A neuf mois des élections, de nombreux politiciens font des rêves. Le président de la N-VA Bart De Wever veut former un large parti populaire conservateur et devenir ainsi le plus grand parti flamand. Le PS veut introduire un impôt sur la fortune, mais n’accepte pas de discuter du rêve confédéral de la N-VA. Alexander De Croo rêve de redevenir Premier ministre. Son parti, l'Open VLD, rêve de créer la "surprise lors des élections", et enfin Georges-Louis Bouchez (MR) rêve de tartes savoureuses. Lisez l’analyse d’Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT.
Ivan De Vadder : "A quoi rêvent nos politiques pour 2024 ?"
1. Le rêve de devenir le plus grand parti flamand
Le rêve de Bart De Wever est donc de créer un grand parti conservateur et nationaliste. Il est intéressant de constater que cette réorientation politique a déjà été évoquée à plusieurs reprises.
Els Van Doesburg, échevine N-VA, suggère de faire revivre le cartel entre le CD&V et la N-VA. Bart De Wever aurait tout intérêt à disposer d’un système majoritaire, qui créerait automatiquement des partis plus importants. Il a ajouté qu'il mettrait le CD&V et l'Open VLD à genoux et qu’il les ferait tout accepter. Il pense que l'électorat remanierait les partis après 2024 et veut donc maintenant prendre le contrôle de l’aile droite de ces partis avant les élections. En effet, à la lumière des derniers sondages, la coalition actuelle N-VA-Open VLD-CD&V, en Flandre ne disposerait plus de sa majorité après 2024.
Disons que la stratégie n'est pas toujours claire, si ce n'est que la N-VA veut tout mettre en œuvre pour devenir le plus grand parti flamand, afin de couper l'herbe sous les pieds du Vlaams Belang.
En tant que premier parti après les élections, le Vlaams Belang aurait l'initiative de former un gouvernement flamand. C'est une étape que la N-VA veut éviter, peut-être parce que certains de ses militants pensent également que la N-VA devrait former ce gouvernement, lorsqu'elle dispose d'une majorité avec le Vlaams Belang au Parlement flamand, sans avoir à compter sur un troisième parti.
Or dans l’hebdomadaire Humo, Bart De Wever a qualifié le Vlaams Belang de "mélanome de la Flandre", réduisant ainsi à néant ses déclarations antérieures. Dans le passé, la N-VA a régulièrement laissé entendre qu'elle pourrait coopérer avec Vlaams Belang, à condition que ce parti "fasse le ménage" et se débarrasse de quelques figures de proue. Mais à neuf mois des élections, Bart De Wever ne réalise que trop bien qu'une collaboration avec le Vlaams Belang exclurait son parti de toute participation à un gouvernement fédéral, or c'est à ce niveau qu'il veut réaliser le confédéralisme, ce qui devrait lui donner sa place dans l'histoire.
C'est ce qui ressort d'une interview de quatre pages parue dans le journal francophone La Libre Belgique. Un confédéralisme que le PS a toutefois encore rejeté ce week-end.
2. Le rêve d'un renouveau en politique
Sammy Mahdi, le président du CD&V, a rejeté l'idée d’alliance de la N-VA, estimant que les deux partis ne s'accordent pas en termes de contenu et parce qu'il "trouve la stratégie de la N-VA peu plausible".
Dans l’émission "De zevende dag" dimanche, Tom Ongena, le président en exercice des libéraux flamands, a également rejeté l'offre parce que l'Open VLD n'est pas d'accord avec la définition d'un "parti nationaliste conservateur". Mais Vincent Stuer, qui s'est imposé comme le premier challenger pour l'élection présidentielle de l’Open VLD, constate que "sur le flanc droit des libéraux flamands, certains déçus quittent le parti". C'est ce qu'il a déclaré à Het Laatste Nieuws, bien que Vincent Stuer ne pense pas qu'à cause de ces quelques membres qui partent, "l'Open VLD perdra encore des voix".
Mais avec ces défections - un phénomène qui a toujours existé - peut-on vraiment encore parler de la formation grand parti conservateur qui devrait atteindre 40 % aux élections de 2024, comme l’espère Bart De Wever ? La raison de ces défections est une règle implacable en matière d'élections : dans un parti qui n'atteint pas les 10%, seule la tête de liste est assurée d'une place éligible.
Les députés de l'Open VLD veulent déjà appliquer cette loi. Ainsi, Vincent Stuer souhaite que toutes les têtes de liste soient "de nouvelles personnes issues de l'intérieur ou de l'extérieur du parti" d'ici 2024. Les personnalités connues ne viendraient alors qu'en deuxième position. Vincent Stuer s'appuie sur une idée de l'ancien président des socialistes flamands John Crombez, qui a ainsi fait entrer au Parlement des nouveaux venus prometteurs, comme Conner Rousseau lui-même.
Lorsqu'on a demandé à Vincent Van Quickenborne, vice-premier ministre Open VLD, lors de l’émission dominicale "De zevende dag", s'il accepterait de se présenter en deuxième position face à un nouveau venu, il n'a pas semblé enthousiaste. Il a répondu qu'il ne recommanderait pas de placer des personnes expérimentées, comme le Premier ministre Alexander De Croo, en deuxième place. Par ailleurs, Van Quickenborne a également laissé entendre que d'autres libéraux que Vincent Stuer ou Tom Ongena seraient candidats à la présidence de l’Open VLD.
3. Le rêve du Premier ministre
Alexander De Croo souhaite redevenir Premier ministre. Il l'a confirmé dans plusieurs interviews ce week-end. Dans ces interviews, il dépeint le tableau selon lequel lui, en tant que Premier ministre - et presque le seul -, essaie de collaborer avec d'autres politiciens et d'autres partis, en adoptant une attitude positive. Il oppose ce tableau au "pessimisme" de Bart De Wever qui, avec sa proposition de former un grand parti conservateur, "favorise le blocage qui mène à une impasse".
Il est clair qu'en tant qu'électeurs potentiels, on nous propose des schémas qui devraient nous conduire à un choix électoral : soit la N-VA qui peut "enfin" changer le pays grâce à la force d'un grand bloc, soit un Premier ministre libéral qui en a assez des querelles et qui préconise la collaboration.
Mais dans son gouvernement, cette coopération est un mirage : les ministres se sont séparés en juillet dernier sans accord sur une réforme fiscale pourtant indispensable, un débat qui ne sera pas rouvert, a déclaré le Premier ministre à VTM News. Et le débat sur l'immigration dans "De zevende Dag", sous le titre "Chacun sa vérité", a montré une fois de plus à quel point les partis au gouvernement sont peu nombreux à rechercher des solutions communes.
4. Georges-Louis Bouchez entarté
Le président du MR a été entarté samedi dans une librairie de Liège, lors d'une séance de dédicace de son livre. Il a annoncé qu'il porterait plainte, estimant notamment qu'il n'était "pas normal de s'en prendre à quelqu'un physiquement". "La violence ne peut pas être banalisée", a-t-il déclaré.
Or, sur une vidéo partagée sur les réseaux sociaux, on voit Georges-Louis Bouchez étaler les restes de la tarte à la crème sur le crâne de son entarteur, maintenu au sol par des vigiles et vraisemblablement un policier en civil. En politique, cela s'appelle "rendre la monnaie de sa pièce". Et c'est une stratégie assez fréquemment utilisée en politique.
