Un Belge sur quatre, soit près de trois millions de patients, a consommé au moins un psychotrope (benzodiazépine, somnifère, antidépresseur, antipsychotique, psychostimulant...) en 2022, indique lundi le SPF Santé publique. Face à cette consommation en hausse de psychotropes, jugée "alarmante" par le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, une nouvelle campagne de sensibilisation à destination des professionnels de la santé a été lancée lundi, afin d'évoluer vers un usage plus adéquat de ces traitements.
Un Belge sur quatre a consommé des psychotropes l’an dernier, Frank Vandenbroucke lance une campagne de sensibilisation
En cinq ans, le nombre de psychotropes délivrés en Belgique a grimpé de près de 70%. En 2022, ce sont 812 millions de ces médicaments qui ont été délivrés dans le pays, dont 370 millions d'antidépresseurs, 55 millions d'antipsychotiques et 17 millions de psychostimulants. Près d'un million de Belges ont par ailleurs déjà pris un somnifère l'an dernier.
Si ces médicaments peuvent s'avérer nécessaires dans certains cas, leur utilisation sans prise en charge adéquate peut mener à des risques d'accoutumance et de dépendance, rappelle le ministre Frank Vandenbroucke.
Dans ce cadre, le SPF Santé publique lance une campagne de sensibilisation à destination des professionnels de la santé. L'objectif est de mener d'abord le patient vers des traitements non-médicamenteux, de rappeler la nécessité d'évaluer un traitement adéquat en cas de recours aux psychotropes et d'élaborer un plan de traitement partagé entre les différents professionnels de la santé, tout en rappelant aux patients les effets secondaires et les dangers de ces médicaments.
Une coopération entre médecins, pharmaciens et psychologues cliniciens
La nouveauté de cette campagne concerne la collaboration entre les médecins généralistes, les pharmaciens et, pour la première fois, les psychologues cliniciens. L'objectif de cette coopération est de permettre une sensibilisation par tous les acteurs de la santé et une plus grande transparence sur la prise en charge des patients.
Dans le cadre de cette campagne, un site web usagepsychotropes.be a été lancé avec des pages spécifiques dédiées à chaque acteur concerné pour mieux aider les patients à éviter de tomber dans l'usage de ces médicaments. "Ne pas commencer la prise de psychotrope reste la priorité", ajoute Thierry Christiaens de BelPEP, la Belgian Psychotropics Experts Platform.
La directrice générale du DG soins de santé Sabine Stordeur estime que cette campagne sera plus efficace que les cinq précédentes réalisées ces vingt dernières années. "L'ajout des psychologues cliniciens dans la campagne permettra une plus large collaboration multidisciplinaire, nécessaire dans le cadre des soins de santé mentale", explique-t-elle. Elle ajoute que des mesures plus contraignantes pourraient être prises à l'avenir comme la réduction des volumes de médicaments disponibles ou encore l'achat de produits à l'unité.
Un budget supplémentaire de 330 millions d'euros
Frank Vandenbroucke a pour sa part rappelé les investissements du fédéral pour les soins de santé mentale. "330 millions d'euros supplémentaires ont été mis sur la table dont 165 millions pour une nouvelle convention de soins psychologiques de première ligne, permettant aux citoyens de bénéficier d'une première séance gratuite et de dix séances à moindre prix. Et 165 millions d'euros sont budgétés pour le service d'accueil de crise", explique le ministre de la Santé.
