appris de la police, notamment, qu’un nombre nettement plus élevé d’œuvres provenant soi-disant de Jos Pauwels sont en circulation". Pire encore : "De nombreux hôtels de ventes auraient été au courant de la fraude, mais ils se sont couverts et ont maintenu secret les résultats des ventes aux enchères. Ils savaient donc qu’il s’agissait de fausses œuvres d’art", concluait Mestdach.
La maison Vanderkindere affirme n’être au courant de rien
L’Hôtel des ventes Vanderkindere à Bruxelles déclare n’être au courant de rien de suspect. Mais pourquoi le lot 275 représentant une œuvre de Pauwels - "La table du déjeuner au bouquet de lilas blanc" - a-t-elle été retirée de la vente de mardi et mercredi derniers ? "En principe nous ne divulguons pas ce genre d’information", répondait le commissaire-priseur Serge Hutry. "Si le vendeur veut retirer son œuvre des enchères, il le fait tout simplement. Nous n’avons pas à nous en justifier".
Hutry ne veut pas confirmer que le lot 275 correspondait à une œuvre de Jos Pauwels, mais le catalogue imprimé de la vente prouve que c’était bien le cas.
Une source bien informée de nos collègues de BRUZZ affirme en outre que Vanderkindere a retiré l’œuvre de Pauwels de la vente après que le livre de Jos Mestdach ait révélé, en septembre dernier, que le peintre n’a jamais existé. "Auparavant, les hôtels de ventes pouvaient encore prétendre qu’ils n’étaient au courant de rien, mais maintenant la fraude autour des prétendues œuvres de Jos Pauwels est dénoncée noir sur blanc", souligne Jos Mestdach. Depuis lors, les maisons de vente aux enchères n’ont pas encore réagi.
Jos Mestdach estime que son enquête est terminée. Il sait maintenant que son tableau "Zeezicht Heist" a été réalisé par un faux artiste, mais il le trouve encore toujours beau. "Je le regarde d’une autre façon". Qui a bien pu réaliser cette toile ?
"J’imagine qu’elle a été peinte en Chine, dans le village de Dafen", situé en banlieue de Shenzhen. Il est connu pour abriter des centaines d’ateliers de copie de tableaux anciens. Mais les milliers de peintres qui y travaillent ont aussi commencé à créer des œuvres de leur propre composition. "Les toiles y sont réalisées sur commande", précisait Jos Mestdach. Une escroquerie qui reste encore impunie, souligne la maison d’édition Borgerhoff & Lamberigts .
