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"NarcoFiles", une gigantesque fuite de documents colombiens révèle les dessous du trafic de cocaïne vers la Belgique

La Belgique occupe une place proéminente dans les NarcoFiles, "la plus grande fuite de documents judiciaires sur le trafic de cocaïne en provenance d'Amérique du Sud", écrivent lundi l’hebdomadaire Knack et le quotidien De Tijd. Cette enquête porte sur plus de 7 millions d'e-mails ayant fuité du bureau du procureur colombien et révélant comment les cartels de la drogue colombiens font transiter des tonnes de cocaïne par le port d'Anvers.

Eric Steffens Belga
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Ces e-mails permettent de mieux comprendre l'organisation des cartels de la drogue colombiens et leurs collaborations internationales. Selon le journaliste d'investigation Brecht Castel (Knack), la Belgique joue un rôle de premier plan dans ce domaine. "La production se fait de plus en plus en Europe", a-t-il déclaré à l'émission "De wereld vandaag" sur Radio 1. "Nous le savions déjà pour l'Espagne et les Pays-Bas, mais nous avons maintenant découvert le premier laboratoire produisant de la cocaïne dans notre pays également.

La découverte a été faite en mai de cette année à Marcinelle, près de Charleroi, où la cocaïne a été fabriquée à partir de pâte de coca - également connue sous le nom de bazooka dans le jargon. La transformation de ce produit intermédiaire en cocaïne y était plus que correcte : des équipes spécialisées ont estimé la capacité de production du laboratoire à environ une tonne de cocaïne par mois.

Plus difficile à découvrir

La raison de ce déplacement progressif de la production vers l'Europe n'est pas claire, explique Brecht Castel. "Il se peut qu'il soit plus difficile de se procurer les produits chimiques en Amérique du Sud qu'ici", explique-t-il. Par ailleurs, un laboratoire espagnol similaire a constaté que la qualité extraite de la pâte de coca était meilleure. Une troisième raison, et peut-être la plus importante, serait que les douanes n'interceptent presque jamais cette pâte de coca".

Les chiffres d'Europol vont dans ce sens : en 2018, 30 kilogrammes de pâte de coca ont été découverts, alors que les laboratoires espagnols et néerlandais étaient déjà dans le collimateur à l'époque. En 2019, il s'agit d'à peine 600 grammes. "Presque rien", dit-il. "Mais vous n'allez pas investir dans un laboratoire à Charleroi si vous savez que la pâte de coca ne va pas jusque-là."

Les cartels expédient la cocaïne pour le marché européen via la Belgique

Knack et De Tijd ont commencé à enquêter l'année passée sur tous les documents faisant référence à la Belgique. Ce projet journalistique international, réalisé en collaboration avec plus de 40 autres médias à travers le monde, a été mené par le collectif Organised Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), avec l'aide du Centro Latinoamericano de Investigación Periodística (CLIP).

Les "NarcoFiles" font la lumière sur le fonctionnement des cartels de la drogue en Colombie, pays qui produit environ 60% de la cocaïne consommée dans le monde. Les documents dévoilent notamment comment l'un de ces cartels, la Cordillera, qui compte plusieurs centaines de membres, expédie la cocaïne destinée au marché européen, principalement vers la Belgique.

De plus petits gangs opèrent également

De plus petits gangs opèrent également des trafics passant par le territoire belge. Ceux-ci s'associent entre eux afin de grignoter des parts de ce commerce illégal, en particulier depuis que les autorités colombiennes ont conclu en 2016 un accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), qui contrôlaient jusqu'à 40 % du commerce mondial de la cocaïne.

Les NarcoFiles révèlent également la manière dont les organisations des trafiquants opèrent lors de l'arrivée de la cargaison dans le port d'Anvers. Certains utilisent par exemple des vedettes pour s'introduire discrètement sur le porte-conteneurs à l'aide d'une échelle.

D'autres utilisent des "cajas de mar", des tubes métalliques remplis de cocaïne fixés à la coque d'un navire. Depuis 2019, les plongeurs du port d'Anvers sont chargés de vérifier la présence de tels dispositifs.

Entre 2017 et 2021, les autorités colombiennes ont intercepté au moins 17,7 tonnes de cocaïne à destination d'Anvers dans cinq grands ports.

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