Aller au contenu principal

"Le dernier portrait": la photographe Lieve Blancquaert immortalise de façon émouvante des personnes en fin de vie

Une dernière séance photo avec des personnes qui savent qu'elles vont bientôt mourir, c’est le canevas de "Het laatste portret", un nouveau documentaire de la VRT réalisé par Lieve Blancquaert. La photographe documentaliste sociale veut ainsi contribuer à briser le tabou qui entoure la mort et le deuil en créant un rituel d'adieu intime dans son studio.

Eric Steffens
Publié:

Faire ses adieux en laissant derrière soi un beau souvenir et rendre ainsi la mort plus acceptable : tel est l'objectif du documentaire émouvant, en quatre épisodes,"Het laatste portret" (Le dernier portrait). La photographe Lieve Blancquaert réalise le portrait de plusieurs personnes qui savent qu'elles vont bientôt mourir. Elles font leurs adieux à leurs proches par le biais d'une séance photos professionnelles. Ce sont parfois des portraits individuels, des photos avec des membres proches de leur famille, voire un dernier portrait de famille élargie ou avec des dizaines de personnes réunies.

"Ce que je fais dans ce documentaire, ce n'est pas de prendre une photo spécifique pour un imprimé funéraire, bien qu'une personne ait choisi l'une de mes photos pour une carte souvenir", a confié Lieve Blancquaert à VRT NWS. "Je fais des portraits au sens large du terme. Les gens se tiennent littéralement l'un en face de l'autre et montrent ce qu'ils ressentent l'un pour l'autre. Je capture cette scène sur la pellicule".

REGARDER

"Les gens me demandent souvent de venir chez eux pour une dernière séance photo avec leurs proches. Si j'ai de la place dans mon agenda, je le fais volontiers. Ce sont des moments intenses et très beaux. Dans le contexte des adieux, l'amour pur devient tangible. Je suis toujours profondément touchée par ces émotions intenses. J'ai voulu ouvrir l'intimité de ce rituel d'adieu à travers ce programme. Il s'agit de se réunir consciemment et de parler de cette fin".

Avec la perspective de la mort, soudain on appelle plus facilement les choses par leur nom et les tensions sont aplanies

"La grande valeur d'un tel moment au cours duquel on prend conscience que l’on fait ses adieux est qu'il déclenche un dialogue. Pas parce que je suis derrière mon appareil, mais parce que je suis présente. J'en ai fait l'expérience il y a quelques années lorsque quelqu'un a soudainement abordé la question de ses dernières volontés en matière d'euthanasie. Avec la perspective de la mort prochaine, soudain on appelle les choses par leur nom et les tensions sont aplanies. Mais c'est toujours des moments difficiles : personne ne peut nous dire ce que l'on ressent vraiment, d'aller vers le néant et d'être parti pour toujours".

Lieve Blancquaert confie qu’elle a souvent pleuré pendant le tournage. "Ce n'est pas mon histoire, mais je ne peux pas m'empêcher de pleurer. Ce que je vois devant mon appareil c’est un miroir de ma propre vie. On reconnaît l'amour que l'on ressent pour sa famille. Nous finissons tous par mourir".

Lors du premier épisode, Lieve Blancquaert montre une photo à Caroline et à son compagnon

Nous allons de l'avant, mais parler de la mort et du deuil reste un grand tabou.

Lieve Blancquaert avait également réalisé la série "Last days" sur la mort et les rituels d'adieu dans le monde. "Nous progressons dans le monde occidental par rapport à il y a dix ans, en ce qui concerne le deuil et les adieux. Pendant des siècles, nous avons accordé une place à ces rituels par le biais de la religion. Mais comme la foi a perdu de son importance dans notre société, nous devons rechercher de nouveaux rituels d'adieu valables, tels qu'un dernier portrait photographique".

"Si vous pouvez organiser un rituel d'adieu serein pour ceux qui vous entourent, c'est le plus beau cadeau que vous pouvez leur faire. Ce programme porte en fait sur le pré-deuil, avant la mort : si vous pouvez le faire, le post-deuil fonctionnera mieux aussi je crois. Cette série m'a beaucoup appris sur le lâcher-prise. Si j'ai la possibilité de dire adieu consciemment, je veux absolument le faire".

"Ce qui m'est resté des conversations passées sur la vie et la mort, c'est que les derniers contacts que vous recevez en tant qu'être humain sont aussi importants que les premiers. Si vous parvenez à toucher quelqu'un avec amour juste avant de vous séparer, de la même manière que vous avez été reçu avec amour et attention à la naissance, c'est extrêmement puissant. Le cercle de la vie est ainsi bouclé".

Comment photographier le deuil ?

Dans " Het laatste portret", il n'y a pas que des visages souriants. Toutes les émotions sont immortalisées. Même lorsque la fille aînée de Caroline éclate en sanglots au moment de la photo lors du premier épisode, Lieve Blancquaert continue de photographier.

"Il n'est pas facile de prendre des photos dans un contexte aussi émotionnel. Mais ce moment était si intense, si beau, si sacré : je ne pouvais pas le laisser passer. La fille de Caroline a trouvé difficile de se voir pleurer à l'écran. Il est difficile de se montrer vulnérable à la télévision, et il est certain qu'en photographie, nous aimons nous montrer sous notre meilleur jour. Mais je suis sûre à 100 % que cette photo aura une grande valeur pour elle. Les photos ne deviennent vraiment intéressantes qu'avec le temps : dans dix ans, cette photo aura une signification plus profonde".

"Il est important de noter que dans "Le dernier portrait", tout est fait selon les souhaits de mes témoins. Nous les aidons à réfléchir aux couleurs et aux tenues et nous leur offrons des conditions professionnelles, avec un maquilleur et un bon éclairage. Ils font le reste eux-mêmes. Caroline, par exemple, pose sous les couvertures de confort que les gens autour d'elle ont confectionnées. Littéralement sous une couche d'amour, avec toutes les émotions qui vont avec".

Lieve Blancquaert dans le studio de l'émission "Het laatste portret"

Lieve Blancquaert est une photographe documentaliste sociale qui travaille dans le monde entier. Elle a étudié l'art à l'Académie royale des Beaux-arts de Gand, puis a travaillé en tant que photographe indépendante pour plusieurs journaux belges, dont De Morgen et Knack. Au fil des années, elle a peaufiné son style documentaire et n'a jamais eu peur d'aborder les sujets difficiles, comme le cancer du sein, le SIDA en Afrique, les femmes devenues célibataires suite au génocide perpétré au Rwanda et la mortalité maternelle en République démocratique du Congo.

Le premier épisode du documentaire "Het laatste portret", en 4 épisodes, sera diffusé mardi 14 novembre vers 20h40 sur VRT 1.

En savoir plus

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5