Le secteur belge des jeux vidéo poursuit sa croissance, surtout en Flandre, selon les chiffres diffusés ce mercredi par la Video Games Federation Belgium (VGFB), la fédération belge des entreprises spécialisées dans les arts vidéoludiques. Plus de 130 sociétés, employant 1.085 équivalents temps plein, sont aujourd'hui actives en Belgique. C’est un record de travailleurs et travailleuses depuis la création de la fédération en 2010. "Nous avons de bonnes formations dans le pays, mais nombre de nos créateurs talentueux s’installent à l’étranger", déclarait David Verbruggen de la VGFB à VRT NWS.
Le secteur belge des jeux vidéo se porte bien mais peine à garder ses talents dans le pays
Quelque 23 entreprises supplémentaires (studios, éditeurs...) et 150 nouveaux équivalents temps plein ont fait grandir le secteur des jeux vidéo en Belgique en 2022 par rapport à l'année précédente, rapporte encore la VGFB dans son rapport publié à l'occasion de la Gamescom, le salon européen consacré aux jeux interactifs, organisé du 23 au 27 août à Cologne en Allemagne.
Actuellement, 133 firmes spécialisées dans cette industrie vidéoludique sont installées en Belgique, contre 65 il y a 10 ans. Plus de deux entreprises sur trois sont situées en Flandre (90 au total), mais les autres Régions poursuivent leur développement: la Wallonie compte désormais 28 sociétés, soit 6 de plus qu'en 2021, alors que 15 autres sont installées en Région bruxelloise, contre 12 l'année précédente.
Ces chiffres s'expliquent par un soutien plus important des pouvoirs publics, par le biais du Fonds flamand ou wallon pour les jeux vidéo ou encore d'incubateurs régionaux. La VGFB pointe cependant une baisse du chiffre d'affaires global du secteur des jeux vidéo en Belgique, qui est passé de 88 à 85 millions d'euros entre 2021 et 2022. "Cela reste une hausse de 10% par rapport à 2019, avant la crise du coronavirus", tempère toutefois la fédération, expliquant que 2021 a été une excellente année pour l’industrie des jeux vidéo, justement à cause de l’épidémie de coronavirus.
Pas assez d’emplois pour tous les diplômés ?
Plus de 80% de ce chiffre d'affaires émane des entreprises flamandes, historiquement pionnières dans le secteur. David Verbruggen (VGFB) souligne que beaucoup de travailleurs du secteur ont été formés en Belgique. "Il y a deux excellentes formations en Flandre, à la LUCA School of Arts et à Howest". La première a des campus à Bruxelles et Gand, la seconde est une école supérieure de sciences appliquées avec des campus à Bruges et Courtrai. "Howest a été élue trois fois d’affilée meilleure école de jeux vidéo au monde. Nous pouvons en être fiers".
David Verbruggen regrette cependant qu’il n’y ait actuellement pas suffisamment d’emplois dans le secteur des jeux vidéo en Belgique pour occuper tous les diplômés. "Nous avons besoin de gros investissements dans le secteur de la création de jeux afin de garder les talents dans le pays. Nombre d’entre eux s’expatrient en effet à l’étranger".
La VGFB s’attend néanmoins à ce que le secteur grandisse encore ces prochaines années. "Le nombre de recrutements a nettement augmenté. Les entreprises se préparent donc à créer de nouveaux jeux, ce qui nécessite une forte intensité de main-d’œuvre". Le développement d’un nouveau jeu vidéo prend en moyenne plus de deux ans. L’impact des nouveaux recrutements et des nouvelles entreprises ne devrait donc se faire sentir que ces prochaines années.
Le studio gantois de création de jeux Larian possède actuellement un succès mondial avec le jeu "Baldur’s Gate III" (photo). "Cela prouve bien le potentiel de ce secteur", réagit Joy Donné de l’agence Flanders Investment & Trade. "La combinaison entre le talent qui existe en Belgique et les formations de qualité en font un terreau idéal pour une internationalisation".
Mais selon David Verbruggen, il ne suffit pas de créer de bons jeux, il faut aussi en faire la promotion. "Nos entreprises sous-estiment souvent à quel point cette machine du marketing est importante. Avant de sortir "Baldur’s Gate III", Larian a passé des années à se constituer une communauté de joueurs via les réseaux sociaux".
Pas assez d’aides publiques ?
La Gamescom (photo), qui débutait ce mercredi à Cologne, est l'occasion pour les firmes belges de se faire connaître auprès du public mais aussi d'autres studios de développement, éditeurs et entreprises technologiques spécialisées. Bien que ce secteur pétille d’énergie en Belgique, il lui faudrait encore davantage d’aides publiques, estime la fédération belge des entreprises spécialisées dans les arts vidéoludiques.
En Flandre il existe par exemple le Flanders Game Hub et un fonds pour les jeux vidéo du Fonds audiovisuel flamand (VAF). Ce dernier voit le nombre de demandes de subsides augmenter. Ces aides publiques expliquent aussi les grandes différences de développement entre les Régions : la plupart des entreprises du secteur sont actives en Flandre. Elles emploient au total 776 personnes et réalisent un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros.
"Ce secteur est encore jeune, très novateur et axé sur la technologie. Il correspond donc parfaitement à l’image que nous voulons donner de la Flandre", commentait pour sa part le ministre-président Jan Jambon.
