Deux hommes de nationalité suédoise ont été abattus lundi soir vers 19h à proximité du square Sainctelette au centre de Bruxelles par un homme tirant à la ronde avec une arme de guerre. Une troisième victime, un chauffeur de taxi, a été blessé mais est désormais hors de danger. L'auteur présumé des faits a ensuite diffusé une vidéo dans laquelle il revendique l'attentat au nom de l'État islamique. Le niveau de la menace a été relevé à 4 en Région de Bruxelles-Capitale et à 3 pour le reste du pays, indiquait le Centre de crise national dès lundi soir. Le match de football qui opposait les Diables rouges à la Suède, au stade Roi Baudouin, a été suspendu à la mi-temps lundi soir et les supporters suédois escortés par la police. L'enquête a été confiée au parquet fédéral en raison de la potentielle motivation terroriste de l'auteur de l'attaque, qui était connu de la police. Une perquisition à son domicile à Schaerbeek dans la nuit n’a pas permis de l’arrêter. Mais ce mardi matin, la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden a confirmé à VRT NWS que le suspect a été abattu dans un café à Schaerbeek et que l’arme meurtrière a été retrouvée à cet endroit. Le Tunisien de 45 ans, en séjour illégal en Belgique, serait décédé sur le chemin de l’hôpital. Une information confirmée par le parquet fédéral.
Un attentat a fait deux morts à Bruxelles, le niveau de la menace relevé dans tout le pays, le suspect a été abattu
Sur une vidéo enregistrée par un riverain, on aperçoit un homme vêtu d'une veste orange fluo et un casque blanc, une arme de guerre à la main. Descendu d'un scooter, il a tiré à plusieurs reprises en rue avant de poursuivre des personnes parties se réfugier dans le hall d'entrée d'un immeuble. Les faits se sont produits lundi vers 19h15. Outre les deux personnes tuées, l'assaillant a fait une autre victime, un chauffeur de taxi, désormais hors de danger.
Le suspect, qui a revendiqué son appartenance à l'État islamique dans plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux, a été identifié en soirée. Dans une autre vidéo, il s’est filmé se vantant d'avoir tué trois Suédois, la nationalité constituant une "motivation probable" de son acte, selon le parquet fédéral.
La Suède affrontait la Belgique lundi à 20h45 au stade Roi Baudouin à Bruxelles dans le cadre des éliminatoires de l'Euro 2024. Le match a été interrompu à la suite de l'attaque. Les supporters ont dans un premier temps été priés de rester dans le stade par mesure de sécurité avant que l'arène ne soit progressivement évacuée à partir de 23h45. Ce mardi matin, des mesures policières renforcées étaient aussi prises à l’aéroport de Zaventem, pour assurer un retour en toute sécurité aux quelque 400 supporters suédois venus assister au match.
La nationalité suédoise des victimes comme motif ?
La Suède et le Danemark ont été le théâtre cet été de différents actes de profanations du Coran, qui ont déclenché une vague d'indignations internationales et provoqué des tensions entre ces pays scandinaves et plusieurs pays musulmans du Moyen-Orient. Le Premier ministre Alexander De Croo a présenté ses condoléances à son homologue suédois, Ulf Kristersson, à la suite de l'attaque "contre des citoyens suédois". Il se pourrait donc que la nationalité des deux victimes (qui portaient un vêtement les identifiant comme des supporters de l’équipe suédoise) soit un des motifs de l’acte terroriste à leur encontre.
Le Centre de crise national et le Premier ministre Alexander De Croo ont appelé la population bruxelloise à faire preuve de vigilance et à éviter les déplacements inutiles lundi soir et ce mardi également. La France a, de son côté, renforcé les contrôles à la frontière avec la Belgique, a précisé le ministre de l'Intérieur français, Gérald Darmanin.
Le niveau de la menace passe à 4 à Bruxelles
A la suite de l’attaque à caractère terroriste, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (Ocam) a décidé de relever le niveau général de la menace lundi soir du niveau 2 (menace "moyenne") à 3 ("grave") dans toute la Belgique et à l’échelon maximal (4) à Bruxelles. Le risque était donc considéré "très grave" et "imminent" étant donné que le suspect était toujours en fuite.
Ce dernier avait pu être identifié en fin de soirée et une perquisition a été menée dans la nuit de lundi à mardi dans la commune bruxelloise de Schaerbeek, au domicile du suspect présumé. L’opération de police, sous la conduite des unités spéciales, a eu lieu avenue Huart Hamoir. L'ensemble d'un bâtiment comportant 20 appartements a été passé au crible mais le suspect n'y a pas été retrouvé.
Le suspect était connu mais pas sur les listes de l’Ocam
Lors d’une conférence de presse donnée ce mardi à 5h du matin, le Premier ministre Alexander De Croo, la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden et le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (photo) indiquaient que le suspect - un Tunisien de 45 ans en séjour illégale en Belgique - était connu de la police pour des faits suspects relevant du trafic d'êtres humains, séjour illégal et atteinte à la sûreté de l'Etat. Mais qu’aucun élément n’avait permis jusqu’à présent de l’inscrire dans la banque de données des personnes radicalisées de l’Ocam. Une réunion du "Joint Information Center" de la police judiciaire d'Anvers devait toutefois se tenir ce mardi à son sujet.
En juillet 2016, des informations avaient été transmises à la Belgique par un service de police étranger, selon lesquelles l'homme affichait un profil radicalisé et voulait partir vers une zone de conflit pour y mener le djihad, un cas courant à cette époque marquée par la menace terroriste et la lutte contre l'Etat islamique, organisation terroriste qui sévissait en Syrie et en Irak et à laquelle se sont joints des milliers de personnes venant d'autres pays. "Ce type de notification était légion: des dizaines de rapports de cette nature en cette période de crise de terreur", a souligné Vincent Van Quickenborne. "Cela a été vérifié, rien d'autre n'a pu être fait avec cette information. En outre, pour autant que connu de nos services, il n'y avait aucune indication concrète de radicalisation. C'est pourquoi cette personne ne figurait pas sur la liste de l'OCAM".
Cette année, l'homme a pourtant fait parler de lui et attiré l'attention de la police. Il a menacé un occupant d'un centre d'asile en Campine via les réseaux sociaux. Cette personne l'a dénoncé et a affirmé que l'intéressé avait été condamné pour des faits de terrorisme en Tunisie. La police judiciaire d'Anvers a voulu l'interroger et a convoqué le 15 octobre une réunion du "JIC" (une structure qui vise à rassembler les informations pertinentes en cas de danger terroriste concret) en raison de la mention de cette condamnation. Hasard du calendrier, cette réunion devait avoir lieu ce mardi. Elle obéissait d'abord à un souci de précaution. "Il n'était pas question d'une menace terroriste concrète et imminente", a souligné le ministre.
Entretemps, il est apparu que la condamnation en question portait sur des faits de droit commun et non de terrorisme. L'individu a également été repéré à une reprise dans une mosquée de Bruxelles en 2022. La "taskforce locale" de Bruxelles en a été avisée. Aucune mesure particulière n'a été prise. En novembre 2019, l’homme avait introduit une demande d'asile qui a reçu une réponse négative en octobre 2020. Il a ensuite "disparu des radars", selon la Secrétaire d'Etat à l'Asile, Nicole de Moor. Le 12 février 2021, il a été radié du registre national et n'a, à aucun moment, séjourné dans un centre de Fedasil. Le fait qu'il ne pouvait plus être localisé n'a pas permis d'organiser son retour vers son pays d'origine. L'ordre de quitter le territoire établi en mars 2021 n'a jamais pu être délivré.
Certaines écoles flamandes à Bruxelles fermées
Lors de la conférence de presse de ce mardi matin, le Premier ministre indiquait qu’aucune mesure de fermeture des écoles à Bruxelles n’a été prise à la suite de l’attaque terroriste. Le niveau 4 de la menace n’implique pas automatiquement la fermeture des écoles et aucune menace spécifique n’aurait plané sur elles, selon l’Ocam. Les écoles francophones sont donc restées ouvertes ce mardi.
Selon plusieurs médias, les écoles des institutions européennes à Bruxelles sont par contre fermées ce mardi. Le réseau des écoles d'éducation communautaire flamandes (GO!) décidait aussi lundi soir de maintenir ses établissements fermés ce mardi et de donner cours aux élèves à distance. Le réseau des écoles catholiques flamandes n’a pas pris cette mesure de fermeture. Le ministre flamand de l’Enseignement, Ben Weyts, déclarait d’ailleurs ce mardi qu’il n’y avait pas de raison de fermer les écoles néerlandophones de Bruxelles.
L'Université libre de Bruxelles (ULB) a de son côté décidé de renforcer la sécurité sur ses campus. En revanche, les activités d'enseignement et de recherche sont maintenues. La Vrije Universiteit Brussel (VUB) a, par contre, décidé d'assurer le suivi des cours de manière numérique ce mardi. Il s'agit d'une des mesures prises par la cellule de crise de la VUB.
Le gouvernement et la Cellule de crise décidaient de ne pas déployer de militaires dans les rues de Bruxelles. Les transports en commun (Stib, De Lijn et SNCB) y fonctionnent de façon normale. A l’aéroport de Zaventem, la sécurité est renforcée mais les vols assurés normalement.




