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Christian Silvain dans son atelier à Kluisbergen

Le peintre belge Christian Silvain remporte un procès contre un contrefacteur chinois millionnaire

Le peintre belge Christian Silvain (72 ans), originaire de la ville germanophone d’Eupen (province de Liège) mais qui travaille depuis de longues années à Kluisbergen dans les Ardennes flamandes, a gagné un procès pour plagiat en Chine. Un tribunal de Pékin a condamné l'artiste Ye Yongqing, devenu célèbre grâce au plagiat, à payer 650.000 euros de dommages et intérêts à l’artiste belge et à présenter ses excuses dans le plus grand quotidien chinois.

Anne François Belga
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Artiste majeur de la scène contemporaine, Christian Silvain (vidéo) a commencé à dessiner à 4 ans et à exposer à 21 ans. Il a notamment été influencé par l’œuvre de Paul Delvaux. Après un bref passage par la gravure et la sculpture, il s’est tourné dans les années 1980 vers un art poétique nourri par le monde des enfants autistes et handicapés. Il est ensuite passé à une peinture hyperréaliste, avant de s’orienter en 2002 vers l’acrylique et des œuvres remplies d’objets, de personnages enfantins et d’animaux.

En 50 ans de carrière, il a participé à 450 expositions. Ses œuvres font partie de plus de 70 musées dans le monde. Le roi Albert et la reine Paola possèdent l’une de ses œuvres dans leur collection privée. Une toile de Christian Silvain coûte plusieurs milliers d’euros.

Christian Silvain (photo archives)

Malgré la notoriété internationale du Belge, l’artiste chinois Ye Yongqing est parvenu à se construire une carrière florissante en plagiant les œuvres de Christian Silvain pendant près de 30 ans. Ses toiles ont été vendues aux enchères pour des sommes allant jusqu'à 600.000 euros dans les plus grandes maisons de ventes aux enchères. Il est ainsi devenu millionnaire.

Ye Yongqing aurait découvert le travail du Belge lors d'une exposition à Paris dans les années 1990. Il s'y serait procuré un catalogue qu'il aurait commencé à copier. Il a fallu attendre le début de l'année 2019 pour que Ye tombe de son piédestal. Christian Silvain avait entretemps découvert le plagiat et l’avait révélé dans un journal belge. Les médias chinois ont repris l’information. Les similitudes étant indéniables, l’artiste chinois perdait toute crédibilité. Un musée de Shanghai qui possédait trois toiles de Ye Yongqing les a même détruites et a contacté Silvain pour exposer à la place trois de ses œuvres.

Le journal d'État China Daily a calculé que les œuvres de Ye Yongqing avaient rapporté au contrefacteur près de 15 millions de dollars américains. Un tribunal de Pékin vient d’ordonner à Ye Yongqing de payer 650.000 euros de dommages et intérêts et a publié son arrêt dans le journal. L’artiste chinois doit aussi présenter des excuses publiques dans le journal d’Etat.

A gauche l'oeuvre originale de Silvain, à droite le plagiat de Ye

Arrêt important

D’après Christian Silvain, c’est la première fois qu’un artiste chinois est condamné à de tels dommages et intérêts pour avoir plagié un Européen. La professeure Jozefien Vanherpe (KU Leuven), spécialisée dans les questions de propriétés intellectuelles, estime que l’arrêt du tribunal de Pékin est important. "Un artiste belge qui porte plainte en Chine et qui obtient gain de cause ? Espérons que ce soit une source d’inspiration pour d’autres”.

Vanherpe souligne que l’idée que la contrefaçon chinoise est intouchable est dépassée. "Les lois chinoises concernant les droits d’auteurs ressemblent beaucoup aux nôtres depuis quelques années. C’est nécessaire si la Chine veut que des entreprises internationales investissent sur son territoire. Mais la Chine souhaite aussi se défaire de sa réputation de n’exceller qu’en contrefaçon".

C’est aussi ce qu’estime Philippe Snel, avocat d’affaires établi à Shanghai. "Cette affaire est encore une première, exceptionnelle pour la Chine. Le droit en matière de propriété intellectuelle est cependant déjà un système qui fonctionne bien en Chine. Il y a eu des milliers d’affaires semblables, mais les parties étrangères avaient alors souvent des intérêts ou une entreprise en Chine".

Philippe Snel estime que les dommages et intérêts réclamés à Ye Yongqing sont très élevés. "Sans doute parce que l’artiste était tellement connu et pratiquait des prix très élevés pour ses œuvres, y compris à l’étranger".

A gauche l'original de Silvain, à droite le plagiat de Ye

Sans gêne

Christian Silvain affirme qu’il ne veut pas empocher les dommages et intérêts. "Je vais distribuer l’argent à tous ceux qui m’ont aidé. Je n’ai pas besoin d’en voir un cent. Je voulais juste que le tribunal confirme que cet homme m’a copié sans aucune gêne".

Toute cette affaire a accru la notoriété de l’artiste belge en Chine et lui ouvre de nouvelles portes. "Je n’aime pas prendre l’avion, mais je crains bien de devoir me rendre en Chine maintenant. Des expositions de mes œuvres y sont programmées".

Trois autres exemples: l'original du Belge à gauche, le plagiat de Ye à droite

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