C’est bien au sein de l’entreprise Redwire Space, installée à Kruibeke en Flandre orientale, que sont actuellement assemblés et testés deux prestigieux satellites de l’Agence spatiale européenne ESA. Ensemble, ils forment le Proba-3. Ces satellites seront lancés l’an prochain dans l’espace pour étudier le soleil. Ils devront voler de façon parfaitement synchronisée, ce qui exige donc un travail de préparation d’une minutieuse précision. VRT NWS a pu visiter, en primeur, la chambre stérile de Redwire Space où sont assemblés ces satellites.
Deux nouveaux satellites solaires de l'Agence spatiale européenne sont construits à Kruibeke
L’entreprise Redwire Space à Kruibeke (photo) produit des satellites entiers et le gros équipement pour satellites, y compris des ordinateurs de bord, des unités de contrôle et de distribution de l’énergie. Elle possède deux grandes chambres stériles et de multiples laboratoires de travail qui lui permettent de contribuer à l’infrastructure de l’Agence spatiale internationale, en construisant notamment des instruments scientifiques sophistiqués et des systèmes de support de vie qui rendent possible des missions à long terme avec équipage.
Redwire Space développe aussi le Mécanisme international d’accostage et d’amarrage (IBDM). L’entreprise emploie 180 personnes à Kruibeke, essentiellement des ingénieurs provenant de divers pays européens. Elle a dû doubler son personnel en cinq ans d’activité.
A l’heure actuelle, Redwire Space effectue l’assemblage et les tests pour la prochaine mission dans l’espace de l’ESA, qui étudiera le soleil. C’est un projet ambitieux car la mission Proba-3 consiste en deux satellites qui doivent se déplacer dans l’espace de façon parfaitement synchronisée, à 144 mètres de distance l’un de l’autre. La marge d’erreur n’est que d’un millimètre !
"C’est comme si l’on tirait une flèche d’une distance de 150 mètres et qu’on ne pouvait dévier du but que d’un millimètre", expliquait l’ingénieur de l’ESA Andrea Santovincenzo à VRT NWS. "Et il faut y parvenir alors qu’on vole à du 3.600 à 36.000 km/heure dans l’espace. Autant dire que c’est extrêmement difficile".
Simuler une éclipse totale du soleil
Les satellites étudieront la couronne solaire, c’est-à-dire l’atmosphère excessivement chaude autour du soleil. C’est la couronne que l’on aperçoit lorsqu’une éclipse totale du soleil se produit, lorsque la lune se place devant le soleil, vu de la terre. "Comme ce phénomène ne se produit que rarement, nous allons créer de façon artificielle une éclipse du soleil", précisait l’ingénieur Stijn Ilsen de Redwire Space.
L’ESA y parviendra en faisant voler un satellite à exactement 144 mètres de distance de l’autre. De cette façon, le satellite qui se trouve devant (l’Occulteur) réalise une éclipse du soleil permanente pour l’autre satellite qui se trouve derrière (photo). Ce dernier est équipé d’un coronagraphe, un téléscope qui permet d’observer la couronne solaire. L’atmosphère extérieure du soleil possède une chaleur de plusieurs milliers de degrés, alors que sa surface est jusqu’à 200 fois moins chaude. Un phénomène paradoxal que les astronautes n’ont pas encore pu expliquer complètement.
Les satellites de Proba-3 voleront sur une orbite allongée autour de la terre, à une distance de 600 à 60.000 km de notre planète. Selon l’ESA, c’est la première fois que deux satellites voleront en duo avec une telle précision, comme s’ils étaient attachés l’un à l’autre.
La mission aura lieu grâce à une collaboration entre 15 états membres de l’Agence spatiale européenne, sous la direction de l’entreprise espagnole Sener. Le coronagraphe a été développé sous la direction du Centre Spatial de Liège, en Wallonie. Le lancement de Proba-3 est planifié pour le milieu de l’an prochain, avec une fusée indienne.

