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Une nouvelle exposition au MAS consacrée à la vie des Anversois ordinaires pendant la Seconde Guerre mondiale

"Ville en guerre. Anvers 1940-1945", c'est le titre de la nouvelle exposition permanente qui a été inaugurée jeudi dernier au MAS (Museum aan de Stroom - le musée au bord du fleuve). À partir de témoignages et d'objets, elle raconte comment Anvers a vécu et survécu à l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. "Plus de 300 témoignages d’Anversois ordinaires sur cette période ont ainsi été récoltés par le musée",  a expliqué la directrice du MAS, Lies Buyse.

Eric Steffens Belga
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Comme le reste de la Belgique, Anvers a rapidement été prise par les Allemands, en mai 1940. La ville n'a pas été épargnée par l'horreur de la guerre dans les années qui ont suivi. De nombreux habitants ont fui, les droits humains et les libertés fondamentales ont été bafoués, des pénuries alimentaires ont fait rage, les citoyens juifs et les dissidents ont été discriminés et déportés. À la fin de la guerre, Anvers a été la cible de bombardements lourds et meurtriers notamment par les bombes volantes les V1 et V2. Entre-temps, certains Anversois ont rejoint la résistance, tandis que d'autres se sont rangés du côté des forces d'occupation.

Au moins 25 000 personnes sont mortes des suites de violence, de la persécution des Juifs et de la terreur nazie. L'occupation de la ville a eu un impact considérable sur ses habitants et sur tous les aspects de la société. Pour rendre tangible cette période sombre, le MAS a recherché des récits d'anversois ordinaires. Le musée a reçu pas moins de 300 témoignages provenant d'habitants du centre-ville et des quartiers périphériques et 50 personnes ont fait don d'un ou plusieurs objets au MAS.

L'exposition "Ville en guerre" tente de rassembler toutes ces histoires de manière chronologique et thématique, en mettant l'accent sur les témoignages de victimes. "Grâce à ces histoires personnelles et aux recherches scientifiques des conservateurs, nous avons obtenu une image complète de la vie durant l'occupation", explique Leen Beyers, conservatrice de l'exposition. "Certains des objets que nous exposons ont été conservés et chéris par des familles pendant 80 ans. Ils sont précieux et chargés d'émotion. Nous sommes très heureux et reconnaissants que ces pièces aient été confiées au musée".

Actes de résistance

L'une des pièces les plus remarquables de l’exposition est un drapeau allemand déchiré portant la croix gammée. "C'était l'un des premiers drapeaux nazis accroché à Anvers, mais il n'y est pas resté longtemps", explique Leen Beyers. "Nous avons obtenu ce drapeau grâce à René Pighini. Il était accroché à la cathédrale. Le résistant Louis Pighini, le père de René, est parvenu à enlever ce symbole de l’occupant du clocher. Pendant tout ce temps, le petit René avait monté la garde. Père et fils ont réussi leur mission et ont gardé le drapeau caché pendant toute la durée de l'occupation".

La conservatrice Leen Beyers fait également l'éloge de Louis Pighini pour une autre raison. "Pighini était photographe. Pendant l'occupation, il a pris d'innombrables clichés de la vie quotidienne dans la ville, mais aussi des installations allemandes. C'est d'autant plus remarquable que les Allemands interdisaient que l’on prenne des photos. Mais c'est en partie grâce à lui que nous disposons d'une riche collection d’illustration sur la vie à l'époque."

A côté de Louis Pighini, de nombreux autres Anversois ont commis des actes de résistance, petits ou grands. "Leon Ceulemans est l'un d'entre eux", explique Leen Beyers. "C'était un croque-mort qui imprimait un journal clandestin sur la presse qu'il utilisait également pour imprimer les faire-part de décès. Cette presse est restée dans la cave de sa famille pendant 80 ans et a maintenant sa place au musée.

Des témoignages et des objets

Le MAS a pu enregistrer plusieurs autres témoignages de personnes, âgées 90 ans ayant vécu la guerre. Ces témoignages peuvent être vus à côté de la cinquantaine d'objets que le musée a reçus en prêt de la part des témoins ou de leurs familles. "Ces récits sont au cœur de l'exposition. Deux de ces objets quotidiens qui illustrent bien la vie pendant la guerre sont le tablier et les chaussures de Hilda Janssens. Elle avait deux ans à l’époque et s'était enfuie avec sa mère et sa sœur. Lors d'une escale à Hemiksem, elles ont passé la nuit chez des parents. Là, une grenade a explosé dans la cuisine. Elle le tablier et les chaussures de la petite fille ont été troués par des éclats. Heureusement, tout le monde se trouvait dans la cave à ce moment-là".

D’autres objets plus imposants sont aussi visibles comme ce missile V1 offert par les Etats-Unis après la guerre. Il faut dire qu’ Anvers et son port ont été durement touchés par ces armes nazies de la dernière chance, ainsi le bombardement du cinéma Rex, survenu le 16 décembre 1944, constitue l'attaque de missile la plus meurtrière avec 567 morts.

D’autres histoires sont relatées, parmi lesquelles celles des résidents juifs Natan Ramet, Harry Klagsbald, et de la résistante Octavie Van Gaever.

"Nous ne glorifions ni ne condamnons, mais les victimes occupent une place centrale dans l'exposition", note l'échevine de la Culture, Nabilla Ait Daoud (N-VA). "Nous racontons un récit historique important, qui reste d'ailleurs d'actualité : en Ukraine, la liberté de l'Europe est une fois de plus en jeu", a-t-elle ajouté. Cette exposition est l'un des projets menés par la Ville en souvenir des victimes de la Seconde Guerre mondiale.

Anvers se souvient

Les 300 témoignages et objets récoltés ne peuvent pas tous être présentés à l'exposition. Mais ces récits seront racontés d'une autre manière. Par exemple, des histoires méconnues de la Seconde Guerre mondiale apparaissent régulièrement sur le site Antwerpen herdenkt (Anvers se souvient), qui peut être consulté en français également.

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