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Pourquoi toutes les piscines en plein air de la Région bruxelloise ont-elles disparu ?

Les grandes piscines en plein air de Bruxelles étaient autrefois très fréquentées, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, mais elles ont fermé. Pour quelle raison ? C’est ce que nous propose de découvrir l’hebdomadaire BRUZZ dans sa rubrique Big City.

BRUZZ Eric Steffens
Publié:

Dans sa rubrique "Big City", l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ - destiné aux Bruxellois néerlandophones (ou lisant le néerlandais) - publie chaque semaine une réponse à une question intéressante d’un lecteur sur la capitale.

Flow est actuellement la seule piscine à ciel ouvert en Région bruxelloise. Elle est située à côté du pont Marchant en bordure du canal à Anderlecht, cette piscine temporaire, dont l’eau est traitée sans chlore a ouvert début juillet et fermera début septembre. Longue de 17 mètres et large de 7 mètres, Flow permet de faire des vraies longueurs mais c’est tout de même très peu pour une région de 1,2 millions d’habitants. A titre de comparaison, une ville comme Berlin a 26 piscines en plein air, Vienne encore plus. Paris, avec une météo similaire à Bruxelles, en compte 9 dans son centre-ville.

En fonction du nombre d’habitants, Bruxelles devrait aussi compter 9 piscines, estiment les activistes de "Pool is Cool", qui dénoncent le fait qu’avant la création de Flow, les jeunes Bruxellois n’avaient aucun endroit où se baigner à Bruxelles et étaient obligés de se rendre en Flandre. "Pool is Cool" milite depuis des années pour la construction d’une piscine permanente en plein air, car cela fait 50 ans que les Bruxellois n'en ont pas.  

La piscine Flow, Pont Pierre Marchant sur la Digue du Canal à Anderlecht.

Baignades dans la Senne

Au 19è siècle les Bruxellois se baignaient l’été en eaux vives, notamment au "Nieuwmolen", un bras de la Senne situé à proximité de la porte de Ninove. Pourtant cette pratique n’était pas conseillée. Avant son comblement, la Senne était un véritable égout à ciel ouvert : la plupart des ménages du centre-ville y déversaient leurs eaux usées. En raison de son lit inégal et des nombreux courants, à certains endroits, les accidents étaient fréquents. Diverses ordonnances communales interdisaient d’ailleurs la baignade dans la Senne et comme à l’époque peu de gens savaient nager, il y avait régulièrement des cas de noyade.

A la fin du 19è siècle, la natation se développe comme un pratique sportive à part entière, l’idée germe alors de construire une école de natation aux côtés de la Senne ou du canal de Charleroi, dont les eaux devraient alimenter les bassins.

La Piscine de l’Abattoir

Une des premières piscines publiques en plein air de Bruxelles ouvre ses portes en 1900, à l’Avenue de l’Abattoir.

Le bassin de l'Abattoir était surtout fréquentée par les ouvriers d'Anderlecht, de Molenbeek et des Marolles. Il s’agissait d’un bassin unique à ciel ouvert, alimenté en eau par le canal de Charleroi, situé non loin de là et... à la propreté douteuse.

Mais ce bassin a connu un immense succès car le prix d’entrée était très démocratique. Certains jours, les nageurs y plongeaient dans une eau limoneuse, la stérilisation étaient encore très primitive, le maître-nageur versait une cruche de chlore directement dans l’eau du bassin toutes les demi-heures. Cette piscine a fermé en 1930.

Deux ans plus tard, en 1932, deux architectes transforment l’ancienne piscine en plein air de la rue de la Glacière à Saint-Gilles en solarium. Elle avait été construite en 1884 au-dessus d'une fabrique de glace, de sorte que la chaleur des systèmes de refroidissement pouvait être utilisée pour chauffer la piscine. Ce sont les "Bains Van Schelle".

Deux solariums

Durant la période de l’entre-deux-guerres, les solariums étaient très populaires. Les visiteurs pouvaient s'y baigner, mais surtout prendre des bains de soleil. Bien sûr cela nécessitait de grands espaces, et l’aménagement d’un grande pelouse autour de la piscine, où les visiteurs pouvaient s'attarder toute une journée. Ces solariums ont été construits dans les communes éloignées du centre-ville où à l’époque les terrains étaient moins chers.

Bruxelles disposait de deux piscines de ce type. Le premier le "Daring Solarium" était situé à Molenbeek-Saint-Jean sur les terrains du grand complexe sportif du club de football. Ce complexe était très moderne pour l'époque et comportait un terrain de football avec une grande tribune assise, une piste d’athlétisme, un terrain de hockey et des terrains de tennis et donc aussi un solarium qui, pendant trente ans, a été très populaire auprès des Bruxellois et des habitants de la périphérie.

La piscine pouvait accueillir plus de 800 visiteurs par heure. Hélas ce solarium n’a pas survécu aux années ’60 suite à la difficulté d’entretien du bassin en béton, directement soumis aux intempéries. Le club du Daring a finalement décidé de remplacer la piscine par un terrain de football supplémentaire.

Le second, le "Solarium d’Evere", implanté rue de Genêve, à la lisière de Schaerbeek, avait ouvert ses portes en 1934, mais a dû fermer dans les années ’70, victime du même problème du coût d’entretien du béton. Il était possible d’y nager dans une piscine entourée d’un grand espace vert. Aujourd'hui, il ne reste plus rien de ce solarium, la zone a été entièrement bâtie.

On ne peut s’empêcher d’avoir un pincement de cœur en regardant les photos de ces piscines en plein air avec des Bruxellois qui barbotent dans l’eau ou prennent un bain de soleil.

Des projets de piscines dans les cartons, mais...

Après un demi-siècle, pouvons-nous rêver d'avoir un jour un successeur digne de ce nom ? Ces dernières années, le sujet d’espaces à ciel ouvert dédiés à la baignade publique est revenu chaque été sur la table, conséquences des températures élevées connues à Bruxelles.

C’est ainsi que le projet de piscine temporaire Flow, mené par "Pool is Cool", a vu le jour le long du canal à Anderlecht. Dernièrement, les autorités bruxelloises ont annoncé la construction d’une piscine intérieure et extérieure sur le toit du bâtiment Manufakture sur le site des Abattoirs d’Anderlecht.

La Région bruxelloise a aussi annoncé sa volonté de transformer un des étangs de Neerpede toujours à Anderlecht en un bassin de baignade. A terme, le site serait transformé en “mégazone récréative”, mais ce projet a soulevé l’opposition de la commune et des riverains Depuis 2021, une association de citoyens “Sauvegardons Neerpede” a été créée. Une pétition a déjà recueilli plus de 6 800 signatures pour demander l’abandon du projet.

Bref il y a fort à parier que la piscine temporaire Flow sera encore longtemps la seule piscine en plein air en Région de Bruxelles.  

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