Aller au contenu principal

Les écoles flamandes assistent à une polarisation grandissante parmi les élèves

La Sureté de l’Etat et l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) constatent qu’un nombre croissant de jeunes âgés de moins de 18 ans sont impliqués dans des dossiers de menaces. Il s’agit de menaces proférées de façon anonyme sur les réseaux sociaux. Les écoles flamandes, qu'elles soient officielles ou catholiques, sont elles aussi de plus en plus confrontées à des élèves aux propos ou comportements radicalisés, confirment l'Ocam et la Sûreté de l'Etat.

Anne François Belga
Publié:

C'est surtout dans les grandes villes flamandes que l'on constate auprès des élèves une augmentation des propos et des comportements radicaux, parfois inspirés par l'islam. Les écoles rapportent notamment le cas d'élèves qui refusent des voyages scolaires au motif qu'ils n'y disposeront pas assez de temps pour prier, de jeunes filles qui se voilent totalement ou de garçons qui se lavent rituellement les pieds dans les toilettes de l'école.

Il est également question de propos ultraconservateurs, homophobes ou extrêmement misogynes dans lesquels la religion ne joue aucun rôle, ou un rôle minime. Il s'agit notamment de cas où des élèves refusent d'emprunter des passages pour piétons aux couleurs de l'arc-en-ciel ou de garçons qui rechignent à s'asseoir à côté de filles ou de suivre les consignes données par des professeurs féminins. "Le nombre de signalements de propos ou de comportements radicaux a fortement augmenté ces derniers temps", commente Karin Heremans, responsable auprès du réseau d’enseignement officiel GO!. "En 2018 et 2019, on ne recevait que trois ou quatre signalements par an pour notre réseau. Aujourd'hui, on en a trois ou quatre par jour".

Le réseau d'enseignement catholique flamand dit enregistrer lui aussi ces derniers temps une hausse du radicalisme auprès de ses élèves, notamment depuis la reprise du conflit israélo-palestinien. Cette polarisation grandissante auprès des élèves ne conduit toutefois pas forcément au radicalisme. Et les idées radicales ne débouchent pas systématiquement sur des idées violentes.

"Hyperpolarisation" ?

Mais pour l'Ocam, qui analyse l'état de la menace en Belgique, on ne peut toutefois ignorer cette évolution. Depuis 2021, l'organe constate d'ailleurs une augmentation du nombre de jeunes dans les signalements et dossiers de menace. Il s'agit dans ces cas-là de jeunes qui ont l'intention de passer à l'acte. "Il s'agit bien souvent de jeunes qui n'étaient jusque-là pas du tout dans les radars des services de sécurité, mais qui se sont radicalisés en ligne", explique le directeur de l'Ocam, Gert Vercauteren.

La Sûreté de l'Etat, elle aussi, constate une augmentation du nombre de jeunes dans ses dossiers. Interrogé ce vendredi matin par l’agence Belga, le cabinet de la ministre Caroline Désir en charge de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles dit de son côté ne pas avoir constaté d'augmentation semblable du radicalisme dans les écoles depuis le début de cette année. "Précisons que ce sont les retours de terrain que nous avons sur base de ce que les écoles déclarent aux équipes mobiles. Cela reste un phénomène marginal dans le travail de ces équipes mobiles, mais qui est évidemment chaque fois pris très au sérieux et suivi de près", indique le cabinet de la ministre Désir.

Le ministre flamand de l'Enseignement, Ben Weyts (photo), appelle pour sa part à des sanctions face à ces élèves radicalisés. "Si des jeunes s'opposent à nos normes et valeurs, nous devons agir et prendre des sanctions sérieuses lorsque les bornes sont dépassées. On ne résoudra pas cela avec des animateurs de rue", estime Ben Weyts.

Pas de raison de paniquer

Le Centre d’expertise et de conseil pour la prévention et l’intervention dans le radicalisme et l’extrémisme (CEAPIRE) constate que les phénomènes de radicalisation et de polarisation chez les jeunes ne sont pas locaux mais internationaux. Il est difficile de classer ces jeunes, mais le Centre observe deux groupes bien distincts, qui se rejoignent néanmoins dans certaines idées conservatrices. Il s’agit d’une part de jeunes issus de l’immigration, souvent musulmans, qui pour des raisons religieuses et culturelles s’opposent à une conception libérale de la société. Et d’autre part il s’agit de jeunes autochtones blancs qui s’identifient à des idées conservatrices, encouragés par des mouvements extrêmes comme Schild & Vrienden (photo archives) à défendre ces idées.

Ces derniers mois, le CEAPIRE a reçu 68 demandes d’aide. Cette année, il suit en outre 38 jeunes âgés de 13 à 23 ans chez lesquels il est question d’extrémisme. Soit le double de cas par rapport aux années précédentes. Ces chiffres sont alarmants mais ne doivent pas mener à la panique. "Avec une approche appropriée, la plupart de ces problèmes resteront passagers", indique Gert Vercauteren de l’Ocam. "Mais si on fait comme si ces problèmes n’existaient pas, on risque de les attiser. En tant que société, nous devons identifier des problèmes avant qu’ils ne mettent notre sécurité en danger".

En savoir plus

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5