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Le Tyne Cot Cemetery à Zonnebeke.

Pourquoi la reconnaissance par l'Unesco des sites funéraires de la Grande Guerre était-elle si importante pour la Flandre ?

La décision a été prise mercredi, lors de la session annuelle du Comité du patrimoine mondial qui se tenait à Riyad, en Arabie saoudite : 139 sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale ont intégré le patrimoine mondial de l'Unesco. Ces sites sont au nombre de 27 en Flandre, ils sont situés dans la région du Westhoek. Seize sites ont aussi été reconnus en Wallonie et 96 en France. La Flandre s’est efforcée pendant de longues années d'obtenir cette reconnaissance. D’un point de vue symbolique, elle revêt une grande importance, bien qu'elle n’ait pas de conséquences concrètes.

Eric Steffens
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Dans sa chanson "Duizend soldaten" (Des milliers de soldats), l'artiste flamand Willem Vermandere qui habite à Steenkerke, près de Furnes (Flandre occidentale), résume bien ce que ressentent les habitants de sa région face à la l’atrocité de la Première Guerre mondiale : "Toujours le père de quelqu'un, toujours l'enfant de quelqu'un qui ne sont pas revenus".

Plus de 100 ans plus tard, les traces du conflit meurtrier sont toujours présentes dans le Westhoek avec les nombreux cimetières et mémoriaux dédiés aux disparus qui jalonnent le paysage. Des lieux où des visiteurs du monde entier viennent se recueillir.

La Flandre tentait depuis longtemps de faire reconnaître ces lieux de mémoire comme des sites du patrimoine mondial de l'Unesco, et elle y est finalement parvenue.

Ces sites correspondent à des cimetières et mémoriaux construits par les Nations belligérantes sur les champs de bataille au lendemain du conflit.  Ils sont au nombre de 16 en Wallonie, 96 en France et 27 en Flandre (voir la carte ci-dessous).

 

Avec presque 12.000 tombes et 35.000 noms de personnes disparues, le cimetière Tyne Cot de la CWGC (Commonwealth War Graves Commission) est le plus grand cimetière du Commonwealth au monde, témoin silencieux de la bataille de Passchendaele.

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Le dossier avait été introduit une première fois il y a 5 ans, mais le Comité de l’Unesco avait décidé en 2018 de mener d’abord une réflexion sur les dossiers qui ont un lien avec des conflits récents ou "des souvenirs négatifs", et ce afin d’éviter que la reconnaissance comme patrimoine mondial ne serve des fins politiques et empêche, par exemple, la réconciliation de pays autrefois en guerre.

Mais après réflexion, le Comité de l’Unesco a décidé qu’il y avait une place pour ce genre de dossiers sur la liste du Patrimoine mondial, en particulier parce que ces lieux de mémoire portent le message : "plus jamais de guerre".  

Le cimetière militaire allemand de Vladslo.

Il est très important que nous puissions continuer à faire connaître l'histoire universelle de la Première Guerre mondiale

Matthias Diependaele (N-VA), ministre flamand du Patrimoine.

Le ministre flamand du patrimoine, Matthias Diependaele (N-VA), s'est réjoui de la décision du Comité de l’Unesco : "En Flandre, la commémoration de la Première Guerre mondiale est une tradition vivante qui fait désormais partie de notre identité. Il suffit de penser au Last Post qui retentit chaque soir à la Porte de Menin à Ypres", a-t-il déclaré.

"Il est très important que nous puissions continuer à faire connaître l'histoire universelle de la Première Guerre mondiale, une histoire qui relie les gens du monde entier entre eux et avec notre région", poursuit-il. "Le grand nombre de touristes de mémoire qui visitent le Westhoek chaque année montre que nous racontons une histoire universelle. La Flandre se met en avant avec ce message de paix".

La Parc irlandais de la paix à Messines.

Cette reconnaissance n'a pas été facile à obtenir. La Flandre se bat pour l'obtenir depuis plus de 15 ans.

Matthias Diependaele (N-VA), ministre flamand du Patrimoine.

"Dans ce genre de dossier, on ne s’y prend pas du jour au lendemain", explique Matthias Diependaele. "C'est un travail de longue haleine, il faut du temps pour parvenir à un projet soutenu par de nombreuses personnes, un projet commun dans lequel chacun peut reconnaître son identité et sa culture. Je suis fier de pouvoir maintenant terminer la campagne que mon prédécesseur Geert Bourgeois avait initiée.

Le cimetière militaire français Saint Charles de Potyze à Ypres.

C'est avant tout une reconnaissance symbolique.

Dominiek Dendooven - In Flanders Fields Museum

La décision du Comité de l'Unesco n'a pas de conséquences concrètes. Le patrimoine mondial est une reconnaissance symbolique mais qui a un grand prestige, elle n'est pas assortie d'un prix en espèces. Dominiek Dendooven, collaborateur scientifique du musée In Flanders Fields à Ypres, note que le Westhoek "est déjà de facto un site du patrimoine mondial, puisque des victimes de 125 pays y sont enterrées". Dans la pratique, la reconnaissance de l'Unesco ne change donc pas grand-chose. Il la considère comme une confirmation plutôt qu'un "couronnement".

Les cimetières de la Première Guerre mondiale ont fait en sorte que, pour la première fois, des soldats morts ont reçu une tombe portant leur propre nom. Cette commémoration individuelle n'existait pas auparavant. Aujourd'hui, ils sont des lieux de rencontre et peuvent contribuer à la paix et à la réconciliation, souligne Dominiek Dendooven.

La Commonwealth War Graves Commission, l'organisme britannique chargé de la gestion des cimetières du Commonwealth, s'est félicitée de la décision de l'Unesco : "Grâce au statut de patrimoine mondial, l'importance mondiale de ces "lieux de silence" et la nécessité de commémorer en permanence les morts de la guerre sont reconnues".

 

La Porte de Menin à Ypres.

Un élan supplémentaire au tourisme de mémoire dans la région

"Cette reconnaissance apportera sans aucun doute un élan supplémentaire pour que nous puissions continuer à porter le message de la paix chez nous et à l'étranger avec tous les autres partenaires", déclare-t-on à Toerisme Vlaanderen.

Lors des commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, 2,8 millions de personnes ont visité le Westhoek. "Plus de la moitié d'entre elles venaient de l'étranger", rapporte Stef Gits, porte-parole de Toerisme Vlaanderen. "En raison de la pandémie de Covid et du Brexit, le tourisme de mémoire a souffert, mais cette tendance s'est à nouveau inversée depuis."

L’Office de Tourisme de la Flandre a immédiatement fait appel à son réseau étranger pour diffuser la nouvelle auprès d'importants médias étrangers. La reconnaissance de l'Unesco sera bien entendu ajoutée aux futures campagnes promotionnelles. "C'est un énorme coup de pouce pour nous", déclare Stef Gits.

Il s'agit de la 16e inscription de notre pays sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Voici tous les sites reconnus, avec l'année d'inscription entre parenthèses :

  1. Les 13 béguinages flamands : Hoogstraten, Lierre, Groot Begijnhof à Malines, Turnhout, Saint-Trond, Tongres, Termonde, Klein Begijnhof à Gand, Sint-Amandsberg, Groot Begijnhof à Louvain, Diest, Bruges et Courtrai (1998)       

  2. La Grand Place de Bruxelles (1998)

  3. Les quatre ascenseurs à bateaux sur le Canal du Centre (1998)

  4.  Les 56 beffrois en Belgique et en France (1999 et extension en 2005)

  5. Le centre historique de Bruges (2000)

  6. La cathédrale Notre-Dame de Tournai (2000)

  7. Quatre habitations Art nouveau de l'architecte Victor Horta à Bruxelles : l'hôtel Tassel, l'hôtel van Eetvelde, l'hôtel Solvay et la maison et l'atelier Horta (2000)

  8. Les mines de silex néolithiques de Spiennes près de Mons (2000)

  9. L'imprimerie et le musée Plantin-Moretus à Anvers (2005)

  10. Les forêts de hêtres anciennes et préhistoriques des Carpates et d'autres régions d'Europe, réparties dans 12 pays. En Belgique, trois parcelles de réserve forestière dans la forêt de Soignes (2007 et extension en 2011 et 2017)

  11. La maison art-déco Palais Stoclet à Bruxelles, de l'architecte Josef Hoffman (2009)

  12. Quatre grands sites d'extraction de charbon en Wallonie : Grand-Hornu, Bois-du-Luc, Bois du Cazier et Blegny-Mine (2012)

  13. La maison Guiette à Anvers, de l'architecte Le Corbusier, dans le cadre de l'ensemble de ses réalisations dans différents pays (2016)

  14. La ville de Spa, avec 10 autres "Grandes villes d’eaux d’Europe", en République tchèque, en Allemagne, en Autriche, en Italie, en France et en Grande-Bretagne (2021)

  15. Les Colonies de bienfaisance avec trois "colonies de Weldadigheid" néerlandaises (2021)

  16. Les sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale (Front Ouest) (2023)

Vous trouverez la liste complète des nouvelles inscriptions au patrimoine mondial de l'UNESCO en cliquant sur ce lien .

Porte de Menin à Ypres

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