Nulle part en Europe occidentale la solitude des personnes âgées n'a augmenté aussi fortement qu'en Belgique depuis la pandémie de Covid-19. C'est ce qui ressort d'une étude relatée par le site d’information Apache. Le Vlaamse Ouderenraad (Conseil flamand des seniors) n'est pas surpris : "Malgré un plan flamand de lutte contre la solitude, nous constatons qu'il y a trop peu de politique structurelle pour lutter contre la solitude".
Nulle part en Europe occidentale, la solitude des personnes âgées n'a augmenté aussi fortement qu'en Belgique
La pandémie de Covid-19 a eu un impact majeur sur l'ensemble de la société. Les effets se font encore sentir, en particulier parmi les groupes vulnérables tels que les jeunes et les personnes âgées. Selon une nouvelle étude, la solitude des personnes de plus de 65 ans vivant seules, par exemple, a fortement augmenté. La sociologue Katrijn Delaruelle (UGent) a mené ses recherches avec des collègues de l'université d'Anvers et de l'université Erasmus de Rotterdam.
"Nous nous sommes concentrés sur les personnes de plus de 65 ans vivant seules, car nous nous attendions à ce qu'elles soient doublement vulnérables", a-t-elle expliqué lors de l'émission "De ochtend" sur Radio 1. "Tout d'abord en raison de leur âge : pendant la pandémie, il leur a été conseillé de s'isoler socialement. Et parce qu'elles vivent seuls, elles sont en plus exposées au risque de solitude".
Les Européens du Sud encore plus seuls
La solitude a particulièrement augmenté en Grèce, suivie par l'Italie et Malte. Notre pays se classe en quatrième position, ce qui en fait le pays d'Europe occidentale le plus mal loti. Une personne âgée belge sur trois vivant seule se dit plus seule aujourd'hui qu'avant la pandémie.
Selon les chercheurs, le fait que le sentiment de solitude soit plus important dans les pays du sud de l'Europe est lié à la culture familiale qui y occupe une place centrale. "Ainsi, les personnes âgées s'attendent à voir ou à entendre leurs enfants tous les jours. À cause de la pandémie, c'était impossible", explique Mme Delaruelle. En Belgique, ces attentes familiales sont différentes, ce qui n'explique pas l'augmentation dans notre pays.
"Selon nous, cette solitude est liée à un certain nombre de facteurs sociaux et de choix politiques", explique Nils Vandeweghe, du Conseil flamand pour les personnes âgées. "Si la Flandre supprime des lignes de bus de De Lijn, si les guichets automatiques et les magasins physiques disparaissent, s’il y a moins de moyens pour les soins à domicile, il ne faut pas s'étonner que certaines personnes se retrouvent seules.
Qu'en est-il des autres pays européens ? La Suède et les Pays-Bas obtiennent des résultats similaires à ceux de notre pays. Nos autres voisins, le Luxembourg, la France et l'Allemagne, font à peine mieux : environ 20 % des personnes âgées y déclarent être devenues plus seules depuis la pandémie. Les pays qui obtiennent les meilleurs résultats sont les États baltes (deux d'entre eux) et la Bulgarie.
Nécessité d'un véritable dialogue
La pandémie est derrière nous et les mesures d’isolement ont été levées. Pourtant, la solitude des personnes âgées vivant seules a augmenté. Ainsi, la vie associative s'est à peine rétablie : de nombreux bénévoles ont disparu et l'offre est beaucoup moins importante.
"En outre, la pandémie a fortement accéléré un certain nombre de changements sociaux", explique Niels Vandeweghe. "En termes de numérisation par exemple. C'est surtout à un âge avancé, lorsque l'on devient moins mobile, que cet environnement de proximité est très important.
Il existe une distinction entre l'observation objective d'une personne vivant seule et le sentiment de solitude", explique Mme Delaruelle. "La solitude est une expérience subjective. On peut se sentir seul même si l'on dispose d'un vaste réseau social. Par exemple, parce que vous n'êtes pas satisfait de la qualité des relations que vous entretenez avec les autres".
Très reconnaissable selon le Conseil des aînés. "Beaucoup de personnes âgées ne se sentent pas entendues", explique Mme Vandeweghe. "Elles ont l'impression de ne pas être vraiment écoutées. Il y a une différence entre une conversation à bâtons rompus et une véritable conversation. De nombreux projets sur la solitude se concentrent uniquement sur la première. L'accent est mis sur l'aspect social de la solitude, mais la solitude peut aussi être émotionnelle et même existentielle."
Pourquoi pas un ministre chargé de la lutte contre la solitude
La solitude peut avoir des conséquences importantes sur la santé. "Tant sur le plan mental que sur le plan physique", déclare Mme Delaruelle. "Elle peut entraîner une baisse de la qualité de vie et de l'espérance de vie. Une étude récente a même montré que les effets de la solitude sont comparables au fait de fumer 15 cigarettes par jour.
La bonne nouvelle, c'est que l'on s'intéresse de plus en plus à la solitude. "L'Organisation mondiale de la santé (OMS), par exemple, l'a reconnue comme un risque majeur pour la santé", poursuit-elle. "La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l'a également citée comme une préoccupation importante.
En Flandre, un plan de lutte contre la solitude est en place depuis plusieurs années. L'accent est mis sur la sensibilisation et les initiatives locales dans les villes et les communes. "Mais il y a trop peu de politique structurelle", déclare Vandeweghe.
"Le plan flamand de lutte contre la solitude s'attarde trop sur la stimulation de ces projets locaux. Ceux-ci sont nécessaires et utiles, mais ils ne sont parfois qu'une goutte d'eau dans l'océan par rapport aux grandes évolutions sociales. Certains pays vont donc plus loin et disposent même d'un ministre de la solitude. C'est le cas au Royaume-Uni et au Japon, par exemple. "C'est certainement une bonne idée", conclut M. Delaruelle.
