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Château de Beauvoorde

Mystères de Flandre: Arthur Merghelynck, le châtelain de Beauvoorde passionné de généalogie

Cet été, Radio 2 (VRT) tente chaque semaine d’élucider un mystère ou de faire découvrir une page d’histoire de Flandre moins connue. Dans cette série de reportages - qui peuvent aussi être écoutés en podcast via VRTMAX ou lus sur le site de VRT NWS - Radio 2 s’intéresse cette semaine au château de Beauvoorde (photo), situé dans la commune de Wulveringem, près de Furnes, dans le Westhoek (Flandre occidentale). Ce château fort datant du 15e siècle et entouré d’un beau parc est actuellement fermé, pour restauration. Mais c’est là que le bât blesse. Arthur Merghelynck, l’ancien propriétaire du domaine, avait en effet émis le souhait avant son décès en 1908 que le château soit conservé dans l’état dans lequel il l’avait aménagé. Ce qui n’a pas été fait, et aujourd’hui trop peu de meubles de cette époque ou d’informations ont été conservés pour permettre de reconstituer l’intérieur du château comme Merghelynck l’avait laissé. Radio 2 lance donc un appel aux témoignages d’auditeurs et de lecteurs pour tenter de réaliser le dernier souhait du châtelain.

Mais qui était Arthur Merghelynck ? Un Belge issu de la noblesse qui fut bourgmestre de Wulveringem, mais qui était aussi historien dans l’âme et un collectionneur, antiquaire et archiviste passionné. Il dédia une grande partie de son travail à l’étude des arbres généalogiques, ce qui permet aujourd’hui encore aux habitants du Westhoek de retrouver plus facilement des informations sur leurs ancêtres.

Anne François
Publié:

Né à Ypres (Flandre occidentale) en 1853, Arthur Merghelynck était le fils d’un échevin de cette ville et de la fille du bourgmestre d’Ypres, Henri Carton. Ses parents décédèrent lorsqu’il avait à peine 18 ans et il se retrouva alors à la tête d’une fortune considérable. En 1875, à l’âge de 22 ans, il acheta dans le village pittoresque de Wulveringem le château de Beauvoorde qui était en ruines, et le fit restaurer.

Le jeune écuyer était un romantique et décida de rénover le château fort dans ce qu’il estimait avoir été son style au 17e siècle. Il rassembla une collection de meubles et d’œuvres d’art qu’il répartit dans toutes les pièces du château. Il fit également aménager un parc de style franco-anglais autour de son domaine.

La salle à manger du château de Beauvoorde

Environ 30 ans plus tard, Merghelynck - marié depuis 1895 à Julienne Flyps, fille d’agriculteurs, mais resté sans descendants - fit noter dans son testament que le château devait rester dans l’état dans lequel il se trouvait à l’époque. En 1905, il en faisait don à l’Etat belge, pour qu’il soit mis à la disposition de l’Académie royale de langue et littérature néerlandaise. Le château fut classé au titre de monument en 1987, et sa gestion fut transférée un an plus tard à la Fondation du patrimoine flamand, rebaptisée entretemps Herita. C’est cette dernière qui en assure l’entretien et pour l’instant la rénovation.

"Arthur Merghelynck souhaitait que rien ne soit modifié à l’intérieur ni à l’extérieur du château. Nous voulons respecter son vœux", indiquait à Radio 2 l’historienne Véronique Lambert qui travaille pour Herita. Depuis quelques temps déjà, elle recherche donc des sources qui puissent lui en dire davantage sur le château de Beauvoorde et son aspect peu avant la mort du dernier châtelain. Elle a ainsi notamment sollicité l’aide de Radio 2, dans le cadre de sa série estivale "Mystères de Flandre". Et les premiers témoignages d’auditeurs et lecteurs ont commencé à arriver.

Le sauveur de l’arbre généalogique

Arthur Merghelynck n’a pas seulement été bourgmestre de Wulveringem de 1882 à 1903. Passionné de généalogie, il s'est aussi occupé toute sa vie d'archives et de recherche historique. Il fut archiviste honoraire de la ville de Furnes de 1888 à 1897 et d'Ypres de 1892 à 1896. Il a ainsi classé et inventorié les archives de ces villes, contenues en 555 volumes offerts à la Bibliothèque royale de Belgique à Bruxelles (rebaptisée récemment KBR museum) et conservés au Cabinet des manuscrits. Il se faisait aider par des employés, bénévoles ou salariés, qu'il rémunérait lui-même.

Ce travail considérable s'est avéré par la suite être extrêmement important puisque les archives de la ville et de la châtellenie d'Ypres ont été détruites pendant la Première Guerre mondiale lors d’un bombardement, rappelait à Radio 2 Ann Kelders, curatrice du KBR museum.

Merghelynck était avant tout à la recherche d’arbres généalogiques de familles nobles du Westhoek mais aussi de gens dont il avait trouvé les noms dans les archives des villes. Il collectionnait les dates de naissance et de décès, les dates de mariage. Des faits, des noms, des dates, jusque dans des documents originaux des 16e et 17e siècles. Ce qui permet aujourd’hui encore aux habitants du Westhoek de retrouver plus facilement des informations sur leurs ancêtres.

De vastes archives

“Merghelynck classait les données qu’il trouvait d’après le lieu, dans des dossiers de format allongé. Dans ces fardes, on trouve des papiers volants remplis de noms et de notes. A côté de ces dossiers, il a aussi rempli des livres de format allongé. Dans l’un de ces livres, on retrouve par exemple des détails sur ce qui a été dépensé pour la joyeuse entrée du Duc de Bourgogne", précisait Ann Kelders du KBR museum.

D’autres grandes fardes et livres des archives de Merghelynck contiennent des tracts, cartes de décès et hommages, ainsi que des arbres généalogiques. Autant de documents qui sont aujourd’hui d’une importance capitale pour les citoyens qui effectuent des recherches généalogiques.

Les livres d'archives de Merghelynck

La consultation de l’entièreté des archives d’Arthur Merghelynck léguée au KBR devrait prendre plusieurs jours, voire quelques semaines. Ann Kelders souligne l’étendue de ses recherches : "Ses archives de travail consistent en plus de 500 documents et tout n’a pas encore été numérisé. Il faut donc faire des recherches dans des livres, des papiers volants et de petits bouts de papier sur lesquels ont été écrit des noms".

On peut en quelque sorte considérer que Merghelynck fut le sauveur de l’arbre généalogique. Les personnes originaires d’Ypres et ses environs qui veulent faire aujourd’hui des recherches généalogiques ne peuvent en effet plus que se baser sur les vastes archives du châtelain de Beauvoorde, qui rassembla des documents remontant jusqu’au début du 14e siècle - l’époque de la Bataille des éperons d’or.

  • 1/6

    Manuscript de format allongé

  • 2/6

    Arbre généalogique dans une longue farde

  • 3/6

    Un livre de long format

  • 4/6

    Farde avec des documents volants

  • 5/6

    Un article de presse anoté par Arthur Merghelynck

  • 6/6

    Partition musicale dans les archives

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